Claudia Dallaire est à l’origine du premier Café mortel au Saguenay.

Un premier Café mortel au Saguenay

Pour plusieurs, la mort demeure un grand tabou. Pourtant, il s’agit d’une étape à laquelle nous sommes tous confrontés. Pour permettre aux gens de s’exprimer à ce sujet, de partager leurs craintes et d’apprivoiser l’inéluctable, un Café mortel voit le jour au Saguenay.

Les cafés mortels (Death Cafés en anglais) foisonnent depuis quelques années en Amérique du Nord, en Europe et en Australie. Il y en aurait près de 1500 à l’échelle mondiale. Au Québec, c’est une Montréalaise nommée Kit Racette qui a tenu la première rencontre du genre en 2013, à la suite du décès de sa fille de 20 ans. 

Chez nous, Claudia Dallaire a adopté le modèle pour le rendre disponible aux régionaux. Le concept est bien simple : les participants se réunissent autour d’un café et d’une pâtisserie et s’expriment librement au sujet de la mort. Ils parlent de leurs appréhensions et de leurs peurs. Les rencontres sont confidentielles, conviviales et ouvertes à tous. Elles sont aussi non-confessionnelles, mais peuvent être empreintes de spiritualité et de philosophie, selon le désir des participants et l’angle des discussions. L’objectif est d’accueillir les gens dans des lieux lumineux, où le côté lugubre de la mort est volontairement éclipsé. 

« Je ne veux pas faire ça dans des sous-sols d’églises où il fait noir et où ça sent mauvais », met en relief Claudia Dallaire, avec humour.

Survivante

Pour comprendre la motivation de Claudia Dallaire, son cheminement personnel devient pertinent. Adolescente, elle s’est retrouvée aux prises avec une tumeur au cerveau. Les médecins lui ont dit qu’elle ne soufflerait pas 20 bougies. 

« J’ai dû faire face à ma propre mort et à de nombreuses questions. Comment allait-elle se vivre, ma mort ? De quelle manière ma famille arriverait-elle à s’en remettre ? Et, surtout, qu’est-ce qu’il y a après la mort ? », résume Claudia, aujourd’hui âgée de 41 ans. Elle attribue le fait qu’elle soit toujours vivante 22 ans plus tard « au travail d’excellents neurochirurgiens et à son attitude positive ». Claudia Dallaire confie toutefois que son apprivoisement de la mort remonte à une époque récente. Ceci n’est certainement pas étranger à son implication auprès de la clientèle endeuillée à la Coopérative funéraire du Fjord de La Baie, où elle travaille depuis trois ans.

« Dans mon travail, je prends soin de chaque défunt, je lui parle, je lui laisse une lumière le soir avant de partir et je découvre, comme le dit si bien Félix Leclerc, que ‘‘c’est grand la mort, il y a plein de vie dedans’’. Je ne peux pas dire que je n’ai plus peur, mais je peux vraiment dire que j’apprivoise la mort. Maintenant, je trouve même ça beau. La mort fait de moi une passionnée de la vie », signale-t-elle.

Cette vision sereine du trépas n’est évidemment pas l’apanage de tous, d’où la pertinence de la mise en place d’un café mortel itinérant qui se tiendra dans les trois arrondissements de la ville de façon périodique. Claudia Dallaire a fait un test le mois dernier à Shipshaw. Environ 25 personnes ont pris part à la rencontre, qu’elle a animée de façon conviviale, détendue et ouverte.

« La mort est un sujet qui peut faire peur, mais quand on dédramatise, c’est beaucoup plus facile de s’ouvrir. C’est pourquoi j’avais fait fabriquer un gâteau en forme de tête de mort et que mon slogan sur ma page Facebook est ‘‘Café mortel, un café bien vivant’’. Nos rencontres ne sont pas du tout morbides. Il n’y a rien d’effrayant ou de traumatisant. On n’a pas de place pour parler de la mort alors c’est pour ça que je veux rendre les cafés mortels des endroits agréables pour ceux qui en ont vraiment besoin », poursuit Claudia Dallaire. L’organisatrice précise que les rencontres ne sont pas une thérapie et ne doivent pas être prises pour des groupes de soutien aux personnes qui ont subi la perte d’un être cher récemment. 

Un café mortel ouvrira ses portes aux gens de La Baie quelques jours avant Noël. Claudia Dallaire signale que la période des Fêtes peut être source de nostalgie pour certaines personnes à qui la mort a ravi un proche. D’autres, pour qui songer à l’au-delà suscite beaucoup d’appréhension, pourront aussi y trouver de l’apaisement et une tribune pour verbaliser leurs craintes.