Louis-Raphaël Tremblay, président-directeur général d’Optania, une entreprise spécialisée en intelligence artificielle, explique que son entreprise, le Cégep de Chicoutimi et la société GRICS pilotent le projet de fonder à Saguenay un pôle d’innovation en technopédagogie.

Un pôle d’innovation en technopédagogie

Un pôle d’innovation en technopédagogie axé sur le développement de produits commercialisables pourrait voir le jour à Saguenay, rassemblant différentes entreprises et institutions évoluant dans le domaine.

L’initiative nommée « Projet neurone » est actuellement pilotée par l’entreprise chicoutimienne Optania, spécialisée en intelligence artificielle, le Cégep de Chicoutimi et la société GRICS, dont l’acronyme signifie Gestion du réseau informatique des commissions scolaires, un regroupement en charge de la gestion informatique, administrative et pédagogique des commissions scolaires.

Des discussions sont actuellement en cours dans la région avec d’autres partenaires, principalement institutionnels, afin de faire avancer le projet auprès du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, a expliqué en entrevue Louis-Raphaël Tremblay, président-directeur général d’Optania, entreprise auparavant connue sous le nom d’Ellipse Synergie.

Le pôle d’innovation en technopédagogie de Saguenay se distinguerait de l’actuel Pôle d’innovation technopédagogique de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke en étant principalement dédié au développement de produits commercialisables en technopédagogie, la spécialité d’Optania.

L’entreprise, lancée en 2009 et qui compte aujourd’hui 27 employés, détient plus précisément une expertise reconnue en conception d’outils d’accompagnement de première ligne dans les domaines de l’éducation et de la santé mentale, grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle.

« On s’est rendu compte qu’on était la seule entreprise au Québec à faire ça ; pas à faire des outils pédagogiques, mais à être vraiment en technopédagogie », souligne-t-il.

L’utilisation même du terme « technopédagogie » est encore peu courante, convient l’entrepreneur, qu’il définit comme étant la transposition « d’expertises pédagogiques dans la conception d’outils pour supporter l’enseignement ».

Louis-Raphaël Tremblay explique qu’un pôle d’innovation en technopédagogie à Saguenay permettrait d’attirer une main-d’oeuvre spécialisée et de stimuler le démarrage de projets et initiatives dans le domaine, de pair avec l’incubateur numérique projeté par Promotion Saguenay.

« On deviendrait le plus gros regroupement de technopédagogues au Québec. C’est une belle force, honnêtement, pour attirer des gens, pour créer des entreprises qui peuvent se greffer à ça, aussi », estime celui qui voit grand et qui peut déjà énumérer plusieurs idées d’outils en technopédagogie qui pourraient être soutenus par un pôle d’innovation.

Agrandissement chez Optania

Une première étape de ce projet sera franchie avec l’agrandissement des bureaux d’Optania, attendu au printemps 2019. Des discussions sont actuellement en cours avec GRICS, partenaire d'affaires d'Optania, afin d'évaluer la possibilité d'y accueillir éventuellement des bureaux de la société.

Optania a conclu cette année une entente avec la société, la plus importante de l’histoire de l’entreprise, qui permettra de déployer progressivement dans une cinquantaine de commissions scolaires de la province la technologie ISA (voir encadré) qu’elle a développée.

Louis-Raphaël Tremblay souhaite ainsi faire profiter de ce rassemblement d’expertise en intégrant de petites entreprises souhaitant tester, développer et vendre des outils pédagogiques dans les écoles. « C’est ça un vrai hub, un vrai pôle qui attire des gens », soutient-il.

Le pôle d’innovation en technopédagogie de Saguenay, par sa spécialisation, se distinguerait également du hub mondial en intelligence artificielle qui doit voir le jour dans l’établissement O Mile Ex, à Montréal, et qui forme un ensemble aux visées trop larges, aux dires du président-directeur général.

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SÉLECTIONNÉE PAR LE CTA@BOSTON

Optania a d’ailleurs appris récemment qu’elle fait partie des huit entreprises sélectionnées par le programme canadien d’accélération technologique à Boston (CTA@Boston, pour Canadian Technology Accelerator in Boston).

Ce programme, qui a été mis en place par le gouvernement canadien, permet à des entreprises d’être accompagnées par des mentors d’expérience pour la commercialisation de produits technologiques sur le marché américain, explique Jean Duplain, responsable des communications pour Optania.

Cela permettra à l’entreprise d’établir des contacts avec des partenaires, des investisseurs et des clients potentiels. La vice-présidente au développement des affaires d’Optania, Michelle Fournier, vivra ainsi à Boston deux semaines par mois jusqu’en janvier. 

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L'AGENT INTELLIGENT ISA

L’agent intelligent de la technologie ISA, signifiant Interface de soutien assisté, assure un suivi académique et psychologique auprès des élèves du primaire et du secondaire, via le portail informatique Mosaïk des commissions scolaires.

L’agent intelligent analyse les résultats académiques de l’élève et interagit avec lui, sous forme d’un avatar, pour l’encourager, par exemple, ou lui poser des questions et l’inciter à aller chercher de l’aide lorsque nécessaire.

L’agent intelligent procède de la même manière, par exemple, pour accompagner les jeunes victimes d’intimidation et ensuite transférer le dossier à des intervenants psychosociaux.

La technologie ISA répond à un besoin de rétroaction des élèves que Louis-Raphaël Tremblay, président-directeur général d’Optania, avait constaté, alors qu’il était enseignant en mathématiques à la Polyvalente de La Baie. «Comme prof, on voit que les élèves ont toujours besoin de rétroaction. Au primaire, un prof est en mesure d’en donner une, car la proximité avec ses élèves est quand même plus grande, mais au secondaire, on a 130 élèves», souligne celui qui s’était penché sur le sujet lorsqu’il a entrepris une maîtrise, qui s’est finalement transformée en projet d’affaires. Myriam Gauthier