L’homme d’affaires Hugues Harvey et ses partenaires ont investi beaucoup d’argent au centre-ville de Jonquière, notamment au centre de perception Desjardins, sur la rue Saint-Dominique. Ils ont également réalisé des acquisitions qui ont mené au déploiement d’un important projet résidentiel.

Un recours intenté contre Saguenay

L’homme d’affaires jonquiérois Hugues Harvey intente un recours judiciaire contre Saguenay dans le but de contester une récente modification au schéma d’urbanisme de la Ville. Selon lui, le changement présente une sérieuse menace au développement des centres-villes.

Au printemps dernier, le conseil municipal a accepté, après avoir reçu des demandes en ce sens, d’assouplir le règlement de zonage interdisant à des bureaux de services professionnels et à des organismes sans but lucratif (OSBL) de s’installer dans le parc industriel de Jonquière. Le prix des loyers y est beaucoup moins cher du pied carré. 

C’est lorsqu’un locataire d’un immeuble détenu par Hugues Harvey, situé près du Palais des sports, a annoncé son déménagement vers la zone industrielle qu’une « lumière rouge s’est allumée » dans la tête de l’homme d’affaires. Illico, il a saisi le téléphone pour appeler la mairesse Josée Néron afin de lui manifester son inquiétude. 

« Il y a toujours eu une politique à la Ville qui faisait en sorte que les espaces à bureaux et les organismes devaient être dans les centres-villes. On se rend compte que des demandes particulières ont été faites au printemps et que la Ville a accepté de changer son règlement. J’ai dit à Josée Néron que ça n’avait pas de bon sens », a-t-il expliqué, au cours d’un entretien téléphonique. 

Selon ce que rapporte Hugues Harvey, qui est le promoteur à l’origine de l’expansion du centre de perception de Desjardins, sur la rue Saint-Dominique, et d’un projet résidentiel d’envergure au centre-ville de Jonquière, la première magistrate a répondu que son administration était « tout à fait à l’aise » avec les modifications entérinées. Hugues Harvey voit les choses d’un autre œil. Il y a six semaines, il a donc déposé une demande en pourvoi judiciaire réclamant l’annulation de la résolution VS-AJ-2018-78 datée du 10 avril 2018. Celle-ci officialise la modification d’un règlement de 2012 portant sur les projets particuliers de construction, de modification ou d’occupation d’immeubles sur l’ensemble du territoire de la ville.

Le 5 octobre, les avocats de la Ville ont répondu au procureur d’Hugues Harvey. Ils ont demandé au tribunal de rejeter la demande introductive d’instance et « d’accueillir les moyens d’irrecevabilité » présentés par Saguenay. Celle-ci cite, notamment, le fait que la requête n’a pas été soumise dans le délai requis de 30 jours. 

Hugues Harvey n’en revient pas. Motivé par la sortie des dirigeants de Pétroles RL et de Nutrinor, qui ont dénoncé, samedi, la flexibilité dont fait preuve l’administration municipale selon la nature des projets qui lui sont soumis, il a décidé de s’exprimer. Éric Larouche et Louis Giguère dénonçaient l’ajout d’une troisième station-service à Laterrière, dans un rayon d’à peine quelques centaines de mètres. Lorsqu’il a pris connaissance de l’article du journal, Hugues Harvey a lui aussi voulu dénoncer haut et fort ce qu’il considère comme une aberration.

« J’étais d’accord avec les propos d’Éric Larouche. J’en ai parlé avec lui au téléphone. À la base, nous sommes des investisseurs qui prennent des décisions d’affaires basées sur des règlements en vigueur. Soudainement, on arrête d’avoir une vision d’ensemble pour la ville et on y va à la demande. Ce n’est pas la question d’avoir perdu un locataire. C’est qu’à un moment donné, il faut se battre selon les mêmes règles du jeu », soulève-t-il.

Précisant que le développement des centres-villes présente déjà de nombreux défis, Hugues Harvey ajoute que « quand tu modifies les règles comme ça, tu crées de l’incertitude qui refroidit les investisseurs ».

« Si on continue de faire ça, il y a des gens comme moi qui vont se demander si ça vaut la peine d’investir en région », lance Hugues Harvey, qui rappelle que l’acquisition ou la construction d’immeubles commerciaux dans les centres-villes doit se faire dans un contexte où la demande justifie l’investissement. Si l’accès aux zones industrielles est donné à tous les types d’entreprises, sans égard à leur créneau, c’est l’essor des centres-villes qui s’en trouve compromis, pense l’homme d’affaires.

+

LE PROMOTEUR SOUHAITAIT UN DÉBAT SAIN

L’homme d’affaires Hugues Harvey a été surpris de la réponse de la Ville, lui qui aurait aimé pouvoir débattre de cette question avec les autorités en place. 

Aujourd’hui, le dossier se retrouve entre les mains des procureurs des deux parties, ce qui risque, dixit l’homme d’affaires, de prendre la tournure d’une « guerre d’avocats ». 

« On pense que le règlement doit être annulé. Le schéma d’urbanisme de Saguenay doit être préservé. À Jonquière, on parle de refaire le parc Nikitoutagan. La priorité, c’est de développer le centre-ville et créer de l’achalandage », met-il en relief. Hugues Harvey, dont l’entreprise investit dans la réalisation de projets partout au Québec, pointe que sa compagnie n’est pas forcée d’investir en région, mais qu’elle le fait tout de même « parce que c’est chez nous ». « Quatre-vingt-quinze pour cent de notre business est à l’extérieur du Saguenay. En huit mois, on a investi plus ailleurs au Québec qu’on l’a fait en sept ans à Jonquière. On investit ici parce qu’on y croit, mais on n’est pas fous à temps plein. Ça prend une certaine sensibilité locale », martèle le promoteur.