Patrick Bérubé, directeur général de Promotion Saguenay
Patrick Bérubé, directeur général de Promotion Saguenay

Un moratoire «excessif» et «injuste», selon Promotion Saguenay

Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, juge « excessif » et « injuste » le moratoire recommandé par des chercheurs sur les projets de développement économique sur le Saguenay afin de protéger le béluga.

« Je pense qu’un moratoire, c’est excessif dans le contexte actuel et je pense qu’il ne faut pas faire porter le chapeau aux projets en cours sur la problématique qui est vécue dans le Saguenay », a exprimé M. Bérubé, en réaction mercredi à l’appel au moratoire jusqu’en 2023 sur les projets qui entraîneraient une augmentation du trafic maritime sur le Saguenay.

Il rappelle que le trafic maritime dans la rivière Saguenay représente une « infime partie » du trafic qui transige dans le Saint-Laurent. « Il y a des enjeux beaucoup plus larges que ça actuellement et je pense que ce serait injuste de mettre un moratoire sur des projets en développement », a souligné le directeur général de la société de développement économique de Saguenay.

M. Bérubé critique que les chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais et du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) effectuent cette sortie quelques semaines avant le début des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement sur le projet d’Énergie Saguenay de GNL Québec.

« Que ce soit volontaire ou non, c’est clairement malhabile, a-t-il déploré. C’est un rapport qui devrait demeurer scientifique, qui devrait coaliser des discussions pour en arriver à des consensus régionaux. »

Patrick Bérubé souligne d’ailleurs que le rapport publié ne recommande pas l’imposition d’un moratoire jusqu’en 2023, contrairement à la sortie publique des chercheurs. « Je pense qu’on instrumentalise un petit peu un rapport scientifique actuellement, et ça, on trouve ça déplorable. »

Questionnés à ce sujet mardi par Le Quotidien, les cochercheurs estimaient que leur recommandation était cohérente avec le contenu du rapport. « Entre les lignes, c’est ça qu’on crie haut et fort et on l’a écrit dans le communiqué de presse », avait alors répondu Robert Michaud, président et directeur du GREMM.

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« PAS DE RAISON D’ÊTRE », SELON LE PORT DE SAGUENAY

Carl Laberge, président-directeur général du Port de Saguenay, estime que l’appel au moratoire des chercheurs « n’a pas de raison d’être ».

Les projets industriels d’usine de liquéfaction du gaz naturel d’Énergie Saguenay de GNL Québec ainsi que les projets miniers de Métaux BlackRock et d’Arianne Phosphate sont liés aux installations portuaires du Port de Saguenay, situé à La Baie, au Saguenay.

« Cette recommandation-là, elle n’a pas de raison d’être, elle ne devrait pas être appliquée et elle ne devrait pas être retenue », a-t-il déclaré en entrevue.

M. Laberge a accueilli le rapport avec « grand étonnement ». Il estime que les données rendues publiques mercredi par les chercheurs sur l’importance du fjord du Saguenay pour les bélugas du Saint-Laurent vont dans le même sens que des estimations mentionnées auparavant par le GREMM.

Carl Laberge cite un document soumis par le GREMM en octobre 2016 à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale au sujet de l’étude d’impact environnemental du projet de terminal maritime sur la rive nord du Saguenay, en lien avec le projet minier d’Arianne Phosphate.

« Pour nous autres, il n’y a pas de nouveauté là-dedans. Ça ne vient pas changer notre position, ça ne change pas l’éclairage », a affirmé le directeur général, qui estime que développement économique et protection de l’environnement peuvent être conciliés.

« Faire porter le poids de la survie du béluga ou de la pérennité du béluga uniquement au Saguenay et aux projets qu’il va y avoir dans le Saguenay est hautement exagéré, très hautement exagéré », a exprimé le dirigeant des installations industrialo-portuaires.

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GNL QUÉBEC SE DIT « SENSIBLE » À CET ENJEU

Le promoteur GNL Québec s’est pour sa part dit « sensible » au rétablissement de la population du béluga du Saint-Laurent dans le cadre du développement de son projet.

« Pour nous, ça a du sens [les conclusions du rapport d’étape], dans la mesure où on le sait quand même depuis longtemps qu’il y a une incertitude par rapport au rétablissement de la population du béluga du Saint-Laurent. On est sensible à cet enjeu », a réagi Stéphanie Fortin, directrice principale affaires publiques et relations avec la communauté pour GNL Québec.

Les premiers méthaniers doivent naviguer sur le Saguenay en 2025 si le projet se déroule comme le souhaite le promoteur.

Mme Fortin a rappelé que GNL Québec s’est engagé à adopter « les meilleures pratiques » pour réduire le bruit subaquatique de ses navires. L’entreprise a adopté une Charte d’engagements environnementaux pour la protection des mammifères marins en début d’année et a promis de créer un fonds contre la pollution sonore sous-marine.