Geneviève Gagnon et son père Michel souhaitent lancer un projet de microproduction de cannabis médical, sur une surface de 200 m2, dans le chemin Vallée

Un projet de culture de cannabis thérapeutique à Saint-Félicien

Vivant avec d’importantes douleurs chroniques causées par une maladie inflammatoire, Geneviève Gagnon souhaite lancer une entreprise de microproduction de cannabis médical biologique à forte teneur en CBD. La production, qui se fera dans un secteur de villégiature sur le chemin Vallée à Saint-Félicien, serait une des premières productions extérieures de cannabis au Canada, si le projet franchit toutes les étapes.

« Je dois dépenser près de 400 $ par mois pour traiter mes douleurs avec du cannabis médical contenant une forte teneur en CBD », soutient Geneviève Gagnon, une femme de 41 ans, qui doit vivre avec des maladies inflammatoires et d’importantes douleurs chroniques.

Comme ces sommes ne sont pas couvertes par la Régie de l’assurance maladie du Québec ni par les assurances privées, elle doit elle-même absorber ce montant. « Ça coûte cher en ‘‘titi’’ et en discutant avec une clinique de cannabis médical, ils nous ont proposé de produire notre propre cannabis », a expliqué cette dernière, lors d’une présentation du projet à un groupe de citoyens du chemin Vallée, dimanche dernier.

Alors que plusieurs personnes décident de faire pousser du cannabis médical pour répondre à leurs propres besoins, Geneviève Gagnon a décidé de pousser le concept un peu plus loin, en commercialisant du cannabis thérapeutique biologique, un produit rare sur le marché.

Lors de la légalisation du cannabis récréatif, en octobre 2018, le législateur a ajouté la notion de culture du cannabis à l’extérieur et de microculture, sur une surface de 200 m2. En date du 31 octobre 2019, Santé Canada a délivré 22 licences pour la production de cannabis à l’extérieur, soutient Tammy Jarbeau, conseillère principale des relations avec les médias. « La culture extérieure sur une petite surface rend le projet accessible à une petite entreprise et non pas seulement aux gros industriels », estime cette dernière, qui souhaite faire un projet à échelle humaine et ainsi créer son propre emploi, permettant d’adapter son horaire selon sa condition de santé.

C’est ainsi que l’entrepreneure a commencé à développer, il y a un an, un plan d’affaires, avec son père, Michel Gagnon, pour réaliser un projet de microproduction de cannabis médical sur la terre familiale du chemin Vallée.


« Ça coûte cher en “titi” et en discutant avec une clinique de cannabis médical, ils nous ont proposé de produire notre propre cannabis. »
Geneviève Gagnon

500 à 600 plants

Dénommé Chenèvriere des Cinq Fées, le projet vise à mettre en terre entre 500 et 600 plants de cannabis médical à forte teneur une CBD, un cannabinoïde qui « possède peu ou pas de propriétés psychotropes, étant plutôt reconnu pour ses propriétés médicales », selon la Société québécoise du cannabis.

Pour l’instant, il est difficile d’estimer la quantité de cannabis qui sera produite, car il existe très peu de cultivars de CBD adaptés à notre climat, souligne Michel Gagnon. « On pense être en mesure de fournir entre 30 et 75 clients, qui consomment en moyenne deux grammes par jour », dit-il, ce qui représente une production annuelle de 22 à 55 kilogrammes. Les plants seront irrigués avec un système goutte à goutte avec de l’eau tirée directement de la rivière. Aucune lumière artificielle ne sera utilisée pour le projet, car les entrepreneurs se fient uniquement à la lumière naturelle pour la croissance des plants.

Ces derniers ont choisi de faire l’acquisition d’un bâtiment de type Coolbox, produit à Saint-Prime, pour faire le séchage et l’entreposage des fleurs. Le bâtiment sera étanche et muni d’un système de filtration à air avec pression négative et d’un extracteur d’air avec un filtre de charbon activé, pour éviter les odeurs. Pour répondre aux règles strictes de Santé Canada, une clôture de six pieds encerclera les lieux de culture et de transformation. Des caméras et des systèmes d’alarme sismiques assureront également la sécurité sur les lieux.

Vente en ligne

Pour maximiser les profits, l’entreprise vendra ses produits en ligne, sans intermédiaires, aux clients qui seront recommandés par les agences de santé. Aucun client ne sera admis sur les lieux de culture.

C’est Michel Gagnon, un jardinier expérimenté, qui s’occupera de la culture du cannabis, alors que sa fille, Geneviève, sera responsable de la traçabilité et du contrôle de la qualité. Aucun autre travailleur ne sera requis sur les lieux. Au total, près de 100 000 $ devront être investis dans le projet, sans compter tout le travail pour remplir la paperasse et faire les démarches auprès de Santé Canada. « Si on avait fait affaire avec des consultants, ça nous aurait coûté entre 80 000 et 120 000 $ », estime Michel Gagnon, en ajoutant que l’entreprise n’a demandé aucune subvention.

Selon les promoteurs, le site de culture sera situé à plus de 20 mètres de la route, derrière une lisière de forêt, faisant en sorte qu’il ne sera pas visible du chemin. Les passants sur la rivière ne pourront pas non plus voir le jardin de cannabis. Si tout fonctionne comme prévu, la culture devrait commencer à l’été 2021.

Les promoteurs de la Chenèvrière des Cinq Fées ont présenté les détails de leur projet à des résidants du secteur dimanche denier.

+

LES RÉSIDANTS DU QUARTIER CRAIGNENT DES ODEURS

Des résidants du chemin Vallée ne voient pas d’un bon œil la culture du cannabis dans un secteur résidentiel et demandent à la Ville d’interdire le projet à cet endroit.

Selon Pauline Bergeron, une résidante du chemin Vallée depuis trois ans, un projet de culture de cannabis n’a pas sa place dans un quartier résidentiel. « On n’a rien contre le projet ni contre les promoteurs, mais ce n’est pas l’endroit pour ça », dit-elle.

Même son de cloche pour Mylaine Bernard. « Je me demande pourquoi un projet de production de cannabis commercial choisit de s’implanter dans un quartier résidentiel », soutient la femme. Après avoir fait le choix de s’établir sur le chemin Vallée avec sa famille récemment, elle croit que ce projet pourrait dédramatiser la consommation de drogues auprès des jeunes.

Les contestataires s’inquiètent notamment des odeurs qui émaneront de la culture. Les promoteurs admettent, pour leur part, que de légères odeurs pourraient être senties par les voisins immédiats, pendant quelques semaines, seulement si les vents soufflent dans leur direction. 

Des fleurs odorantes, comme le lilas, seront aussi plantées pour masquer les odeurs de la plantation qui se trouverait à l’extrémité du chemin Vallée, adossé à une zone agroforestière.

Pétition

D’autres citoyens s’inquiètent également de l’impact du projet sur la valeur de revente de leur maison. Une pétition a d’ailleurs été lancée pour demander à la Ville d’interdire la microproduction de cannabis dans les secteurs résidentiels. Les contestataires demandent à Saint-Félicien de se doter d’une politique pour encadrer la culture du cannabis.

Selon Michel Gagnon, le projet de culture biointensif ne pourrait être réalisé à un autre endroit que sur le terrain familial, car il exige en moyenne trois heures de travail manuel par jour, sans compter la surveillance rapide des lieux. Un projet de culture sur une si petite surface aurait été impossible sur des terres agricoles, dit-il, car la Commission de protection des terres agricoles du Québec ne permet pas un tel morcellement des terres. De plus, les dépenses supplémentaires pour réaliser le projet auraient grandement affecté la rentabilité du projet. 

Les promoteurs ont donc déposé une demande de Projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble à la municipalité pour réaliser leur projet. « Cette demande a été soumise au Comité consultatif d’urbanisme et la recommandation a été favorable, a expliqué par courriel Martin Belzile, inspecteur des bâtiments pour la Ville de Saint-Félicien. Par la suite, le tout a été acheminé au conseil et celui-ci a accepté la demande le 21 octobre dernier. »

« On voit le projet d’un bon œil, mais dans un souci de transparence, on veut aussi être à l’écoute des citoyens », a soutenu le maire Luc Gibbons. 

Cette décision n’est donc pas finale, car le projet est soumis à une séance de consultation publique qui se tiendra le 18 novembre, à 16 h. 

Si suffisamment de citoyens contestent le projet, un référendum sera tenu auprès des citoyens du secteur, dans les 120 jours suivants. 

Alors que certaines personnes contestent le projet, plusieurs autres résidants ont aussi démontré leur appui aux promoteurs, notamment lors de la présentation du projet, dimanche dernier, sur les futurs lieux de production.