Le centre d’escalade de Roberval aura une allure similaire à Délire Escalade, à Québec, où Jean-François Gill a travaillé, mais en plus petit.
Le centre d’escalade de Roberval aura une allure similaire à Délire Escalade, à Québec, où Jean-François Gill a travaillé, mais en plus petit.

Un projet de milieu de vie de 6M$ à Roberval

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
En construisant 24 logements, une halte-garderie, un espace communautaire et un centre d’escalade intérieur à Roberval, la Corporation de développement des premiers peuples souhaite offrir de l’hébergement à prix modique pour les familles autochtones, mais aussi un milieu de vie où la culture et la langue font partie du quotidien. Le projet de 6 millions de dollars est en attente d’une réponse de la Société d’habitation du Québec (SHQ).

Avec les deux incendies qui ont ravagé des immeubles à loyer modique à Roberval au cours de la dernière année, les appartements bon marché sont rares, souligne Mélanie Boivin, directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean (CAALSJ). Et lorsqu’il y a des logements disponibles, ils sont trop petits pour accueillir de grandes familles, comme c’est souvent le cas chez les familles autochtones, ajoute cette dernière.

Elle cite en exemple le cas d’une mère de six enfants, monoparentale, qui vit avec sa mère... dans un trois et demi. Plusieurs autres familles sont dans la même situation, car la population autochtone représentait déjà près de 10 % de la population à Roberval en 2015, soit 965 personnes, selon les données de Statistique Canada. Avec la croissance de la population autochtone en milieu urbain, ce nombre doit être plus grand aujourd’hui, estime Mélanie Boivin, qui remarque que la majorité est d’origine atikamekw.

En travaillant constamment avec la clientèle autochtone, le Centre d’amitié a voulu trouver une solution durable au manque d’hébergement. Il y a près de deux ans, l’organisation a donc fait l’achat d’un terrain, au coin de l’avenue Sainte-Angèle et de la rue Scott, un investissement de 140 000 $. Le plan : construire un milieu de vie pour les familles autochtones à Roberval, tout en revitalisant un secteur qui en a bien besoin.

Pour développer un projet d’hébergement, le CAALSJ a créé la Corporation de développement des premiers peuples (CDPP), en 2020, en partenariat avec le Conseil de la nation atikamekw et le Centre d’amitié autochtone de Saguenay. Et c’est cette corporation qui a soumis une demande de financement de 6 M $ à la SHQ.

Dénommé Mishtik, ce qui veut dire « arbre » en innu et en atikamekw, le projet vise à construire un bâtiment de 24 logements, dont 12 unités de trois chambres, six unités de quatre chambres, trois unités de deux chambres et trois autres de cinq chambres. Au-delà d’offrir des appartements assez grands, le projet vise aussi à offrir du répit aux parents en mettant sur pied une halte-garderie.

Un espace communautaire permettra aussi aux résidants de se rassembler et de s’impliquer dans des activités sociales.

« Ça permettra de créer un des rares milieux de vie hors des réserves où il sera possible de parler l’atikamekw ou le nehlueun, remarque Mélanie Boivin. Ce projet sera culturellement sécurisant et on compte y rattacher une entreprise d’économie sociale pour offrir des opportunités de développement des compétences et savoirs aux locataires. »

Sabin Côté, maire de Roberval, a été impliqué dans le projet depuis ses débuts et il le voit d’un très bon oeil. « C’est un projet structurant qui permettra de créer un milieu de vie enrichissant », estime le premier magistrat.

L’investissement de 6 M $ permettrait de revitaliser le secteur centre-ville, dit-il.

Centre de transformation sociale

Pour bien soutenir les familles qui occuperont le bâtiment, un centre de transformation sociale sera également mis sur pied, un projet de 150 000 $ financé par la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL). Ce service, similaire à ce qui est offert dans un Office municipal d’habitation (OMH), offrira notamment de l’aide à la gestion du budget. « Ce sera un service complémentaire qui permettra de soutenir les familles », explique Mélanie Boivin.

L’escalade comme pont entre les nations

Le futur bâtiment sera aussi un point de rencontre entre les cultures, car une structure d’escalade intérieure y sera aménagée. « On veut mettre le paquet », souligne Jean-François Gill, un instructeur d’escalade innu qui a participé au développement de ce projet.

Dans un premier temps, des structures sur blocs, où les gens peuvent pratiquer leur technique sans harnais au-dessus d’un gros matelas, seront installées. Un mur d’escalade sera aussi aménagé sur toute la hauteur de l’édifice de trois étages. « Je pense que c’est un projet qui a le potentiel d’unir les peuples par le sport », remarque Jean-François Gill.

Ce dernier estime qu’une telle infrastructure permettra de faire bouger les jeunes. « J’ai découvert une passion avec l’escalade, et ça m’a donné le feu de vouloir clencher quelque chose de nouveau, confie-t-il. Malgré mon trouble de l’attention, l’escalade m’a permis de canaliser mon énergie et de trouver la concentration supplémentaire pour atteindre mes buts. »

Avec le projet Mishtik, le formateur souhaite pouvoir partager sa passion au plus grand nombre et faire croître l’escalade dans la région. Il a d’ailleurs déjà ciblé des secteurs pour développer des voies d’escalade extérieures à Val-Jalbert et près de Dolbeau-Mistassini.

À l’heure actuelle, le projet est dans les mains de la SHQ. Pour accélérer le processus, Mélanie Boivin a communiqué directement avec le bureau de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest. « C’est inhumain, ce que certaines familles autochtones doivent vivre en ce moment », conclut-elle, espérant que le projet reçoive le financement le plus tôt possible.