Selon un chercheur, l’industrie lève le nez sur les feuillus, comme les bouleaux, parce que leur bois est moins intéressant pour le sciage que celui des résineux.

Un peu d'amour pour les «arbres mal-aimés»

SAGUENAY — On a souvent l’impression que nos forêts sont exploitées au maximum de leur capacité, sinon à surcapacité — et cela a certainement déjà été le cas. Mais ce n’est pas vrai du tout pour les feuillus, qui ne sont même pas exploités à la moitié de ce que la forêt serait capable de fournir, a trouvé une étude présentée mercredi au congrès de l’ACFAS.

«Juste en traversant le parc des Laurentides, hier [mardi], j’ai vu des parcelles coupées où tous les résineux avaient été récoltés et où les bouleaux avaient tous été laissés sur pied», a témoigné le chercheur en foresterie de l’Université Laval Alain Cloutier, qui a coprésidé mercredi un colloque consacré à ces «bois mal-aimés».

Si l’industrie lève le nez sur les bouleaux comme sur la plupart des feuillus, explique-t-il, c’est parce que leur bois est moins intéressant pour le sciage que celui des résineux. Le tronc de ces essences est souvent de petit diamètre et leur bois, plus lourd que celui des conifères. «Dans plusieurs cas, ce sont des espèces intolérantes qui vont pousser rapidement après une coupe, mais qui vont décliner rapidement aussi, alors ils n’ont souvent pas le temps d’atteindre des diamètres intéressants pour le sciage», indique M. Cloutier.

«Mais c’est aussi beaucoup une question de tradition : on n’a juste pas l’habitude, ici, de se servir de ces bois-là comme matériau de construction, mais si on va dans d’autres pays, ils le font. Au Brésil, par exemple, ils construisent entièrement avec des feuillus parce qu’ils n’ont tout simplement pas de résineux.»

Il y a donc encore «beaucoup de place pour exploiter davantage ces bois-là», dit le chercheur. Mais combien de place, au juste?

«Possibilité forestière»

Étudiante à la maîtrise à l’Université Laval sous la direction d’Évelyne Thiffault, Claude Durocher a justement travaillé à quantifier combien de bois disponible les forestières laissent derrière elles. Elle est partie de la «possibilité forestière», soit le volume de bois que l’on peut récolter sans compromettre la capacité de la forêt de se régénérer — «possibilité» qui est établie par le forestier en chef, au Québec —, puis elle l’a comparée aux volumes qui ont effectivement été récoltés entre 1990 et 2015.

Dans l’ensemble, elle a constaté que les coupes correspondent à environ 60 % de la «possibilité forestière», mais cela varie grandement selon les essences et les régions. Dans les peuplements d’épinettes noires au nord du Lac Saint-Jean jusqu’en Abitibi, la forêt est exploitée à presque 100 % de ce qu’elle est capable de donner durablement. Mais les essences autres que les résineux sont exploitées à seulement 38 % dans l’ensemble — et cela descend même autour de 10 % pour le bouleau, qui est vraiment le mal-aimé des mal-aimés.

Pour les feuillus, a trouvé Mme Durocher, c’est souvent la proximité d’une usine de pâtes et papiers qui détermine s’ils seront coupés ou non, puisqu’on ne sait pas trop quoi en faire d’autre. Cependant, aux endroits où il n’y a pas d’usine proche, mais quand même une bonne densité de route, il y aurait un potentiel pour utiliser les feuillus pour faire de la bioénergie, estime-t-elle.

«Il existe d’autres bonnes manières de valoriser ces arbres-là, mais la bioénergie, c’est un peu le mode par défaut parce que l’approvisionnement pour la bioénergie est très flexible : il y a beaucoup moins de critères auxquels les arbres doivent répondre [NDLR : Par exemple le diamètre ou la droiture du tronc] que pour d’autres usages», dit-elle.