S’ils refusent de s’assurer pour pouvoir entretenir une bande de terrain qui ne leur appartient pas, Louis Cyr et sa conjointe doivent la laisser dans son état naturel.

Un terrain à l’abandon à Chicoutimi-Nord suscite la grogne

Une mésentente entre des propriétaires de Chicoutimi-Nord et la Ville de Saguenay a des conséquences peu esthétiques. Depuis des mois, une portion de terrain située entre deux résidences est laissée à l’abandon.

Les résidants de la rue Labelle sont exaspérés. Une portion de terrain appartenant à la Ville qui longe leur propre terrain n’est pas entretenue depuis plusieurs mois. S’ils veulent continuer à s’en occuper comme par le passé, ils doivent maintenant payer pour s’assurer, ce qu’ils refusent de faire.

Louis Cyr et Suzanne Boucher habitent la même résidence depuis des décennies. Comme le propriétaire précédent, ils entretenaient une portion de terrain située entre leur résidence et celle de leur voisin, ainsi qu’une autre portion à l’arrière de leur propriété.

Cette portion de terrain appartenant à la Ville située entre deux résidences de Chicoutimi-Nord est laissée à l’abandon depuis des mois.

Il y a quelques années, Saguenay a décidé de sévir contre les citoyens qui utilisent des portions de terrains appartenant à la Ville.

« On a passé un règlement effectif à partir du 1er janvier 2015, car des gens occupaient des domaines publics. Il y avait des cas d’occupation lourde, par exemple où des remises ou des piscines étaient installées sur nos terrains, mais aussi des cas légers, comme des terrains qui avaient été tondus ou encore où il y avait des choses de façon temporaire », explique Marie-Hélène Lafrance, porte-parole de la Ville.

Cette dernière affirme que trois raisons expliquent la décision de Saguenay d’agir. « Il faut être juste envers tous les citoyens, sinon certains jouissent de biens communs sans avoir payé pour une superficie. Il y a aussi une question d’assurance et de responsabilité. S’il arrive quelque chose sur le terrain, les gens ne sont pas assurés. Finalement, il y a aussi une volonté de préserver les biens communs, des espaces verts et des milieux humides », énumère-t-elle.

Refusant de payer pour assurer une portion de terrain qui le leur appartient pas, les propriétaires d’une résidence ont cessé d’entretenir une bande de gazon collée à leur propriété.

Le dossier de Louis Cyr et de Suzanne Boucher fait partie des cas légers. En octobre 2018, ils ont reçu une lettre les informant du fait qu’un dossier avait été ouvert concernant leur utilisation de deux parties de terrain. Le couple n’a fait aucune construction permanente sur le terrain ne lui appartenant pas, mais il entreposait des objets, notamment du bois, sur la portion située à l’arrière de leur propriété. La section qui fait environ cinq pieds par 100 pieds et qui longe leur propriété, ce que la Ville appelle une passerelle, était pour sa part inoccupée, mais entretenue.

Saguenay ne peut commenter ce dossier en particulier, mais Marie-Hélène Lafrance explique que dans certains cas, des propositions sont faites aux citoyens.

« On essaie de s’entendre avec les propriétaires. Généralement, soit ils achètent le terrain, soit ils continuent de le tondre, mais ils doivent avoir une assurance responsabilité civile qui couvre cette portion de terrain. S’ils se blessent en tondant, la Ville n’est pas assurée. La Ville ne veut pas être responsable en cas d’accident. »

Le couple a refusé les deux options.

Il a donc bénéficié de quelques mois pour retirer les objets entreposés sur la portion arrière du terrain. Quant à la partie du côté, elle doit maintenant être laissée dans son état naturel.

L’assureur du couple demande un montant d’environ 16 $ par année afin d’assurer cette portion supplémentaire de terrain.

« On refuse de payer, même si ce n’est pas cher. Ça fait 26-27 ans qu’on entretient ce terrain gratuitement. Si ça leur appartient, qu’ils viennent le tondre. On a déjà payé des frais pour l’ouverture et la fermeture de notre dossier. On ne veut plus payer. »

Effectivement, des frais de 400 $ ont dû être assumés par les résidants.

« Quand on se rend compte que quelqu’un occupe un terrain, des frais administratifs de 250 $ sont tout de suite engrangés. Les gens profitent de cet endroit, on considère que ç’a une certaine valeur. Il y a aussi des frais de 150 $ de fermeture de dossier puisqu’il faut se rendre sur place pour vérifier si tout est conforme », explique Marie-Hélène Lafrance.

En attendant, le gazon continue de pousser à proximité de la résidence. « Ce n’est pas beau du tout. Les gens qui passent devant la maison se demandent pourquoi on laisse aller le terrain », déplore Suzanne Boucher.