L’individu qui a tué Maxime Dallaire-Gobeil n’a jamais été accusé de meurtre. Sa mère, Marlaine Dallaire, en veut encore au système de justice.
L’individu qui a tué Maxime Dallaire-Gobeil n’a jamais été accusé de meurtre. Sa mère, Marlaine Dallaire, en veut encore au système de justice.

Un système de justice «fragile et désuet»

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
« Ça me fait beaucoup de peine qu’il puisse vivre sa vie alors que la nôtre a été brisée. » La mère de Maxime Dallaire-Gobeil, tué dans le stationnement du Motel Richelieu, en 2011, lors d’une transaction de drogue qui a mal tourné, en veut toujours au système de justice. Le meurtre de la Saguenéenne Marylène Lévesque, la semaine passée, à Québec, lui a rappelé de mauvais souvenirs.

Le 25 octobre 2011, le jeune homme de 27 ans s’était retrouvé au cœur d’une transaction de marijuana impliquant une dizaine de personnes. Les événements avaient dégénéré et Maxime Dallaire-Gobeil avait été poignardé à mort. Un autre individu avait subi de graves blessures. Depuis, personne n’a été reconnu coupable, tant pour le meurtre que pour la tentative de meurtre.

L’individu blessé avait identifié l’assaillant auprès de la procureure de la Couronne et de l’enquêteur au dossier. Mais la suite des choses a fait en sorte que le coupable ne s’est jamais retrouvé derrière les barreaux [NDLR même si le dossier a fait la manchette, nous n’identifions pas l’individu étant donné qu’il n’a pas été accusé de meurtre].

« Il a “choké” à la cour. Quand la procureure lui a demandé si la personne qui l’avait poignardé et qui avait tué Maxime était dans la salle, il a dit non. A-t-il eu des menaces ? On ne sait pas. Mais c’est ce que la procureure pense. Il a eu peur », a expliqué Marlaine Dallaire, mercredi.

La procureure et l’enquêteur l’ont rencontrée après le procès pour lui dire qu’étant donné que le présumé meurtrier n’avait pas été identifié formellement et qu’ils n’avaient pas d’autres preuves, ils ne pouvaient pas continuer.

« Ce n’est pas de l’agressivité, mais j’ai beaucoup de peine de savoir c’est qui. Il vit [au Saguenay] paisiblement avec sa petite famille alors qu’il a blessé quelqu’un qui est presque paralysé et en a tué un autre gratuitement. Tu ne tues pas quelqu’un pour du pot. Tu ne tues pas personne pour aucune espèce de raison. »

« Je voudrais que justice soit faite. On le sait c’est qui. Le blessé l’a avoué à l’enquêteur et à la procureure. À partir de ce moment-là, la justice devrait pouvoir avancer et faire un procès pour meurtre. Ça ne se peut pas que tu tues quelqu’un et que tu ne paies pas. »

Malgré tout, Mme Dallaire n’en veut pas à l’individu qui a finalement refusé d’identifier le présumé meurtrier. Il a eu peur et a été menacé, croit-elle.

« Il s’est passé de quoi. C’est évident qu’il a été menacé. La procureure a essayé de lui faire dire, mais à partir du moment où il n’a pas voulu parler... [La procureure et l’enquêteur] avaient la binette à terre autant que moi. Ils s’attendaient de le pogner et de régler le cas. »

Selon Mme Dallaire, le système de justice est fait « pour protéger les meurtriers ». Sa pensée a été renforcée au cours des derniers jours alors qu’une jeune Saguenéenne a été assassinée par un homme qui était en semi-liberté après avoir tué sa femme en 2004.

Le fils de Marlaine Dallaire a été assassiné le 25 octobre 2011, dans le stationnement du Motel Richelieu, alors qu’il n’avait que 27 ans.

« Ça réveille le fait que notre système de justice est fragile, désuet. Ce n’est pas normal que ça arrive ces choses-là. Ils lui ont permis [à Eustachio Gallese, le présumé meurtrier de Marylène Lévesque] et lui ont même conseillé d’aller coucher avec une travailleuse du sexe. Ça frise le ridicule. Ce n’est pas la première fois. Il y a plein d’histoires catastrophiques. On arrête des gens violents. Ils sortent et ils tuent. »

Depuis l’acquittement de l’individu, Marlaine Dallaire ne l’a jamais recroisé. Une fois, elle lui a envoyé un message par Facebook. Elle tenait à lui dire qu’elle savait que c’était lui, le coupable, et « que je trouvais que c’était plate ce qu’il avait fait. Il m’avait répondu que ce n’était pas lui et ensuite, il avait changé son Facebook. J’ai laissé tomber. »