Bira Fall, Pierre Pensé Odessi et Alex Nasseryaguibou se préparent à passer Noël au Saguenay.

Un Noël loin de l'Afrique pour trois étudiants de l'UQAC

Bira Fall, Pierre Pensé Odessi et Alex Nasseryaguibou seront bien loin de leur Afrique natale à Noël. Les trois étudiants en génie à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) troqueront les buffets traditionnels sénégalais, congolais et burkinabé, composés de mouton, de poulet et de macédoine, pour la tourtière et les petits pâtés. Il serait légitime, pour ce trio d’amis, de tomber dans la nostalgie. Mais au lieu de cela, leur regard s’allume devant la perspective d’un temps des Fêtes sur fond d’ébène et d’ivoire, passé sous le signe de l’interculturalité.

Alex s’est retrouvé à Chicoutimi après le passage de son père à la conférence d’une professeure de l’UQAC originaire du Burkina Faso qui était en visite dans la Mère patrie. Bac en poche (le système d’éducation du Burkina est calqué sur le modèle français), le temps était venu, pour Alex, de choisir une université étrangère. Il aurait pu aboutir au Maroc, en Belgique ou en Suisse. Il a plutôt opté pour le Québec. L’étudiant en génie civil a foulé le sol de la région pour une première fois il y a deux ans, en plein mois de décembre.

Son ami Pierre, inscrit au même programme, a franchi le portail du Royaume il y a 18 mois. Il a d’abord quitté le Congo pour étudier au Community College de Charlotte, en Caroline du Nord, mais après une année passée au pays de l’Oncle Sam, il ne s’y sentait plus en sécurité et ne trouvait pas la quiétude nécessaire pour étudier. Pierre s’est donc tourné vers le Saguenay. Il confie y avoir trouvé la paix, le silence et de beaux grands espaces à admirer. 

Le dernier venu, Bira, est débarqué dans la capitale régionale il y a quatre mois. L’étudiant en génie mécanique est venu rejoindre son frère, qui étudiait à l’UQAC depuis un certain temps. Bira n’a pas encore aperçu le vrai visage de l’hiver québécois, mais se dit cependant prêt à affronter ses rigueurs et ses sautes d’humeur. Il a l’intention de célébrer Noël dans la métropole.

Multiculturel

Les trois camarades, qui ne se connaissaient ni d’Ève ni d’Adam avant d’être admis à l’UQAC, ne sont pas contrariés à l’idée de passer les Fêtes loin de leurs familles, dans une contrée nordique où les us et coutumes de gens sont bien différents des leurs. Au contraire, Alex, qui n’est pas rentré au Burkina Faso une seule fois en deux ans, continue de s’intégrer à la culture québécoise et a bien hâte de fêter avec ses copains.

Ceux-ci seront originaires de la Belle Province, mais proviendront également de divers pays d’Afrique. Le tout prendra des airs de rassemblement multiculturel improvisé, où chacun apportera sa musique et son plat.

« Je suis arrivé ici en plein hiver avec une “gang” de Burkinabés. C’est bien de se coller à des gens qui proviennent du même endroit que toi au début et c’est rassurant, mais si tu ne fais que t’entourer d’Africains, tu vas te sentir encore plus seul et tu ne vas pas t’intégrer. Au début, ta famille te manque, mais après, tu sais quoi faire pour ne pas t’ennuyer », note Alex, qui a constaté qu’il peut être difficile de percer l’herméticité de la « bulle » des étudiants québécois. 

« En Afrique, tu arrives à l’université et tu ne connais personne. Mais après quelques semaines, tout le monde parle à tout le monde. Ici, c’est beaucoup plus individualiste et, pour certains étudiants étrangers, ça peut être un cercle assez restreint », poursuit Alex, qui s’est déniché un boulot d’associé technique chez Bureau en gros.

À l’entendre parler, on croirait qu’il habite au Saguenay depuis de nombreuses années. Pour employer un québécisme, le français de chez nous a « déteint » sur le Burkinabé, qui s’exprime de façon colorée et qui, à l’instar de la jeunesse d’aujourd’hui, ponctue inconsciemment toutes ses phrases de « cools » et de « genres ». 


Je suis arrivé ici en plein hiver avec une “gang” de Burkinabés. C’est bien de se coller à des gens qui proviennent du même endroit que toi au début et c’est rassurant, mais si tu ne fais que t’entourer d’Africains, tu vas te sentir encore plus seul et tu ne vas pas t’intégrer.
Alex Nasseryaguibou

« On est  acceptés ici, mais on n’est pas  chez soi »

Pierre Pensé Odessi n’ira pas au Congo à Noël parce que pour lui, le temps des Fêtes, c’est du 25 décembre au 1er janvier. Cela ne suffit pas pour un périple qui implique de voyager d’un continent à l’autre. À défaut de retrouver la chaleur de l’Afrique, il ira voir son frère à « Québec City ».

Il faut savoir que pour ce futur ingénieur civil, les études, c’est du sérieux, et Pierre confie que lui et ses compatriotes passent énormément de temps entre les murs de la bibliothèque de l’université, le nez fourré dans des manuels scolaires. C’est peut-être pour cette raison que, règle générale, les étudiants en provenance de l’Afrique se démarquent dans les programmes de génie.

« Oui, le pays me manque. Je pourrais y rentrer pendant l’été, mais je fais le choix de ne pas le faire. Je me concentre sur les études. Il faut connaître les cours qui s’en viennent à l’automne et commencer à regarder le programme », explique Pierre. 

Dix-huit mois, donc, sans avoir mis les pieds au Congo, pays où le mercure ne descend jamais sous la barre des 15 degrés, et Pierre garde quand même le sourire. Ici, il prend le temps de voir du pays. 

« Découvrir, augmenter sa culture, c’est important. Je suis très ouvert à la culture d’ailleurs. J’ai toujours aimé découvrir de nouveaux endroits et de nouveaux plats. Moi, je vais manger n’importe quoi. De la poutine, de la tourtière, du pâté chinois. Je pense qu’il faut éviter de se refermer et de se replier sur soi. On est acceptés ici, mais on n’est pas chez soi. Je suis vos règles ici, tout comme j’aimerais que vous suiviez mes règles si vous veniez chez moi », analyse Pierre, dont les souvenirs de Noël ressemblent, à plusieurs égards, à ceux de nombreux jeunes Québécois. À l’exception, sans doute, du sapin naturel, accessible en Afrique, mais excessivement cher.

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L’amitié en cadeau

Pour Bira, qui est musulman, Noël est aussi célébré en famille. Il lui sera possible, par le truchement du Web, d’échanger avec ses proches, mais pour une première fois cette année, c’est à des milliers de kilomètres de sa patrie, dans un pays recouvert d’une épaisse toge blanche, que le jeune Africain passera cette période de réjouissances. 

Bira et son camarade Alex signalent qu’en Afrique comme au Québec, la variété des plats qui composent le buffet festif de Noël et les présents qui se retrouvent sous la crèche sont proportionnels au budget de chaque famille. Cette année, Alex Nasseryaguibou, Pierre Pensé Odessi et Bira Fall se feront le cadeau de l’amitié.

« Ici, c’est parfois très compliqué de se faire des amis et il faut toujours aller vers les autres. Si tu ne fais pas ça, tu ne connaîtras personne. Mai si quelque chose arrive, si j’ai besoin de parler à quelqu’un, je vais appeler Alex et Bira », confie Pierre Pensé, qui aimerait bien un jour pouvoir faire profiter des ses connaissances à ses compatriotes au Congo où, dit-il, tout est à construire.