Les enseignes d'Arvida sont fidèles à celles de 1957.

Un moment historique pour Arvida

Le passé renaît à Arvida. Presque 60 ans après l'installation d'enseignes servant à marquer le territoire de la ville, des panneaux fidèles aux versions originales de 1957 s'élèvent à trois endroits stratégiques.
Une première affiche a été inaugurée, mardi, sur le boulevard Mellon, près de la rue Burma. Deux autres suivront sur le boulevard du Saguenay, l'une à l'entrée du quartier Sainte-Thérèse et l'autre à hauteur de la rue Deschênes. 
L'emblématique panneau bleu, sur lequel il est inscrit « bienvenue à Arvida » en blanc, est juché sur des piliers d'aluminium. Au-dessus de l'affiche trône un large lingot de métal gris. À l'époque, les coûts liés à la fabrication des enseignes avaient été assumés par Alcan. Le conseiller municipal d'Arvida et président de l'arrondissement de Jonquière, Carl Dufour, a réuni plusieurs dignitaires autour de lui pour la cérémonie de dévoilement, un événement à saveur historique qui marque, en quelque sorte, la renaissance d'Arvida. Des représentants de Rio Tinto, des officiers syndicaux, des travailleurs de l'usine et quelques conseillers municipaux ont assisté au dévoilement de la structure, une activité à laquelle se sont greffés des citoyens de la municipalité fondée par l'industriel Arthur Vining Davis en 1926.
Carl Dufour
Le maire de Saguenay n'était pas présent, mais la spécialiste du patrimoine urbain, Lucie K. Morisset, était aux premières loges pour voir l'écriteau hissé sur son socle par des employés de l'entreprise Enseignes April. La compagnie, dont les assises sont situées à Arvida, a conçu les structures selon les plans originaux. Son directeur général, Claude April, a admis ressentir une certaine émotion en voyant le nom de sa ville remis sur la carte. 
Gris et bleu
Le bleu de l'enseigne représente l'eau. Le métal gris détient une place de choix dans la déclinaison de l'oeuvre et rappelle la genèse de cette ville de compagnie longtemps appelée la « Washington du Nord ». La principale différence entre les versions d'hier et d'aujourd'hui relève du fait que l'inscription « Welcome to Arvida » ne s'y trouve plus. Questionné à ce sujet, Carl Dufour a évoqué la Loi sur l'affichage pour expliquer l'absence de la formulation anglaise. Les panneaux d'origine ont été démantelés en 1976, au moment de la fusion, et ont été détruits. 
Au cours de son allocution, le conseiller Dufour n'a pas manqué de dire à quel point les Arvidiens sont fiers de leurs racines. Il a rappelé que le Comité pour la reconnaissance patrimoniale d'Arvida (CORPA) met tout en oeuvre pour préserver le patrimoine bâti de cette municipalité construite en 135 jours.
« On vit tous ensemble un moment historique aujourd'hui. C'est un beau clin d'oeil au passé d'Arvida, et aussi à son présent. Tout un mouvement s'est créé autour de la reconnaissance patrimoniale et on y croit plus que jamais », a déclaré l'élu.
Saguenay (Jonquière) Arvida présentation de l'enseigne
UNESCO : un dossier impeccable
Lucie K. Morisset est convaincue de la valeur du dossier d'Arvida, pour laquelle un comité tente depuis quelques années d'obtenir une désignation officielle par l'UNESCO. 
« De mon point de vue, qui est un point de vue scientifique, c'est un dossier impeccable. Ça fait très longtemps que, comme historienne de l'urbanisme, je suis tout à fait convaincue qu'Arvida se qualifie sans aucun problème au titre de la valeur universelle exceptionnelle de son plan urbain, de ses maisons, de son projet social utopiste et de son état de conservation. Il y a des experts de partout dans le monde qui n'en doutent pas non plus », a fait valoir la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain à l'UQAM.
Lucie K. Morisset a partagé sa joie de voir Arvida reprendre sa place dans l'histoire avec l'érection de panneaux signalétiques. 
« Aujourd'hui, on restitue l'histoire dans le paysage avec un objet qui était signifiant. Le fait de voir ce marquage qui date de 1957 et qui avait été fait pour Arvida dans un programme de développement touristique revenir aujourd'hui, c'est une grande joie », a poursuivi la chercheuse. Elle signale que lors de l'annexion d'Arvida à Jonquière en 1976, des gestes politiques ont été posés pour faire fonctionner la fusion, notamment le retrait des enseignes. 
« On n'est plus en 1976, on est en 2016. L'identité n'est plus une chose incompatible et on peut la voir revenir dans le paysage. On la marque brillamment aujourd'hui », met en relief Lucie K. Morisset.
En août dernier, le gouvernement a annoncé son intention de rouvrir la liste indicative des sites du patrimoine mondial au Canada. Un dossier officiel sera soumis par le CORPA en janvier et Parcs Canada devrait dévoiler les lieux retenus avant la fin de 2017. Pour être considérée par l'UNESCO, Arvida doit avant tout figurer sur la liste du fédéral, une possibilité bien réelle, selon Lucie K. Morisset.