Un prof de Chicoutimi aménage une bibliothèque francophone en Inde

Les 44 boîtes remplies d’ouvrages littéraires québécois, réunis par l’enseignant du Cégep de Chicoutimi Carlos Bergeron, ont entamé leur longue traversée du Québec vers l’Inde, le 25 février dernier. Ils sont arrivés à bon port deux mois plus tard, le 27 avril, où ils ont sagement attendu leur nouvelle demeure, non sans embûches. La toute première bibliothèque francophone de l’Inde, actuellement aménagée à Goa, sera inaugurée la semaine prochaine.

Il y a un an, l’enseignant du Cégep de Chicoutimi et chargé de cours à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) lançait un appel au don de livres francophones via les pages du Progrès. Il travaillait, depuis un an déjà, sur son projet de bibliothèque francophone à Goa, en Inde.

L’idée de créer une bibliothèque québécoise outre-mer trottait dans la tête du professeur depuis de nombreuses années. À l’été 2017, lorsque Carlos Bergeron s’est envolé pour l’Inde, où il a animé un cours intensif sur l’histoire de la littérature québécoise à l’Université de Goa, qui a un département francophone, l’idée s’est consolidée.

Après la parution de l’article dans Le Progrès, les dons de livres ont commencé à arriver de façon considérable. En tout, ce sont presque 2000 ouvrages qui ont été réunis. Des particuliers, mais aussi des éditeurs, ont offert des romans, des films, des ouvrages historiques et scientifiques, entre autres, au professeur. La mission de M. Bergeron était de faire rayonner la culture québécoise jusqu’en Asie.

Le professeur est donc allé rejoindre son trésor la semaine dernière, afin d’aménager les rayons de la bibliothèque. « Lorsque je suis allé voir les 44 boîtes entreposées à l’université indienne, ça m’a vraiment beaucoup ému. Je me suis dit qu’on avait réussi notre mission », a affirmé Carlos Bergeron, lors d’un échange accordé au Progrès en direct de l’Inde, malgré une connexion réseau un peu difficile.

Le professeur Carlos Bergeron a retrouvé, il y a quelques jours à peine, les 2000 livres réunis au cours de la dernière année et expédiés en Inde.

« Les livres annotés des fonds de paroisse, les beaux romans mis à l’index, la poésie de Gilles Vigneault, les articles scientifiques, les mots d’Anne Hébert, les textes contemporains, les Marie-Sissi Labrèche et tous les autres joyaux ayant tissé, page après page, notre culture, à travers les quelque 150 dernières années, seront disponibles dans les rayons de la bibliothèque de Goa », a indiqué Carlos Bergeron.

« Je visais un maximum d’authenticité. Pour respecter l’existence de ces livres, dont certains ont parfois transité par plusieurs mains au cours du siècle dernier, j’ai délibérément laissé toutes les traces de leurs différents lecteurs. Petits mots griffonnés à la hâte, photos, signets, factures, autographes – du Frère Untel, de Sol, de Marie-Claire Blais, de Michel Tremblay, de Dany Laferrière et plus encore. 

Les Indiens auront droit à un portrait authentique de la culture québécoise. Le livre a toujours été, pour moi, un objet à la fois intime et social », a ajouté le professeur.

Plusieurs embûches

Après leur départ du Québec, les livres ont transité par Montréal, Halifax et Dubaï. Les boîtes remplies de livres sont finalement arrivées à Mumbai, en Inde, deux mois plus tard.


«  Lorsque je suis allé voir les 44 boîtes entreposées à l’université indienne, ça m’a vraiment beaucoup ému. Je me suis dit qu’on avait réussi notre mission.  »
Carlos Bergeron

« La collection a rencontré énormément de problèmes dès son arrivée à Mumbai. Les douanes l’ont retenue jusqu’à tout récemment, soit jusqu’à la fin juin. Ils ont demandé des pièces justificatives, et d’autres pièces justificatives, et même de l’argent. Un jour, par exemple, j’ai reçu un courriel de ma collègue à Goa qui me demandait de lui fournir le titre de tous les livres expédiés ! Le bibliothécaire de l’Université de Goa, le docteur Gopakumar Velayudhan Pillai, a heureusement monté un dossier béton et la professeure Anuradha Wagle a également beaucoup travaillé pour que les livres soient dédouanés et arrivent enfin à Goa. C’est l’Université de Goa qui a finalement assumé les frais de dédouanement », a raconté Carlos Bergeron.

Le professeur est en Inde depuis quelques jours déjà, où il enseigne dans trois universités. Il profitera évidemment de son séjour pour inaugurer la bibliothèque.