La rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard

Un «socle de gestion» à l’UQAC

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) mise désormais sur une philosophie de gestion qui lui assure une plus grande « agilité », alors que de la décroissance démographique risque de freiner son développement.

Après deux ans à la tête de l’établissement, la rectrice Nicole Bouchard considère avoir complété la mise en place de ce qu’elle considère être un « socle de gestion ». Une opération qui s’est soldée par l’arrivée d’une garde renouvelée aux échelons supérieurs de l’administration et qui permet de donner un nouveau souffle à l’institution d’enseignement.

« Dans les deux premières années, nous avons revu l’ensemble de nos règles de gouvernance. Nous avons révisé l’ensemble de nos processus », indique la rectrice avec l’objectif avoué de placer l’université non pas dans une situation d’équilibre, mais bien d’investissements, dans les prochaines années.

« La gestion, ce n’est pas quelque chose dont on parle entre collègues », concède la spécialiste en éthique, dans le cadre d’un entretien éditorial accordé au Progrès. En plus des remplacements au premier échelon de la hiérarchie universitaire, six autres postes au deuxième niveau de direction ont été comblés par des appels de candidatures au grand public. La rectrice a constaté que, dans cette période de pénurie de main-d’œuvre, l’UQAC avait encore un très grand pouvoir d’attraction pour les gestionnaires d’expérience.

L’UQAC a donc mis en place un plan d’organisation. Cette base a permis de bien définir les fonctions de chaque dirigeant et leur champ d’intervention respectif.

Recrutement

Le recrutement étudiant constitue l’un des grands défis de l’heure pour les universités québécoises. Suivant les explications fournies par la rectrice, la compétition n’est plus uniquement entre les universités, mais également avec le marché du travail. Les jeunes ont aujourd’hui accès à des emplois attrayants et sont ainsi tentés de compléter rapidement leurs études.

Ce phénomène s’exprime particulièrement à la fin du baccalauréat, alors que le finissant est plus susceptible de choisir un emploi que de poursuivre son cheminement à la maîtrise et au doctorat. Devant ce constat, la direction de l’UQAC se voit dans l’obligation de faire des pieds et des mains pour renverser la tendance, le nombre d’étudiants inscrits étant à la base du financement des universités.

Saguenay (Chicoutimi) 
 UQAC 
 Nicole Bouchard rectrice 
 Photo: Mariane L. St-Gelais

Équilibre budgétaire

L’UQAC est présentement en situation d’équilibre budgétaire. Le gouvernement caquiste, rapporte la rectrice, a accordé à l’institution une enveloppe de 3 M$ afin de compenser son manque à gagner, mais cette aide n’a tout de même pas réglé tous les problèmes.

« C’est difficile d’être crédible quand on annonce un déficit et que l’on se trouve en équilibre, admet la rectrice. Mais on ne pouvait pas dépenser les trois millions $ qui ont été accordés par le gouvernement, trois mois avant la fin de l’année. Notre déficit structurel de 2 M$ est toujours là.»

L’UQAC a néanmoins été en mesure d’investir dans ses différents laboratoires, autant en sciences sociales qu’en sciences naturelles. Ces investissements font partie des mesures attractives pour la clientèle et, tel qu’espéré, des disciplines délaissées depuis quelques années, comme la géographie et l’histoire, connaissent un regain de popularité auprès des jeunes.

Tous ensemble

La rectrice ne compte pas tout faire seule avec son équipe de direction. Elle invite les professeurs et les différents départements à se réinventer. « Nous avons dit que nous ne fermerons personne », assure Nicole Bouchard, pour qui une université doit reposer sur toutes les disciplines académiques, autant les arts, la culture ou les sciences sociales que le génie et les autres disciplines plus techniques.

Le secteur de la santé a bien répondu à l’appel. L’enseignement de la physiothérapie offre maintenant des cliniques qui permettent aux étudiants de travailler avec de vrais patients. Le même scénario sera développé pour les autres branches d’enseignement de cet important pôle académique.

Formation à distance et recherche

Dans le bouquet de mesures mises en place pour relever le défi démographique, l’UQAC se lance dans la formation à distance. L’université veut se doter d’un service dynamique, pour offrir des formations dynamiques. L’UQTR a fait un gain de clientèle de 7 % grâce à la formation à distance.

La recherche est un autre volet majeur pour le développement universitaire. La rectrice souhaiterait que l’esprit de compétition entre les professeurs — et les institutions — fasse place à une plus grande collaboration. Par exemple, cette année, l’UQAC et l’Université de Sherbrooke se sont livré une guerre de tranchées pour l’obtention d’une subvention, pour finalement voir leur demande respective refusée.

Une troisième piste de solution se définit telle une forme de mutualisation des spécialités entre les composantes du réseau de l’Université du Québec. L’UQAC verrait ainsi son expertise dans les services offerts aux autochtones, par exemple, mise à profit par d’autres établissements. L’université saguenéenne bénéficierait elle aussi des créneaux développés sur les autres campus du réseau.

+ ÉTUDIANTS EN CHINE

Sur les 8000 étudiants que compte l’UQAC, 2000 ne mettront jamais les pieds au Saguenay. Ils sont inscrits dans des programmes dispensés dans quatre universités chinoises.

La rectrice Nicole Bouchard a assuré que l’UQAC a un plan B advenant la fin des ententes avec ces institutions alors qu’on assiste à une amplification de la crise diplomatique entre le Canada et la Chine. Il n’est également pas question d’exposer des professeurs à des risques découlant du litige.

Elle explique de plus que les besoins des Chinois ne sont plus les mêmes qu’il y a 20 ans. Aujourd’hui, les universités chinoises sont entrées dans les formations de deuxième et de troisième cycle.

L’UQAC a donc choisi de tourner le regard vers des pays d’Amérique latine où le potentiel est intéressant, où les programmes sont plus faciles à implanter. La rectrice évoque une ouverture vers le Brésil.

L’université accueille par ailleurs 1500 étudiants étrangers sur le campus de Chicoutimi, dont un important contingent français. L’Afrique francophone est aussi bien représentée parmi les étudiants étrangers qui fréquentent l’université saguenéenne.


+ GRANDS PROJETS INDUSTRIELS

L’UQAC n’entend pas rester les bras croisés alors que la région vit une situation unique dans son histoire, avec la perspective de 21 G$ de grands projets industriels, dont le controversé site de transformation et d’exportation de gaz naturel liquéfié de Grande-Anse.

La rectrice Nicole Bouchard a confirmé l’intention de l’institution de contribuer à la création d’un espace de conversation citoyenne. Il n’est pas question pour l’université de prendre position pour ou contre le projet de gaz. Par contre, l’UQAC croit pouvoir jouer un rôle de premier plan, soit celui d’aider les parties prenantes à bien mesurer les risques potentiels des différents projets.

« Il se passe ce qui ne s’est jamais passé. On est une université en région et on peut dire qu’on ne s’en mêle pas. (Sinon), on va être éclaboussé. On va être instrumentalisé de part et d’autre. Notre “job” à nous, c’est d’alimenter, par des données probantes et la science, la réflexion critique. »

« L’idée, c’est de mettre en place un processus de conversation citoyenne. L’université peut jouer un rôle clé avec ses 250 chercheurs. »

La rectrice est toutefois demeurée très prudente sur la forme que prendra cette initiative. Elle n’a pas non plus identifié les autres partenaires qui pourraient se joindre à cette démarche. 

La Chaire en éco-conseil de l’université est intervenue dans le projet pour l’aspect de l’usine carboneutre. La rectrice fait remarquer que le directeur de la chaire, Claude Villeneuve, a toujours été transparent quant à cette association et dit respecter le principe de la liberté académique des professeurs.

La rectrice ne craint pas la controverse en abordant les enjeux des projets industriels en ce moment à l’étude, tout comme elle ne craint pas la controverse avec ce qu’elle propose en terme d’orientation pour l’université en général.

Elle souligne qu’elle a une formation en éthique et que c’est le propre de cette discipline de se placer dans des situations de zone grise, où les débats sont parfois relevés.


+ PROJET-PILOTE EN IMMIGRATION

L’UQAC ne vit pas dans un univers fermé à la réalité. La crise démographique combinée à la pénurie de main-d’œuvre amène la direction de l’établissement à réfléchir sur les façons d’attirer des immigrants et, surtout, de les intéresser à demeurer dans la région.

La rectrice a profité de l’entrevue accordée au Progrès pour lever le voile sur un projet-pilote en immigration. Comme c’est le cas pour les grands projets industriels, Nicole Bouchard se garde de révéler les détails de la démarche. Elle aborde toutefois les objectifs visés.

« On a 1200 étudiants étrangers, français et africains. Ils viennent pour étudier et ne restent pas. Est-ce que l’on pourrait devenir un laboratoire pour l’immigration en région ? », s’interroge Nicole Bouchard.

La rectrice a identifié la Ville de Saguenay et la ministre Andrée Laforest, représentante du gouvernement, comme des partenaires dans ce projet-pilote. L’idée est d’identifier ce qui pourrait être mis en place pour amener un certain nombre de ces étudiants à choisir de vivre dans la région.

« Si seulement 5 % de ces étudiants décident de vivre ici, on va créer une communauté. Ils vont finir par se créer des réseaux comme ils le font à Montréal ou dans les autres grandes villes. »

Dans cette aventure, la rectrice de l’UQAC a aussi identifié les employeurs de la région comme faisant partie des partenaires potentiels.