Il n’a fallu que quelques minutes de recherche pour avoir accès à la vente de billets en ligne pour l’hommage à Johnny Cash sur le site Eventbrite.
Il n’a fallu que quelques minutes de recherche pour avoir accès à la vente de billets en ligne pour l’hommage à Johnny Cash sur le site Eventbrite.

Un «promoteur» récidive: encore de faux spectacles

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
Un faux promoteur de spectacles qui avait fait la manchette, l’été dernier, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, est de retour. Cette fois, il a mis en vente des billets pour un spectacle de Pierre Guillemette, hommage à Johnny Cash, le 23 mai prochain, à l’Hôtel du Jardin de Saint-Félicien. Fidèle à son habitude, l’homme se fait parfois passer pour une femme, mais n’utilise pas le même nom qu’en août.

Le Quotidien s’est entretenu avec deux intervenants du monde du spectacle qui ont été en contact avec lui au cours des dernières semaines. Il a essayé de réserver le chanteur Patrick Norman auprès d’Alain Duchaine, agent de spectacles pour PPS Canada.

L’homme a aussi fait des démarches auprès de l’Hôtel du Jardin de Saint-Félicien pour réserver une salle pour le spectacle de Pierre Guillemette, mais aussi pour d’autres événements en octobre 2020 et en mai 2021.

« Ça fait tout près de six mois que je reçois des appels de sa part. Il me demande des soumissions pour ma grande salle de spectacles. Il a une voix très curieuse au téléphone. Il fait beaucoup de pauses, il a une voix très nasillarde. C’est difficile de savoir si c’est un homme ou une femme », a mentionné une employée de l’Hôtel du Jardin, qui préfère garder l’anonymat.

Pas de dépôt

Elle a quand même fait un contrat, mais en y ajoutant plusieurs conditions pour lui éviter des problèmes ou des pertes monétaires. Elle n’a cependant toujours pas eu le dépôt demandé.

« Ça me sécurisait. J’ai mis beaucoup de détails sur le contrat pour me “backer”. »

Dans le clan de Pierre Guillemette, on confirme les mêmes informations. Nom, numéro de téléphone et adresse s’entrecroisent avec les informations des autres sources.

Billets en vente

Il n’a fallu que quelques minutes de recherche pour avoir accès à la vente de billets en ligne pour l’hommage à Johnny Cash sur le site Eventbrite. Le numéro de téléphone qui accompagne la publication est le même que celui qui avait permis au Quotidien, en août dernier, de discuter avec l’homme, soit Antonio Dion, qui utilisait alors l’identité d’une femme.

Cette fois, avec l’Hôtel du Jardin, il utilise l’identité d’un homme, mais avec M. Duchaine, il a le nom d’une femme.

L’adresse civique (à Chicoutimi) qu’il a fournie à l’hôtel, sur la rue des Hospitalières, est la même que celle qu’il utilisait l’été dernier, lorsqu’il avait été démasqué par Le Quotidien. Il en a donné une autre à l’agent de spectacles, cette fois sur la rue De La Fabrique, à Jonquière, adresse qu’il a été possible de retracer dans l’un de ses nombreux actes d’accusation datant de 2018.

La responsable de l’Hôtel du Jardin a vu ses doutes être confirmés quand l’individu en question a « aimé » la page de l’hôtel dans un drôle de moment.

« Il m’a écrit pour me demander d’ajouter le lien Eventbrite sur la page Facebook de l’hôtel, mais je lui ai dit qu’il était préférable que le contrat soit signé avant que les billets ne soient mis en vente. Et quelques minutes après, il (Antonio Dion) a aimé la page de l’hôtel », a-t-elle dit.

Aucune négociation

Le faux promoteur n’a pas négocié le prix avec l’Hôtel du Jardin. Même chose avec M. Duchaine qui a eu à faire avec lui pour une deuxième fois au cours des dernières semaines.

« C’est sûr que c’est lui !, a-t-il dit d’emblée au début de l’entrevue avec Le Quotidien. Ç’a commencé l’année passée quand il a “booké” Kaïn pour un spectacle à Rimouski. En 30 ans, j’en ai vu de toutes les couleurs, mais là, il a accepté le prix tout de suite, sans négocier. Habituellement, les gens font attention, ils calculent. Et 15 minutes après, le spectacle était en ligne sur Eventbrite. Je l’avais pincé », a-t-il expliqué.

Cette fois, c’est une collègue de PPS Canada qui a reçu l’appel d’une femme pour présenter Patrick Norman à l’Hôtel du Jardin de Saint-Félicien.

« Elle a demandé s’il était disponible. Elle a dit OK pour le prix (10 000 $) et pour la date. Et quelques minutes plus tard, on a reçu un courriel de la dame pour savoir si Olivier Dion était aussi disponible, parce qu’elle aime ça quand il enlève son chandail comme il l’avait fait dans Star Académie », a expliqué l’agent, ajoutant qu’il avait la « même voix de grand-mère ».

« Là, j’ai allumé. J’ai fouillé et j’ai vu que c’était lui », ajoute-t-il.

La responsable de l’Hôtel du Jardin assure ne pas avoir perdu d’argent jusqu’à maintenant, mais énormément de temps. « Mais en ce moment, il y a des gens qui peuvent acheter des billets », se désole-t-elle.

« Et s’il met Patrick Norman, ça va être une autre histoire », poursuit l’agent, laissant sous-entendre que beaucoup plus de gens pourraient être intéressés à en acheter.

Ce dernier a essayé de joindre Eventbrite, sans succès. Jeudi matin, les deux songeaient fortement à déposer une plainte à la police.

Plusieurs numéros de téléphone

Au total, l’Hôtel du Jardin et le producteur ont quatre numéros de téléphone en lien avec l’individu. L’un d’eux, qui apparaît sur Eventbrite, est le même que l’an dernier. Un autre numéro a été retracé sur une publication Eventbrite, annonçant « Productions Focus présente Hert Leblanc en collaboration Véronique Labbé », au Best Western Hotel Universel de Drummondville, en décembre dernier.

Une vérification auprès de l’hôtel, jeudi, a permis d’apprendre que la réservation avait été faite avec le même nom qu’à Saint-Félicien et que le spectacle n’avait pas eu lieu. « On l’a annulé après des comportements douteux », a-t-on dit au Quotidien, avant d’ajouter que des policiers avaient par la suite fait des vérifications pour fraude. Les deux derniers numéros réfèrent quant à eux à des organismes religieux, soit « La Bible enseigne » et la page Facebook « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Rappelons que l’an dernier, l’individu avait communiqué avec Le Quotidien pour acheter des publicités en lien avec ses « faux » spectacles. Il se présentait sous le nom d’une femme, comme membre du Centre évangélique de Jonquière, mais l’organisme s’était totalement dissocié de lui.