À l’Association québécoise pour l’éducation à domicile, on dit avoir senti un engouement chez les parents, cette semaine.
À l’Association québécoise pour l’éducation à domicile, on dit avoir senti un engouement chez les parents, cette semaine.

Un engouement pour l'école à la maison

Stéphane Bouchard
Stéphane Bouchard
Le Quotidien
Lundi. Quelques minutes après la conférence de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, sur les modalités du retour à l’école, la boîte de courriel de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQÉD) commence à se remplir.

Bon nombre de parents sont rassurés par les propos du ministre. D’autres y obtiennent la confirmation que leurs enfants ne fréquenteront pas l’école cet automne.

Des parents se questionnent. Les mesures sanitaires rendues nécessaires par la COVID-19 amènent des inquiétudes.

Marine Dumond, présidente de l’AQÉD, une association de parents qui fournit du soutien et des ressources éducatives, en plus de défendre les intérêts de ceux qui s’occupent de l’éducation de leurs jeunes, a senti l’engouement pour ce type d’enseignement, cette semaine. Plusieurs parents envisagent cette alternative.

« On va soutenir ces nouvelles familles, qui sont un peu perdues à travers les ressources qui sont disponibles, qu’ils soient membres de notre association ou non », explique Mme Dumond en entrevue avec Le Progrès. 

Envoyer ses enfants à l’école ou les garder à la maison? Voilà une question que plusieurs parents se posent.

À court terme, l’AQÉD peut guider ceux et celles qui se posent des questions.

La famille de Sébastien Lévesque, professeur de philosophie et chroniqueur au Quotidien, a fait le choix de l’enseignement à domicile. Ses filles, maintenant âgées de 10 et 14 ans, n’ont jamais fréquenté l’école. Il a d’ailleurs abordé le sujet à plusieurs reprises dans ses textes.

« Le conseil que je donnerais à ceux qui songent à faire l’éducation à la maison, indique-t-il, c’est de se demander s’ils font ça pour les bonnes raisons, ou si c’est seulement une réponse à une situation anxiogène. Même si je suis évidemment pour l’éducation en famille, il faut s’assurer que tout le monde soit bien là-dedans, incluant les enfants. »

Le nombre exact de familles que l’AQÉD représente est difficile à déterminer, mais on estime qu’il tourne autour de 960. Ces familles sont responsables de l’éducation de 3000 enfants.

À l’échelle du Québec, un peu moins de 6000 enfants ont reçu l’éducation à la maison pour l’année scolaire 2019-2020. On remarque une légère augmentation, au moment d’écrire ces lignes, pour l’année qui commencera à la fin du mois d’août.

La COVID-19 change tout

On aurait tendance à présumer que la crise causée par la COVID-19 n’a pas modifié le quotidien des parents et des enfants qui font l’école à la maison.

Ce n’est qu’en partie vrai. Le confinement a isolé tous les enfants de leurs amis, sans exception.

L’école reste le choix de la majorité des parents pour l’éducation des enfants, mais le nombre de personnes qui décident de la faire en famille va en augmentant.

« Nos enfants sont attachés de la même manière que les autres à leurs amis. Le côté social a aussi été difficile pour eux », résume Marine Dumond, mère de deux enfants.

Parce que l’éducation à la maison ne veut pas dire une vie en vase clos. « Les parents ont l’habitude d’être avec leurs enfants la majorité du temps. Ce que ç’a changé, c’est qu’il y a énormément de sorties éducatives, de regroupements de familles, d’activités sportives ou artistiques qui se font à l’extérieur de la maison, souvent en groupe. Beaucoup de familles ne reproduisent pas l’école telle qu’on la connaît et les apprentissages se font à l’extérieur de la maison », affirme Mme Dumond, à propos de ce printemps pas comme les autres.

En dehors des sorties éducatives, la fermeture des bibliothèques a aussi grandement affecté les enfants et leur famille. Certains s’y rendaient de deux à trois fois par semaine.

Le port du masque à partir de la cinquième année du primaire et l’élargissement des bulles, de six élèves à la classe entière, deux des principales mesures du plan révisé du ministre de l’Éducation, ont été bien accueillis par le milieu de l’enseignement. 


«Ça va bien aller», mais...

Déjà, on pressent que le coronavirus aura une influence sur l’éducation, cet automne, sans savoir laquelle. La crainte d’une deuxième vague de COVID-19 et d’une fermeture partielle ou totale de certaines écoles est bel et bien présente.

Le port du masque à partir de la cinquième année du primaire et l’élargissement des bulles, de six élèves à la classe entière, deux des principales mesures du plan révisé du ministre de l’Éducation, ont été bien accueillis par le milieu de l’enseignement.

L’offre d’accompagnement pour l’enseignement à distance, plus étoffée, a aussi répondu à un besoin. Elle est destinée aux familles dont l’enfant souffre d’une condition médicale particulière, ou qui ont un proche à risque.

Il s’agit d’un pas dans la bonne direction, estime la présidente de l’AQÉD. Elle émet toutefois certaines réserves.

« Je pense que ça ne couvre pas l’ensemble des familles qui ont peur de retourner à l’école, dont l’enfant fait de l’anxiété, qui ont un grand-parent à risque, mais qui n’habite pas à la même adresse », précise Mme Dumond, qui cite l’Ontario en exemple.

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ÉVITER LES PIÈGES DE L’ENSEIGNEMENT À DOMICILE

À ceux qui prendraient la décision de faire l’éducation de leurs enfants à la maison, la présidente de l’Association québécoise pour l’enseignement à domicile (AQÉD), Marine Dumond, conseille de ne pas se voir comme un enseignant.

Le piège est souvent d’essayer de reproduire le modèle de l’école, mais à la maison. Surtout dans le contexte actuel, où la transition vers ce mode d’enseignement est précipitée par une pandémie. Plusieurs seront tentés de se rabattre sur ce qu’ils connaissent.

L’éducation à la maison permet plus de flexibilité, insiste Mme Dumond. « Le parent va rester le parent. Il peut porter tous les chapeaux qu’il veut, il y aura toujours un lien affectif, de famille. Ce lien a des forces. Le parent connaît son enfant, bien mieux qu’un enseignant, et est capable de voir ce qui fonctionne avec lui », indique Marine Dumond, qui ajoute que son association rappelle aux parents d’y aller par essais et erreurs, et de ne pas paniquer si une tentative ne fonctionne pas.

« Certains parents mettent plusieurs mois à s’approprier cette pratique-là, l’éducation à la maison, en ayant décidé de manière volontaire et consciente de faire ce choix ».

Marine Dumond, elle aussi, a fait l’acquisition de matériel pédagogique dont elle ne s’est pas servie pour ses deux enfants.

Trois catégories de raisons

S’il existe mille et une raisons de faire l’éducation de son enfant chez soi, on peut tout de même regrouper les motivations des parents en trois grandes catégories.

D’abord, l’éducation à domicile peut mieux cadrer avec le projet familial. Une famille pourrait décider de voyager ou de respecter le rythme d’un enfant doué à l’école ou dans un autre domaine. 

La deuxième catégorie de raisons se veut en réaction par rapport à l’école. Certains sont en opposition avec ce que l’école représente, parfois parce qu’ils ont vécu une mauvaise expérience. « On se rend compte qu’elle ne convient pas à notre enfant ou à nos valeurs », explique Marine Dumond. 

Finalement, l’éducation à domicile peut être privilégiée pour des raisons idéologiques. La raison citée le plus souvent dans cette catégorie est la foi. Des trois associations québécoises de parents qui font l’éducation de leurs enfants à domicile, deux sont d’ailleurs associées à une religion.

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UNE PETITE COMMUNAUTÉ AU SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les familles qui choisissent l’éducation à domicile font partie de la frange, mais forment « une communauté », pour reprendre l’expression employée par Sébastien Lévesque.

À l’ouverture des écoles au printemps, alors que la crise de la COVID-19 approchait de son apogée, bon nombre de parents avaient décidé de garder leurs enfants à la maison pour terminer l’année scolaire.

Il est vrai qu’à cet instant, les attentes formulées par le ministre de l’Éducation n’étaient pas très élevées. Aucun élève n’allait être pénalisé s’il ne retournait pas sur les bancs de son école.

Dans la région, entre 59 % et 83 % des parents, selon les centres de service, avaient envoyé leurs enfants à l’école au moment de la réouverture. Ces pourcentages avaient légèrement augmenté au fil des semaines.

Le Progrès a tenté de déterminer dans quelle mesure les familles pensaient poursuivre l’école à domicile cet automne, en logeant une demande d’information auprès des quatre centres de services scolaires. Seuls ceux du Pays-des-Bleuets et De La Jonquière ont été en mesure de fournir des chiffres, lesquels démontrent une certaine stabilité. On compte exactement le même nombre d’enfants qui se prévalent de leur droit de faire l’école à la maison que l’an dernier au Pays-des-Bleuets, soit 12. À Jonquière, on en recense trois de plus. Il y en avait 19 l’an dernier ; il y en aura 22 cette année.