De passage au Cercle de presse, mercredi, le chercheur Martin-Hugues St-Laurent a fait des mises en garde sur l’utilisation des inventaires aériens pour tirer des conclusions sur l’état des hardes de caribous forestiers.

Un prix à payer pour sauver le caribou forestier

L’aménagement forestier, qui implique l’ouverture du territoire, est le principal obstacle au maintien des hardes de caribous forestiers. Le sauvetage de cet écotype, en vertu de la Loi fédérale sur les espèces menacées, aura un prix économique pour les communautés.

Le chercheur et professeur titulaire en écologie animale de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), Martin-Hugues St-Laurent, ne peut se prononcer sur les conséquences socio-économiques qui découleront des mesures mises en place, mais croit qu’il est impossible de sauver le caribou forestier sans diminuer la récolte et les activités qui entourent cette activité. Il s’agit selon les chercheurs d’une condition incontournable.

Devant le Cercle de presse du Saguenay, mercredi, le professeur de l’UQAR a résumé les constats des chercheurs sur les habitudes de ce cervidé que l’on retrouvait autrefois jusque dans l’État du Maine. « Il aurait fallu des actions immédiates », a insisté Martin Hugues St-Laurent quand il a commenté la décision du ministre québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs de retarder à 2022 le déploiement d’une stratégie de protection de l’habitat du caribou forestier.

Le principe de base de l’hypothèse des chercheurs repose sur le fait que l’ouverture du territoire a permis à d’autres cervidés de croître et de se disperser dans les zones de coupe (orignal principalement), surtout que le loup avait pratiquement été éradiqué des forêts. Ce grand cervidé est beaucoup moins exposé à la prédation que le caribou forestier et la productivité du second est moins élevée. En plus, l’ours noir est un redoutable prédateur qui est présent au Québec et qui peut aussi cibler les faons. Le taux de survie des faons des femelles caribous qui fréquentent les zones des routes forestières est très peu élevé. Le recrutement des hardes s’en trouve donc diminué.

Hausse de la population

Les inventaires forestiers réalisés par le gouvernement du Québec depuis 2012 confirmaient une augmentation du nombre d’individus dans la zone sud de l’aire de répartition qui correspond à la forêt sous aménagement. On se retrouve avec des concentrations de l’ordre de 3,3 caribous par 100 kilomètres carrés, alors que le plan de rétablissement visait une concentration de 1,5 caribou pour la même superficie en 2023.

Le chercheur n’a pas contesté les chiffres émanant des inventaires aériens, mais a fait des mises en garde quant à l’importance de cet outil dans l’évaluation de la situation des hardes. Il est revenu sur l’inventaire du réservoir Pipmuacan de 2012, lequel démontrait une augmentation du nombre d’individus dans cette harde. Un nouvel inventaire a été réalisé au cours des deux derniers mois et le chercheur a assuré ne pas avoir obtenu les résultats globaux. Il a simplement déclaré qu’il y avait deux hardes en bon état au Québec, dans le secteur de la Manic, alors que des hardes étaient en léger déclin pendant que d’autres déclinaient rapidement.

Interrogé sur l’impact des changements climatiques sur le caribou forestier, Martin-Hugues St-Laurent a réitéré que les travaux, dont les conclusions seront publiées d’ici peu, démontrent jusqu’à maintenant que cette réalité ne constitue pas un facteur aussi important que l’aménagement forestier. Encore là, le chercheur signale que les populations de caribou sont en déclin partout dans le monde et que les raisons de ce déclin ne sont pas les mêmes. Il est imprudent selon lui de faire des amalgames quand on étudie cette question.