Mathieu Gravel découvre une île où les cerfs sont aussi nombreux que les écureuils en ville.
Mathieu Gravel découvre une île où les cerfs sont aussi nombreux que les écureuils en ville.

Un Saguenéen à la tête de l’île d’Anticosti

Un Saguenéen agit à titre de directeur général par intérim de l’île d’Anticosti. Mathieu Gravel a quitté sa région natale le 16 juin afin d’entreprendre une aventure riche, autant au niveau professionnel que personnel.

Lorsqu’on l’a approché pour diriger une municipalité québécoise il y a quelques semaines, Mathieu Gravel était loin de se douter qu’on lui offrirait de s’envoler pour l’île d’Anticosti.

Celui qui œuvrait au Centre des Premières Nations Nikanite de l’UQAC venait d’apprendre que son contrat serait écourté. Il avait prévu quelques semaines de repos en période estivale avant de se relancer à l’automne. Mais voilà qu’une opportunité hors du commun lui a été offerte.

« On m’a parlé d’un contrat où j’irais donner un coup de main dans une municipalité. On m’appelait en renfort, puisque la directrice générale avait dû s’absenter plusieurs mois. Quand on te parle de l’île d’Anticosti, ça frappe l’imaginaire. Comme plusieurs Québécois, je ne connaissais pas vraiment cette île mystérieuse. J’avais en tête l’image du paradis des chasseurs », raconte-t-il au cours d’un entretien téléphonique avec Le Quotidien.

C’est ainsi que Mathieu Gravel s’est envolé pour l’aventure il y a deux semaines.

Mathieu Gravel affirme que la proximité avec la nature sur l’île lui rappelle celle des communautés autochtones avec leur milieu.

L’île d’Anticosti compte un village nommé Port-Menier où habitent moins de 200 personnes. C’est là que Mathieu Gravel s’est installé pour les prochains mois. Le reste de l’île n’est pas habité, mis à part quelques points de villégiature.

« L’été et l’automne, il y a beaucoup d’action. En haute saison, la SÉPAQ y regroupe 125 employés. C’est l’équivalent du village », s’étonne-t-il encore.

À titre de directeur général et secrétaire-trésorier par intérim, Mathieu Gravel a beaucoup à faire. « Je travaille très fort. C’est une petite municipalité, le directeur général devient donc un peu le directeur du génie, des ressources humaines, etc. »

Outre la gestion en général, il travaille à la mise en place d’un sentier trans Anticosti. Un projet qui vise, à terme, à faire le tour de l’île. « Actuellement, il y a une quarantaine de kilomètres d’aménagés. On espère en faire 60 de plus prochainement et bâtir un sentier pédestre de niveau international puisqu’on vise une classification de l’UNESCO », explique-t-il, soulignant que l’île figure sur la Liste indicative du Canada depuis 2017. La candidature d’Anticosti devrait être soumise au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2022.

Mathieu Gravel est fasciné par l’île qu’il découvre, la plus grande du Québec, qui s’étire en face de Havre-Saint-Pierre.

Mathieu Gravel agit à titre de directeur général par intérim de l’île d’Anticosti.

« C’est une île qui est dans notre face, majestueuse dans le golfe du Saint-Laurent, mais qu’on ne voit pas. C’est le secret le mieux gardé du Québec, puisque ce n’est sur le chemin de personne. L’île n’est accessible que par avion ou par bateau. »

Le fait qu’elle ne soit publique que depuis 1974 joue certainement aussi un rôle. Auparavant, elle était la propriété du chocolatier et industriel français Henri Menier qui en a fait une réserve de chasse et de pêche personnelle.

« À Port-Menier, les chevreuils, c’est comme les écureuils en ville. Il y en a partout. C’est la saison des faons et on peut en voir beaucoup. On ne s’habitue pas à ça. Je suis assis à mon bureau et je vois passer les chevreuils. Ça défie l’imaginaire. Il y a tellement de beaux panoramas, c’est exotique. Les lacs sont cristallins. Il y a des fossiles dans nos plates-bandes. Tout est un peu différent », affirme celui qui retrouve à Anticosti une proximité avec la nature qui lui rappelle celle présente chez les communautés autochtones qu’il a pu visiter dans le cadre de son travail.

Le Saguenéen savoure son expérience.

« C’est une superbe expérience, professionnellement et personnellement. C’est un beau défi. C’est magnifique, les gens sont super. Il y a beaucoup de saisonniers, mais les résidants ont chacun leur histoire. On ne se sent pas loin de tout, mais c’est un autre rythme de vie. Je me repose les yeux. Je travaille comme un fou, mais j’ai l’impression de travailler en vacances. »

Le directeur général par intérim s’attend d’ailleurs à voir arriver des vacanciers prochainement sur l’île. Le bateau qui permet d’amener les touristes reprend du service 13 juillet.

« Je veux que les gens sachent que c’est ouvert, que les gens sont accueillants et qu’être ici, c’est une expérience particulière. »

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UN PARCOURS ATYPIQUE

Mathieu Gravel a un parcours qu’il qualifie lui-même d’atypique. Détenteur d’un diplôme d’études collégiales en arts et lettres du Cégep de Jonquière, il a quitté la région pour réaliser un baccalauréat en communications à l’Université de Montréal. 

Il est revenu dans sa région natale avec Place aux jeunes en 2002. Il a alors travaillé au RAJ 02 (Regroupement Action Jeunesse) et à la Stratégie MigrAction. « Mon travail était de faire la promotion de la région chez les jeunes », décrit-il. 

Il a ensuite passé huit ans à la CRÉ, puis a œuvré une première fois au Centre des Premières Nations de l’UQAC. Il a ensuite effectué un contrat à la Commission scolaire De La Jonquière, puis un passage de quelques mois à la direction de l’arrondissement Jonquière qui a fait grand bruit, avant de retourner à l’UQAC où il a œuvré au Centre des Premières Nations Nikanite. Il détient aussi maintenant une maîtrise en administration publique de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP).

Mathieu Gravel découvre une île où les cerfs sont aussi nombreux que les écureuils en ville.