Le rappeur saguenéen Derek Lefebvre Simard a écrit une chanson très touchante intitulée We miss you, dédiée à la mémoire de la jeune Félicia Tremblay-Borduas, décédée dans un accident de voiture il y a trois ans.

Un rap pour Félicia

Derek Lefebvre Simard, alias DLS, n’oubliera jamais le jour où sa grande amie, Félicia Tremblay-Borduas, a perdu la vie dans un accident de voiture à Jonquière. C’était le 23 janvier 2015. Elle avait 19 ans. Depuis ce temps, le rappeur souhaitait rendre hommage à la disparue, mais n’était pas prêt à coucher ses sentiments sur papier. Il y a quelques mois, il a pris la plume de façon instinctive. La pièce We miss you a coulé de source et lui a servi de déversoir.

Quand il a appris que la vie de Félicia avait été cruellement fauchée, Derek Lefebvre Simard a encaissé le choc. Il connaissait la jeune femme depuis des années et l’aimait énormément. Celui qui, au moment de l’accident, se frottait déjà à l’écriture de textes aux accents poétiques, qu’il se plaisait à accoler à de la musique rap, a été envahi par une vague de douleur.

« Sur le coup, je n’y croyais pas. J’étais sous le choc. C’est le genre de choses qui n’ont rien de réel tant que tu ne les vois pas. Au salon funéraire, je n’ai même pas été capable d’aller la voir tellement j’étais bouleversé », raconte le jeune homme de 25 ans, en entrevue. 

Il lui aura fallu trois ans pour trouver les mots justes, pour sentir qu’il tenait des paroles suffisamment évocatrices pour témoigner de sa peine, mais aussi pour livrer un hommage digne de sa copine. L’objectif était aussi de la rendre, en quelque sorte, immortelle.

La mère de Félicia touchée

En écrivant We miss you, laquelle se retrouve sur son premier opus, Parti de zéro, le chanteur y est allé de métaphores poétiques qui évoquent l’obscurité de la douleur liée à la perte d’un être cher, mais aussi de phrases plus blanches et lumineuses. En s’adressant directement à son amie à travers les médiums de l’écriture et de la musique, DLS a pu boucler le processus du deuil. 

Lorsqu’il s’est senti prêt à faire le pas, Derek Lefebvre Simard a soumis la pièce à la maman de Félicia. Il rapporte que Sonia Tremblay a reçu ses mots avec hospitalité et émotion. 

« Au début, elle m’a dit qu’elle attendrait d’être prête avant de l’écouter. Quand elle l’a fait, elle m’a écrit pour me dire qu’elle avait été très touchée et que ça lui avait fait vivre beaucoup d’émotions », raconte Derek Lefebvre Simard, qui lève officiellement le voile sur son œuvre en hommage à Félicia sur les réseaux sociaux aujourd’hui, après avoir aguiché les internautes avec de courtes mises en bouche.

Dans un court échange courriel, Sonia Tremblay a confirmé qu’elle s’est sentie très touchée par le geste du jeune homme.

« Je suis vraiment très émue de ce que Derek a fait en son honneur. C’est magnifique la chanson. Je lui suis très reconnaissante de rendre hommage à ma magnifique fille. Elle était tout pour moi, si généreuse envers tous ses amis qu’elle aimait tant », a-t-elle exprimé. 

DLS explore des thèmes profonds

Derek Lefebvre Simard, un amoureux de rap depuis l’adolescence, a trouvé sa voix dans ce genre musical auquel il consacre de plus en plus de son temps. 

« Vers l’âge de 13 ou 14 ans, je me cherchais encore. J’écoutais beaucoup de musique rap. J’ai décidé de me mettre à l’écriture de textes. J’étais beaucoup inspiré par la poésie des artistes rap. Dans le punk et le métal, on est beaucoup dans la musique et dans les sonorités des instruments au niveau global. Le rap permet de passer des messages », note celui qui laisse régulièrement couler dans ses oreilles les rythmes d’artistes comme L’Assemblée, Taktika et le collectif 83. Il s’en abreuve et s’en inspire, certes, mais sa démarche créatrice demeure authentique et s’appuie sur des thèmes qui sont chers à l’auteur.

Parmi eux : l’intimidation, un sujet qui prend Derek Lefebvre Simard par les tripes. Seul, un extrait de l’album inaugural, s’inscrit en faux contre le phénomène du taxage, un fléau chez les jeunes d’aujourd’hui. Sa conjointe, Stéphanie, y a mis du sien en prêtant sa voix au refrain.

« J’ai toujours écrit sur des thèmes plus tristes et plus profonds. L’intimidation, ça me tient à cœur. J’ai moi-même déjà intimidé. En parler et dénoncer, c’est un peu pour moi une façon de me racheter », confie-t-il.

Le jeune homme a récemment appris qu’il sera bientôt papa pour une deuxième fois. L’arrivée du petit William, un an, l’a attendri et rendu un tantinet plus sensible. Cette affectivité et cette tendresse transpirent dans les textes de Derek Lefebvre Simard, remarque-t-il. Des textes qu’il colle à des « beats », comme DLS les appelle, ces musiques qui ne sont pas de son cru, mais qui viennent soutenir son propos et enrichir son travail de création.

Un visage angélique

La mort de la jeune Félicia Tremblay-Borduas a créé l'onde de choc il y a trois ans. Le véhicule à bord duquel elle circulait, sur le boulevard du Royaume, à Jonquière, a été happé par un véhicule de déneigement. Dès l'annonce de son décès, sa page Facebook a été inondée de commentaires et de témoignages de proches et amis. Son profil, toujours en ligne, montre une photographie d'une ravissante jeune fille. Ce même doux visage figure sur une affiche que le rappeur Derek Lefebvre Simard utilise pour promouvoir la sortie de sa chanson We miss you.

Une scène Hip Hop dynamique

DLS souhaite diffuser le fruit de son travail. Certains extraits pourraient donc se retrouver sur des plateformes de diffusion en continu, sauf les chansons dont il ne détient pas les droits musicaux exclusifs. 

Le Chicoutimien, qui habite aujourd’hui Jonquière, a un boulot à temps plein chez Refraco et œuvre en sous-traitance chez Rio Tinto. Son agenda est donc chargé. Malgré tout, il trouve le temps d’écrire et de peaufiner son art. En solo, mais aussi avec le collectif Quartier Nord, un ensemble d’artistes rap qui ont pour point de référence d’avoir grandi sur la rive nord du Saguenay.

« Il y a une très belle scène Hip Hop ici dans la région. Il y a beaucoup d’artistes du rap qui sont très actifs et qui font de belles choses. On a des spectacles qui s’en viennent et le circuit est très dynamique », relève Derek Lefebvre Simard, qui espère présenter son album de façon plus officielle à ses proches et amis au cours des semaines à venir.