Un schizophrène ira en prison et craint de se faire voler ses pilules

La justice convient que la place de Rémi Boudreault, un schizophrène affectif, n'est pas en prison, mais bien plus au sein d'une ressource intermédiaire. Malgré tout, les intervenants n'ont pas le choix de l'y envoyer.
La situation difficile des gens souffrant de déficiences mentales ou de personnalité limite a refait surface une autre fois, une deuxième en deux jours, au Palais de justice de Chicoutimi. 
Après avoir dû expédier Nicolas Delaunière (voies de fait et menaces de mort) en prison afin d'obtenir une évaluation, voilà que le dossier de Rémi Boudreault suscite une problématique similaire.
Ce dernier, natif de Chicoutimi, a été placé sous la juridiction du Curateur public du Québec. L'homme de 32 ans, considéré comme un schizophrène affectif, se désorganise régulièrement dès qu'il consomme des stupéfiants, ce qu'il fait depuis l'âge de 9 ans.
En septembre dernier, Boudreault, représenté par Me Olivier Théorêt de l'Aide juridique, est condamné à un sursis de sentence de neuf mois (menaces de mort) à la condition de respecter les règles. Mais il a enregistré quatre manquements depuis sa condamnation. 
Me Frédérique D. Lindsay, de la Couronne, et son confrère de la défense ont convenu que la liberté de l'accusé devait être révoquée. L'homme doit retourner en prison pour la balance de sa sentence, soit un peu moins de trois mois.
pas le choix
« Monsieur le juge, je me suis sauvé de Ressac en février, car je savais que je retournerais en prison en raison de mes manquements. Si j'y retourne, les détenus vont vouloir mes médicaments. Les pilules que je dois prendre sont très recherchées », a-t-il avoué candidement au juge Jean Hudon.
« Ma maladie fait que j'entends des bébés hurler dans ma tête. Ce n'est pas facile ce que je vis. Je voudrais éviter la prison, car le meilleur endroit où je peux me trouver, c'est à Ressac. Je voudrais y être interné. C'est l'endroit idéal pour moi », indique l'accusé.
Me Théorêt, bien qu'il n'ait pas le choix de suggérer la révocation de la liberté, croit que la prison n'est pas la solution. 
Me Lindsay n'est pas insensible à la situation, mais note que pour protéger la société, la prison s'impose.
« Ça me fait de la peine de vous envoyer en prison, mais je n'ai pas le choix. Votre liberté est révoquée en raison de vos bris d'engagement. »
« Je vais demander aux services correctionnels de vous faire prendre vos médicaments devant eux afin d'éviter le taxage », a repris le juge.
Boudreault a reçu une peine de 60 jours de détention consécutifs pour une introduction par effraction dans un motorisé et un vol en 2015. 
Il a agi de cette façon pour manger et dormir au chaud.