Dominique Gagné et Nadine Fortin lanceront officiellement le 7 mai le groupe Citoyens pour l’amélioration du système de santé mentale au Québec. Elles souhaitent lancer un mouvement à travers la province afin de trouver des solutions pour améliorer la qualité des soins aux patients souffrant de problèmes de santé mentale et d’offrir un plus grand soutien à leurs proches.

Un groupe créé pour éviter d'autres drames

La vie de Nadine Fortin a basculé le 1er septembre 2015, après que son père se soit enlevé la vie au lendemain de sa sortie de l’hôpital de Chicoutimi, où il avait été hospitalisé pendant trois jours, après avoir fait une tentative de suicide. Dans l’espoir d’éviter d’autres drames humains, elle lance, avec Dominique Gagné, le groupe Citoyens pour l’amélioration du système de santé mentale au Québec, afin de réclamer de meilleurs soins pour les patients ainsi qu’une plus grande considération et implication de leurs proches.

Les cofondatrices du groupe tirent la sonnette d’alarme et souhaitent donner une voix à toutes les personnes qui, comme elles, ont perdu confiance envers le système de santé québécois. Elles espèrent que leur initiative née à Chicoutimi permettra de rassembler plusieurs citoyens et intervenants à travers la province afin de faire pression sur le gouvernement dans le but que des solutions concrètes soient apportées.

Nadine Fortin a décidé de s’accrocher à cette initiative afin de traverser le drame qui a frappé sa famille de plein fouet.

« Ça m’a permis de trouver un sens à ma souffrance. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester là en sachant qu’il pouvait y avoir d’autres morts comme ça, si personne ne fait rien », exprime-t-elle, avec aplomb, lors d’un entretien avec Le Quotidien.

Le choc suscité par la perte de son père l’a forcée à arrêter de travailler pendant un an et demi en raison d’un diagnostic de choc post-traumatique et d’anxiété généralisée.

Personne, dans la famille, n’avait vu venir les événements, lorsque l’homme de 66 ans, enseignant à la retraite en travail social, a fait une tentative de suicide le 28 août. Après quelques jours d’hospitalisation, il a lui-même demandé de quitter l’hôpital de Chicoutimi, même si ses proches, eux, s’y opposaient. Le psychiatre ne pouvait alors l’y retenir contre son gré. Les intervenants ne peuvent le faire qu’en ayant recours à la Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui, connue sous le nom de loi « P-38 », applicable sous des conditions particulières, étant donné qu’elle prive le patient de sa liberté.

De retour à la maison, il n’a suffi que de cinq minutes d’inattention pour que le père de Nadine Fortin commette l’irréparable.

Les proches n’ont pu rencontrer le psychiatre lors de l’hospitalisation, n’ont reçu aucun support, ni même été dirigés vers des ressources externes.

« Tu amènes ton proche à l’hôpital, tu penses qu’il va avoir les soins pour l’aider. On se demande ensuite si on a bien fait de l’amener là, laisse tomber celle qui s’est sentie désemparée face à la froideur du système. Le système n’est pas là pour nous aider. »

La plainte : un long processus

La famille s’est ensuite tournée vers la Fédération des centres d’assistance et d’accompagnement aux plaintes (FCAAP) afin de porter plainte contre le psychiatre et le département de l’hôpital. Les proches se sont accrochés à ce long processus afin d’espérer des changements.

« Un médecin examinateur a identité plusieurs failles dans le dossier. Il y a eu une dizaine de recommandations. Mais après ça, on a vu que rien ne changeait, et c’est pour ça qu’on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. Les rencontres sont encadrées, il y a un rapport, mais finalement, c’est de la poudre aux yeux », déplore-t-elle, jugeant que la bureaucratie derrière le processus en décourage plus d’un.

Nadine Fortin

Nombreux témoignages reçus

Un groupe de discussion sur Facebook a vu le jour après que Nadine Fortin ait partagé sa situation, puis le mouvement a pris de l’ampleur. Dominique Gagné, touchée par son histoire, s’est jointe à elle afin de la soutenir dans ce projet.

Par le biais du groupe de discussion, et maintenant de la page Facebook du même nom, les cofondatrices ont reçu de nombreux témoignages de personnes ayant vécu des situations semblables. Et elles savent qu’il y en a encore bien d’autres. « Les gens restent avec leurs histoires et n’osent pas en parler. Mais il faut rassembler nos problèmes », soutient Mme Fortin.

Dominique Gagné

Des témoignages bientôt dévoilés

Le groupe Citoyens pour l’amélioration du système de santé mentale au Québec lancera le 7 mai six vidéos de personnes racontant leur passage dans le système de santé.

La campagne de sensibilisation, qui sera présentée à l’occasion d’une conférence de presse qui marquera par le fait même le lancement officiel de l’organisation, racontera l’histoire de parents d’un enfant schizophrène, d’une infirmière en psychiatrie à la retraite ou encore de parents d’un enfant majeur désorganisé. 

« Les gens ne racontent pas leur histoire personnelle, mais les problèmes qu’ils ont vécus par rapport aux soins reçus. Les gens se retrouvent sans ressources et ne savent pas quoi faire. On espère que d’autres témoignages vont s’ajouter », explique Dominique Gagné, cofondatrice du groupe. Les personnes qui souhaitent se joindre au mouvement peuvent appuyer et contacter le groupe via Facebook.

Un extrait de chacune des vidéos de ceux qu’elles appellent des « citoyens courageux » sera lancé le 7 mai sur les réseaux sociaux. La version longue des vidéos, de 20 minutes chacune, sera ensuite dévoilée à raison d’une par mois, selon le plan de match établi jusqu’à maintenant.

La porte-parole et cofondatrice Nadine Fortin, dont le père s’est suicidé à sa sortie de l’hôpital, quelques jours après avoir fait une tentative de suicide, fait partie des six témoignages qui composent la campagne de sensibilisation. L’anonymat des cinq autres intervenants est préservé, afin de protéger l’identité de leurs proches.

Trouver des solutions

« C’était important pour nous d’avoir un groupe de citoyens, de gens qui reçoivent les services et qui ne sont pas en conflit d’intérêts. On dénonce, mais on n’est pas chialeux ! On ne fera pas de manifestation. On veut regrouper des gens qui vivent les mêmes problématiques afin d’avoir plus de poids et de trouver des solutions concrètes pour améliorer le système de santé », insiste Mme Gagné. Ancienne attachée de presse du député de Chicoutimi Stéphane Bédard, elle use de ses contacts et de ses connaissances afin de monter le dossier et de planifier des rencontres avec différents acteurs de la région.

Un comité restreint formé de personnes impliquées au sein du groupe, depuis ses débuts sur les réseaux sociaux, a permis d’établir une première liste de propositions. Un meilleur suivi des patients, une plus grande présence d’intervenants, des hospitalisations plus longues, une implication active des proches ou encore la réouverture dans la région d’une ressource psychiatrique telle que l’Institut Roland-Saucier, fermé à la fin des années 1990, font partie des solutions discutées.

Les cofondatrices ont également approché différents groupes d’intervenants dont la pratique est touchée de près ou de loin par les problèmes de santé mentale. L’organisme Le Maillon de Chicoutimi, un regroupement de parents et de proches en santé mentale, sera d’ailleurs à leurs côtés le 7 mai lors de l’événement de presse.