Un hébergement alternatif pour les maisons pour femmes

Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Les six maisons d’hébergement pour femmes du Saguenay-Lac-Saint-Jean pourront bénéficier d’un système alternatif permettant d’héberger des femmes à l’extérieur de leurs établissements, alors que certaines ressources ont dû réduire leur capacité d’accueil de 50 % en raison des mesures préventives prises pour faire face à la crise de la COVID-19.

Des demandes avaient été logées par des maisons d’hébergement, à l’échelle de la province, afin de demander un soutien de cette nature au gouvernement. « On s’est vite aperçu que des places seraient manquantes à court terme », a souligné Marie-Claude Bouchard, directrice du Centre féminin du Saguenay.

La maison d’hébergement de Chicoutimi a dû prendre « des mesures exceptionnelles » de prévention en réduisant récemment sa capacité d’accueil pour les femmes seules ou ayant des enfants, passant de 11 à 15 lits habituellement à 6 à 10 lits.

Il n’est ainsi plus possible pour des femmes seules de partager une même chambre, en raison des risques liés à la COVID-19. Des mesures sanitaires et de distanciation sociale sont appliquées, tandis que les maisons sont en isolement, les sorties autorisées se limitant aux rendez-vous essentiels.

La situation est semblable, à l’Auberge de l’amitié de Roberval. Comptant 14 places pour femmes et enfants, la ressource a dû réduire sa capacité d’accueil à 6 à 7 lits, a indiqué Marie-Andrée Beaudoin, coordonnatrice de l’établissement.

La maison d’hébergement Le Rivage, à La Baie, a pour sa part dû diminuer de 50 % sa capacité d’accueil en hébergement d’urgence. À la Maison Halte-Secours de Dolbeau-Mistassini, la capacité d’accueil a également dû être diminuée de quelques lits.

Comme plusieurs autres responsables de maisons d’hébergement de la région, Marie-Claude Bouchard, du Centre féminin du Saguenay, a accueilli avec soulagement, mercredi matin, un courriel du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région confirmant que les ressources pourraient bénéficier d’une structure d’hébergement alternative pendant la crise. Des sommes seront également dédiées aux maisons d’hébergement afin de les aider à faire face à la crise pour l’achat de matériel sanitaire et couvrir le déploiement de ressources supplémentaires.

Directives ministérielles

Le CIUSSS suit ainsi les directives ministérielles émises vendredi par le ministère de la Santé et des Services sociaux, a indiqué Amélie Gourde, agente d’information au CIUSSS. « Notre rôle, c’est de les accompagner si elles [les maisons d’hébergement] ont des besoins supplémentaires, donc si jamais elles ont besoin de débordement, vers des ressources supplémentaires », a-t-elle expliqué.

Elle ne pouvait préciser le montant rattaché aux mesures de soutien. Une liste générale d’établissements alternatifs a déjà été identifiée par le ministère. Les types d’établissements envisagés ne peuvent cependant être précisés, afin de protéger les femmes qui pourraient s’y retrouver.

Les ressources identifiées sont jusqu’à maintenant davantage concentrées à Saguenay, une situation qui ne répond pas actuellement aux besoins de la Maison Halte-Secours de Dolbeau-Mistassini, a partagé pour sa part sa directrice Judith Cantin, qui collabore avec le CIUSSS afin d’identifier des alternatives dans le nord du Lac-Saint-Jean.

« On le sait que ça va éclater »

La situation est actuellement sous contrôle, ont indiqué les six responsables des maisons d’hébergement contactées par Le Quotidien, mardi et mercredi. Au Rivage, à La Baie, certaines femmes ont quitté la ressource en raison de la diminution de capacité d’hébergement, mais leur suivi et leur situation leur permettaient de le faire, a assuré Carole Tremblay, directrice générale de l’établissement, qui veille à la sécurité des femmes.

Si certaines places demeurent disponibles dans certaines maisons d’hébergement, elles demeurent limitées et les responsables s’attendent à une hausse des demandes alors que la période d’isolement se poursuivra.

« On est sur le qui-vive, car on le sait que ça va éclater, au niveau de la tolérance pour les gens qui sont à la maison, a partagé Martine Dallaire, directrice de La Chambrée, située à Jonquière. Les chicanes vont débuter, ça va être plus difficile pour les femmes. »

Isabelle Harvey, directrice de La Passerelle d’Alma, a constaté récemment une augmentation des demandes. « La semaine dernière, au niveau admission, il n’y avait pas une cohue. On ne sentait pas l’augmentation. Depuis lundi, je vous dirais que j’ai des demandes d’hébergement qui commencent à se manifester », a souligné celle qui se compte chanceuse de ne pas avoir eu à réduire sa capacité d’accueil pour faire face à la crise.

Plusieurs responsables constatent également une diminution des appels sur les lignes d’aide, les femmes ayant peu de moments seules en cette période de confinement. Elles invitent les femmes qui ne peuvent appeler à utiliser des moyens de communication en ligne ou à transmettre discrètement une note d’appel à l’aide, sur un papier, lorsqu’elles se trouvent à l’épicerie ou à la pharmacie.

Période difficile pour les intervenantes

La période est également difficile pour les intervenantes, qui ne disposent pas en majorité de matériel de protection et qui sont soumises à des situations qui mettent en péril leur sécurité.

Dans une maison d’hébergement, deux femmes ont été expulsées récemment après avoir toussé ou menacé de cracher sur des intervenantes. Elles ne présentaient pas de symptômes de la COVID-19 et il n’a pas été jugé nécessaire que les personnes impliquées subissent un test de dépistage.

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POUR OBTENIR DE L'AIDE

Au Saguenay

• Centre féminin du Saguenay, Chicoutimi: 418 549-4343

• La Chambrée, Jonquière: 418 547-7283

• Le Rivage, La Baie: 418 544-4626

Au Lac-Saint-Jean

• La Passerelle, Alma: 418 668-4671

• Auberge de l’Amitié, Roberval: 418 275-4574

• Halte-Secours, Dolbeau-Mistassini: 418 276-3965

• L’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale a annoncé mercredi le lancement d’une campagne grand public visant à inciter la population à dénoncer des situations de violence conjugale et familiale. Des informations sont disponibles sur le site de l'organisme