De passage à Québec en fin de semaine dernière, le Royal Princess a amené dans la Vieille Capitale plusieurs centaines de touristes qui se sont ajoutés à ceux débarqués des six autres navires de croisières accostés au Port de Québec.

Un hôtelier plaide contre le «tourisme de masse»

Alors que plus de 10 000 croisiéristes ont pris d’assaut le Vieux-Québec dans la seule journée de samedi dernier, faisant le bonheur de nombreux commerçants, un hôtelier tire la sonnette d’alarme contre cet afflux qui attire aussi son lot d’insatisfaction.

Pour le propriétaire de L’Hôtel Château Fleur de Lys, situé à deux pas du Château Frontenac, une journée record comme celle de samedi dernier — avec sept navires de croisières amarrés au port de Québec — «ça n’a pas de sens». «Depuis deux ans, on entend des clients se plaindre, ce qui n’était pas le cas avant. Trop de monde, trop cher, trop de tourisme de masse, on marche porté par la foule et on ne voit rien… nous avons même entendu des “pas sûr qu’on revienne l’été”», signale Romuald Georgeon au Soleil.

Sans vouloir «mordre la main qui [le] nourrit», l’hôtelier juge qu’il est irresponsable de la part du Port de Québec de générer certains jours une telle concentration de croisiéristes dans la vieille ville en y «déversant des milliers de personnes». 

«Essayer de battre tous les ans des records de bateaux à quai en une seule journée dans un centre-ville tout petit qui n’est ni prêt, ni conçu pour cela est une aberration, un manque d’empathie envers nos visiteurs, pour ne pas dire un gros manque de vision à long terme», estime M. Georgeon, qui est copropriétaire depuis cinq ans de L’Hôtel Château Fleur de Lys, un établissement de 16 chambres.

«Si les responsables du port se félicitent de ce genre de record, ils devraient aussi s’intéresser au ressenti des croisiéristes et surtout à celui des autres touristes qui voyagent chez nous», ajoute-t-il.

Qualité d’accueil

Selon l’hôtelier, la qualité d’accueil dans la ville s’en ressent, que ce soit pour tenter d’avoir un taxi ou de réserver au restaurant. Vendredi, «des clients ont payé 30 $ depuis le port jusqu’au parc des Gouverneurs en Uber et [pensaient] à juste titre qu’ils se sont fait plumer», souligne-t-il. «Pas plus tard que ce matin [mercredi], on a un client qui a devancé son départ d’une journée» parce qu’il en avait assez, note M. Georgeon.

L’homme qui œuvre dans le domaine de l’hôtellerie depuis 30 ans — il a travaillé notamment à Paris, à Londres et en Suisse avant de s’établir à Québec — craint que la capitale ne perde sa réputation de ville accueillante si l’affluence de visiteurs n’est pas mieux répartie. Il se dit d’ailleurs inquiet par la construction d’un second terminal de croisières si c’est pour recevoir davantage de navires en même temps. 

«Il serait grand temps que les responsables de tout cela commencent à réfléchir, car quand la ville de Québec aura perdu son attractivité naturelle aux dépens du tourisme de masse, il sera trop tard pour faire marche arrière, et la correction sera longue et coûteuse à faire», conclut l’hôtelier.

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UN «DÉFI LOGISTIQUE» POUR LES HÔTELS

Si les croisiéristes représentent une clientèle de plus en plus importante pour les hôteliers de Québec, les accueillir impose cependant un «défi logistique», reconnaît la directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec (AHRQ), Marjolaine de Sa. 

Lors de débarquements de passagers dans la capitale, très tôt le matin, les gens veulent avoir leur chambre dès que possible, ce qui n’est pas toujours faisable pour les hôteliers alors que la saison touristique bat son plein jusqu’à la mi-octobre, signale Mme De Sa. «Il y a aussi la question des bagages, puisqu’il n’y a pas de limite en bateau contrairement à l’avion. Les gens arrivent avec 1,6 bagage par personne en moyenne», indique la directrice générale de l’AHRQ.

«On fait un test cette année avec des navettes. On sait [dans quels hôtels] les gens vont lorsqu’ils débarquent» alors un effort est mis pour «les faire sortir» du port et «mieux les accueillir», mentionne Mme De Sa, précisant travailler en collaboration avec le Port de Québec.

Un étalement préférable

L’augmentation des embarquements et des débarquements dans la capitale — c’est-à-dire des voyageurs qui commencent ou terminent leur croisière à partir de Québec — génère des réservations pour au moins une nuitée. 

«On vient de vivre un superbe week-end. C’est sûr qu’on préférerait un étalement [quant au passage des navires…] Le but du Port de Québec, ce n’est pas seulement d’avoir 2-3 gros week-ends dans la saison», mais plutôt d’étendre la période des croisières et de répartir les escales sur des journées différentes, ce que souhaite l’AHRQ.