Les commissaires Michel Germain, président du BAPE, et Pierre Renaud ont entendu une douzaine de mémoires portant sur le projet d’usine de Métaux BlackRock lundi soir.

Un fossé entre Rio Tinto et BlackRock

Un immense fossé de nature commerciale sépare la direction du Roberval-Saguenay et de Métaux BlackRock au sujet du transport des 800 000 tonnes de concentré de fer entre Chibougamau et le port de Grande-Anse à Saguenay.

Ce fossé a pu être constaté lundi alors qu’avait lieu la seconde partie de l’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet d’usine de transformation de concentré de fer en fonte brute et en ferrovanadium d’une valeur de 655 M $ présidée par Michel Germain.

Lundi, une douzaine de mémoires, généralement favorables au projet, ont été présentés par divers intervenants socioéconomiques,.

C’est la position de Rio Tinto, propriétaire de Roberval-Saguenay, qui était la plus attendue, compte tenu du caractère névralgique de son réseau au Saguenay, qui fait le lien entre celui du CN et la section de 12 km de Port Saguenay. Rio Tinto exploite 142 km de chemin de fer, dont 80 en cour de triage.

Lors de la présentation du mémoire, Nathalie Lessard (directrice des opérations, Installations portuaires, Services ferroviaires et services Sûreté-incendies, Rio Tinto), accompagnée de Christian Godbout, chef de service de Roberval-Saguenay, a affirmé que l’entreprise a la capacité opérationnelle et la volonté de fournir le transport par rail à MBR au Saguenay. L’intervention de multiples partenaires (camions, CN, Port Saguenay) est chose courante, selon Mme Lessard. Elle a indiqué que Roberval-Saguenay opère un chemin de fer de fin de ligne qui requiert de multiples manoeuvres de va-et-vient des wagons. Ces nombreux mouvements de wagons demandent des interventions accrues de ses employés en termes de sécurité, ce qui implique des coûts importants d’exploitation.

Nathalie Lessard et Christian Godbout, de la direction transport de Rio Tinto, ont expliqué que BlackRock devrait payer le prix du marché pour le transport de son concentré de fer.

Toutefois, la volonté d’établir un partenariat d’affaires avec MBR se bute à la question des prix de transport des trois convois de 60 wagons par semaine puisque RT souhaite les établir en fonction de ses coûts d’exploitation et des conditions du marché. « Nous sommes capables de donner des garanties de service à moyen et long terme, mais en ce qui a trait au prix, ce sont des choses qu’on va discuter ‘‘bussiness to bussiness’’ avec MBR », affirme Mme Lessard.

Or, David Dufour, directeur exécutif chez MBR, a affirmé que la minière souhaiterait plutôt que la réglementation fédérale relative aux interconnexions ferroviaires s’applique, ce qui viendrait fixer automatiquement le prix de transport du concentré de fer.

Lors d’un court point de presse, Mme Lessard a mentionné que les négociations sur les prix de transport ont débuté en 2017 et se poursuivent toujours, tout en refusant de confirmer que le noeud du problème a trait au tarif interconnexion. « Je veux laisser la chance aux équipes de négociations de faire leur travail », a-t-elle déclaré.

RT se montre également favorable à l’aménagement d’une voie de déviation de son réseau ferroviaire sur une distance de 2,5 km tel que recommandé par le groupe transport du sommet économique régional de 2015, même si on affirme que les besoins ne sont pas immédiats.

Mairesse de Chibougamau
L’enjeu du transport du minerai a également été au coeur du mémoire présenté par Chibougamau et sa corporation de développement économique Développement Chibougamau. Devant les commissaires, la mairesse, Manon Cyr, a affirmé que le projet et ses trois composantes – le site minier, le tracé choisi pour le transport et le terminal maritime – forment un tout indisssociable pour la prise de décision gouvernementale.

Mme Cyr s’oppose à la volonté de MBR d’effectuer le transport du concentré par camion sur les routes publiques avec l’ajout d’un camion toutes les 12 minutes sur la route 167. De plus, elle reproche au promoteur d’imposer les impacts environnementaux à la population de Chibougamau alors que les bénéfices se retrouveraient au Saguenay, ce qui ne l’empêche pas d’appuyer le projet à la seule et unique condition que le transport soit effectué par train.

Après avoir demandé un avis au ministère des Transports, les commissaire du BAPE se sont fait dire que la sécurité routière n’était pas un enjeu dans le cadre du projet.

+ PLUSIEURS AVIS FAVORABLES

En raison des retombées économiques importantes attendues, le projet d’usine de Métaux BlackRock (MBR) a reçu un accueil plutôt favorable de plusieurs intervenants.

Autant du côté de la Société des fabricants régionaux que de Promotion Saguenay ou de Raymond Chabot Grant Thornton, un appui sans réserve a été donné par les porte-parole.

Parmi eux, Réal Daigneault, directeur du Centre d’étude sur les ressources minérales (CERM) de l’UQAC, a mentionné que le projet s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle filière régionale des ferroalliages qu’exploitent déjà des entreprises comme Elkem et Niobec. Le CERM s’est montré favorable au scénario d’utilisation du transport par train et de l’aménagement d’une voie de déviation du réseau de Roberval-Saguenay.

Dans un mémoire commun, la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay–Le Fjord, la Jeune Chambre et le Regroupement des chambres du Saguenay-Lac-Saint-Jean se montrent favorables au projet d’usine de transformation de fonte brute et de ferrovanadium en raison des retombées importantes attendues.

Selon les organismes, le projet offre une opportunité à la région de diversifier l’économie et de développer de nouvelles expertises. Pour atteindre l’objectif, il est essentiel que la région se dote d’une politique d’approvisionnement favorisant la région, dans la mesure où l’offre des entrepreneurs est concurrentielle. Les chambres de commerce souhaitent que MBR mette en place une pratique de morcellement des contrats afin que les PME puissent obtenir leur part du gâteau.

En ce qui a trait au transport du minerai, les chambres privilégient l’utilisation du chemin de fer en dépit du fait que les rails appartiennent à trois entités différentes. Elles entendent appuyer MBR dans la solution la plus économiquement rentable et techniquement réalisable.