Saguenay devra investir entre 15 et 45 M$ dans les systèmes de pompage de son réseau d’assainissement des eaux afin de limiter les déversements causés par le manque de capacité du réseau. La Ville a été informée dès 2013 qu’il y avait des problèmes par le ministère de l’Environnement. Depuis, elle repousse les investissements et ce n’est qu’en janvier que l’administration Néron a été informée de cette situation problématique.

Un retard qui va coûter 15 M$ à Saguenay

La Ville de Saguenay doit obligatoirement investir 15 millions $ d’ici cinq ans dans son réseau d’assainissement des eaux pour éviter la suspension des développements résidentiel et commercial et ainsi rattraper le retard accumulé sous l’ancienne administration malgré les avis du ministère de l’Environnement du Québec signifiés pour la première fois en 2013.

« Ça n’a pas de bons sens. Un projet comme celui de JE Perron de 60 millions $ qui ne peut pas être réalisé parce que le système d’assainissement des eaux n’est pas adéquat. Je ne sais pas pourquoi l’administration Tremblay n’a rien fait, mais je sais que nous sommes pris avec ce problème et nous allons le régler », a déclaré au Quotidien le maire suppléant Michel Potvin, qui affirme avoir été informé de ce problème majeur d’infrastructure en janvier seulement.

« Et 15 millions $, c’est si tout va bien et que le ministère accepte nos mesures de compensations dont nous attendons une réponse. Si ces mesures ne sont pas acceptées, on parle de travaux de correctifs se situant entre 15 et 45 millions $ d’après ce que le fonctionnaire responsable du dossier Luc Côté m’a expliqué », a expliqué M. Potvin.

Le maire suppléant de Saguenay, Michel Potvin, souhaite que le ministère de l’Environnement tienne compte dans son analyse de la situation qu’un nouveau conseil est en place.

Le problème du réseau de Saguenay, dans les arrondissements de Jonquière et Chicoutimi (incluant le secteur nord), est causé par le manque de capacité de pompage des eaux usées vers les usines de traitement, ce qui occasionne des déversements d’eaux usées à répétition dans le Saguenay pendant certaines périodes de l’année (pluies abondantes, fonte des neiges et autres).

« Depuis 2013, la Ville demandait des extensions par résolution. Cette année, les entreprises qui œuvrent dans le développement résidentiel ou commercial ont eu vent qu’il pourrait y avoir des problèmes. Ce que je peux dire, c’est qu’il n’y aura pas de suspension de projets de développement. La Ville est disposée à réaliser des interventions d’urgence afin de permettre les projets en attendant de déployer un projet plus vaste pour régler définitivement le problème », reprend le maire suppléant.

La Ville a proposé dans les dernières semaines des mesures de compensation au ministère afin de diminuer l’ampleur des travaux à réaliser. Elle demande d’intégrer dans ses calculs de charge du réseau d’assainissement la diminution des volumes d’eaux usées provenant de l’automatisation des systèmes de purge de fin de ligne du réseau d’aqueduc. « La réponse sera importante. On attend de connaître la position du ministère avant de lancer des démarches politiques », précise Michel Potvin. La première résolution adressée au ministère pour l’obtention d’un délai remonte à 2013.

Saguenay devra investir entre 15 et 45 M$ dans les systèmes de pompage de son réseau d’assainissement des eaux afin de limiter les déversements causés par le manque de capacité du réseau. La Ville a été informée dès 2013 qu’il y avait des problèmes par le ministère de l’Environnement. Depuis, elle repousse les investissements et ce n’est qu’en janvier que l’administration Néron a été informée de cette situation problématique.

La Ville s’engage à réaliser des plans et à élaborer des stratégies pour se conformer à la Stratégie pancanadienne pour la gestion des effluents d’eaux usées des municipalités. En août 2017, dans le cadre d’une assemblée extraordinaire du comité exécutif, le même texte de résolution était adopté pour repousser à nouveau les engagements, et ce, deux mois avant les élections municipales.

Interrogé sur l’impact de cette surprise pour les finances de la Ville, le maire suppléant a assuré qu’elle ne remettait pas en cause les engagements pris de respecter le taux d’inflation pour les augmentations de taxes. Par contre, Michel Potvin affirme que les emprunts réalisés pendant la durée des travaux vont créer des obligations additionnelles pour le trésor public, en fonction de la facture définitive que Saguenay devra absorber pour se conformer aux cibles gouvernementales de rejet des eaux usées non traitées.

« La Ville a pas moins de 80 stations de pompage. Le système a aujourd’hui 30 ans et la durée de vie de ces pompes est de 25 à 30 ans. On changeait deux ou trois pompes par année, mais ce n’était pas suffisant pour arriver à corriger la situation. »

À moins d’une obligation imposée par le ministère de l’Environnement pour permettre un développement domiciliaire ou commercial, le maire suppléant s’attend à ce que le programme municipal soit mis en place en 2020, ce qui fera en sorte d’affecter le budget à partir de 2021. Michel Potvin assure que le problème sera réglé avec les investissements nécessaires pour sécuriser le développement de la ville.

Le Quotidien a transmis au ministère de l’Environnement un certain nombre de questions en lien avec cette situation. Le ministère n’a pas encore fourni de réponse aux questions du journal. Tout indique que les fonctionnaires analysent en ce moment les propositions de Saguenay.

40 000 $

Pour bien comprendre l’ampleur du problème d’assainissement des eaux que Saguenay doit corriger, il suffit de mentionner que dans l’état actuel du réseau, chaque fois que la Ville ajoute une résidence dans un nouveau quartier, elle doit défrayer 40 000 $ pour la mise en place de mesures de compensations pour l’ajout de la charge d’eaux usées provenant de cette propriété. Il s’agit d’un investissement dans le système et non dans les réseaux de conduite d’égout.

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Michel Potvin a été informé de ce problème majeur d’infrastructure au mois de janvier. La Ville a reçu une missive d’une entreprise qui craignait être dans l’obligation de retarder un projet de développement en raison des problèmes de capacité du système de pompage du réseau d’assainissement. Les élus n’ont pas été informés de cette situation lors des « breefing » de transition qui ont eu lieu après les élections. Ces informations sont normalement transmises aux nouveaux élus par l’appareil administratif. Le problème était bien connu des fonctionnaires responsables de la gestion du système d’assainissement des eaux.

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Le Quotidien s’est entretenu avec des entreprises oeuvrant dans le développement domiciliaire (infrastructures de quartiers) et commercial. Personne ne veut partir en guerre contre la Ville dans l’état actuel des choses. Il y a cependant beaucoup d’inquiétude quant aux projets en phase d’obtention des autorisations et permis.

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Il n’existe en ce moment aucun programme spécifique de subvention pour corriger les problèmes de pompe dans les réseaux municipaux. Michel Potvin a toutefois identifié deux sources de financement qui permettraient d’associer les correctifs nécessaires à des investissements d’infrastructure. Il attend de connaître les sommes disponibles dans ces différents programmes avant de se prononcer. Il a toutefois réitéré à plusieurs reprises que Saguenay devra obligatoirement et au minimum réaliser des investissements de 3 M $ par année à partir de règlements d’emprunt qui s’étaleront sur 20 ou 25 ans.