Pendant près de trois heures, devant 1500 personnes qui occupaient tous les espaces disponibles, on a vu plusieurs facettes de la personnalité de René Guay, originaire de Saint-Thomas-Didyme.

Un évêque à hauteur d'homme

Premier évêque du Diocèse de Chicoutimi originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Monseigneur René Guay est déjà assuré de figurer dans les livres d’histoire. Ce qui est plus important, toutefois, ce sont les qualités humaines affichées par cet homme, vendredi soir, lors de son ordination épiscopale tenue en la cathédrale de Chicoutimi. Elles donnent à penser qu’à la fin de son mandat, c’est dans le coeur des fidèles que sera gravée l’empreinte la plus forte.

Pendant près de trois heures, devant 1500 personnes qui occupaient tous les espaces disponibles, on a vu plusieurs facettes de sa personnalité. Son humour a ressorti dans les dernières minutes, notamment lorsqu’il a amorcé son allocution en référant à ses origines. «J’ai l’impression que la campagne d’achat chez nous s’est rendue jusqu’au Ciel, jusqu’au Saint Père», a lancé le fils de Saint-Thomas-Didyme avant de remercier le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, Primat du Canada, pour l’appui accordé dans les derniers mois.

Monseigneur René, comme l’appelle le cardinal Lacroix, ne craint pas non plus de témoigner de son affection. Ainsi a-t-il salué le travail accompli par son prédécesseur immédiat, Monseigneur André Rivest, à qui l’assistance venait de rendre un vibrant hommage en se levant pour l’applaudir. Un autre évêque, Monseigneur Marius Paré, lui est si cher que jusqu’à la conclusion de son mandat, il utilisera son bâton épiscopal. «Monseigneur Paré a été présent à différentes étapes de ma vie», a révélé le nouveau patron de l’évêché.

On a également découvert ses armoiries épousant les couleurs du drapeau de la région, sur lesquelles on remarque une flamme symbolisant son engagement missionnaire au Chili, au temps de la dictature de Pinochet. S’y ajoute un trait noir, à la verticale, représentant un barreau de prison. Jusqu’au jour de sa nomination, en novembre, le prêtre René Guay exerçait en effet son ministère dans un centre de détention. Il a d’ailleurs reçu en cadeau, hier, quelques objets créés par des détenus.

Auparavant, c’est sur son visage qu’on a pu voir d’autres bouts de son âme. Son émotion, par exemple, était manifeste au moment de confirmer son engagement. On pouvait percevoir une certaine gravité, l’idée qu’une grande responsabilité lui avait été confiée, ce qu’il a confirmé plus tard en espérant que ses décisions soient guidées par le souffle du Seigneur. L’épisode le plus émouvant de la cérémonie, cependant, fut celui de la litanie des saints. Cette fois, c’est son humilité qui a été affichée à la vue de tous, alors que pendant dix minutes, le futur évêque est resté étendu sur le ventre au pied de l’autel.

L’image était impressionnante, mais il fallait se trouver sur place pour en prendre la pleine mesure. Chaque fois qu’une dame à la voix haut perchée nommait un saint ou un bienheureux, en effet, les fidèles répondaient «Priez pour nous» d’une voix douce et néanmoins puissante. Cette constante répétition, ce contraste entre la parole d’une seule personne et celle d’une foule, avait quelque chose d’hypnotique. On ne pouvait s’empêcher d’imaginer ce que pouvait ressentir celui qui, pendant tout ce temps, ne pouvait rien voir, ni rien exprimer.

L’une des dimensions importantes de la cérémonie, justement, a tenu à la participation des fidèles. Il est rare, de nos jours, d’entendre une foule aussi importante manifester sa piété, sa joie, son engagement chrétien. Quand le Choeur de la cathédrale, gonflé à 140 personnes pour la circonstance, se joignait aux fidèles, on avait l’impression que l’église, soudain, était rendue trop petite. Il y avait une telle exubérance qu’on aurait dit que c’était Pâques et Noël en même temps.

Pour la petite histoire, enfin, on notera l’expression enjouée avec laquelle le cardinal Lacroix a accueilli l’abbé Guay au début de la soirée: «Imaginez un Jarret noir de la Beauce qui vient ordonner un Bleuet!» Là encore, ce n’était pas l’Église triomphante de jadis qui s’exprimait, mais une Église décrispée, proche des gens, en particulier des moins favorisés. Une Église à l’image du nouvel évêque du diocèse de Chicoutimi.