La première cohorte de l’AEP en service de garde «culturellement pertinent et sécurisant» accueillera 20 étudiantes. 
La première cohorte de l’AEP en service de garde «culturellement pertinent et sécurisant» accueillera 20 étudiantes. 

Un programme de formation d'éducatrices autochtones lancé au Lac-Saint-Jean

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
En partenariat avec le Centre de services scolaire du Pays-des-Bleuets, le Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean lance une nouvelle attestation d’études professionnelle en service de garde destinée à la clientèle autochtone. Ce projet permettra de mieux répondre aux besoins des jeunes autochtones, dans leur propre langue, tout en incluant 20 femmes autochtones sur le milieu du travail, notamment dans les centres de la petite enfance, les services de garde en milieu scolaire et en garderie privée.

Selon les données de Statistiques Canada de 2016, près de 10 % de la population de Roberval est autochtone. Pourtant, aucune éducatrice ne maîtrise la langue innue ou atikamekw, remarque Mélanie Boivin, la directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean (CAALSJ).

« On a constaté que les enfants qui parlent majoritairement atikamekw à la maison ne s’expriment pas dans les centres de la petite enfance (CPE), dit-elle. Quand on envoie des kukum (grand-mères) visiter les CPE, ils se mettent à parler beaucoup plus, ce qui démontre que la sécurisation culturelle est nécessaire au bon développement de l’enfant. »

Avec une importante population autochtone sur son territoire, Roberval a tout à gagner en intégrant davantage d’éducatrices autochtones, car selon Mélanie Boivin, les 20 participantes de la première cohorte sont de vraies agentes de transformation sociale. « Pendant la formation, elles apprendront par exemple à fabriquer un teuehikan (tambour) ou à faire des chants autochtones. Elles pourront par la suite partager leurs savoirs aux jeunes autochtones, mais aussi aux allochtones, ce qui les aidera à mieux se connaître. »

Floria Awashish, 36 ans, est une des agentes de transformation en herbe. « J’ai toujours rêvé de travailler avec les enfants », souligne la mère au foyer qui souhaite intégrer le milieu du travail. Étudier avec d’autres femmes autochtones, avec le Centre d’amitié, lui donne confiance qu’elle pourra réussir, car elle se sent dans un milieu enrichissant et sécurisant, dit-elle.


« C’est une belle opportunité qui va me permettre de partager ce que j’ai appris et d’aider les enfants. »
Floria Awashish

L’attestation d’études professionnelle en service de garde en milieu scolaire, d’une durée de plus de 400 heures, permettra d’occuper des emplois à titre d’aide-éducateur à la petite enfance. Le programme de formation a été adapté culturellement et c’est pourquoi des modules sur l’histoire des Premières Nations viendront compléter la formation sur le développement, le bien-être et la sécurité des enfants. Des modules de secourisme adapté à la petite enfance, d’hygiène et de salubrité alimentaire seront aussi présentés. Finalement, les étudiantes devront compléter un stage de quatre semaines à raison de 30 heures par semaine, ce qui permettra l’intégration dans les milieux de travail. Des ordinateurs sont disponibles pour fournir la formation à distance si les mesures sanitaires l’obligent.

Une fois la formation complétée, les éducatrices pourront travailler dans des CPE, dans les services de garde dans les écoles à Roberval, mais aussi à Mashteuiatsh, à Obedjiwan ou dans d’autres communautés où les besoins sont criants. Le CAALSJ travaille aussi sur un projet de halte-garderie, où les services de ces éducatrices seront requis.

Ce projet permettra de rendre les langues autochtones plus vivantes, estime Mélanie Boivin, car elles pourront être parlées à différents endroits hors de la communauté, et ce, dès le plus jeune âge.