Le Roi Jason et la parfaite Caroline ont beaucoup de plaisir à camper le rôle des méchants à la JCW.

Un duo de lutteurs unis dans le ring comme dans la vie

Dans l'arène, il est le Roi Jason, elle est la parfaite Caroline. Ensemble, ils forment La Monarchie, un duo de méchants lutteurs que les adeptes de la Jonquière Championship Wrestling (JCW) adorent détester. Hors du ring, Sébastien Savard et Caroline Beaudoin baissent le masque. L'agent de service à la clientèle et la coiffeuse campent allégrement leur premier rôle : celui de parents de trois enfants âgés de quatre, huit et 12 ans. Genèse d'une union parfaite mariant le sport, le théâtre et, bien sûr, l'amour.
À leurs débuts, les lutteurs pouvaient prendre part à un spectacle par semaine et monter dans l'arène plus d'une fois par soir.
Sébastien Savard se souvient de ces matinées d'enfance passées en compagnie de son père, le nez collé devant le téléviseur, scrutant avec fascination les prouesses de Triple H et de Shawn Michaels, têtes d'affiche de la World Wrestling Federation (WWF). Il ne la connaissait guère, mais Caroline Beaudoin, d'une année sa cadette, était elle aussi rivée à son petit écran, admirant les péripéties de The Undertaker et de Stephanie McMahon, en assistant, de temps à autre, aux galas de lutte où son frère agissait comme arbitre. Il y a 16 ans, ce sport de haute voltige a réuni Sébastien et Caroline. Celui qui était autrefois connu comme le Roi du ring a cofondé la JCW, au début des années 2000. Pour approfondir ses connaissances, Caroline, une mordue de sport avec un penchant pour le théâtre, s'est inscrite à des classes de lutte féminine. Devinez qui était son professeur?
Sous-sols d'églises
À l'époque, la ligue en était à ses balbutiements et les matchs se déroulaient dans des sous-sols d'églises, puis au Rocobar. Les tourtereaux luttaient chacun en solo, participant quelquefois à des combats en équipe. C'est à cette époque que le personnage de la parfaite Caroline, un sobriquet tout indiqué pour cette mesquine lutteuse aux charmants attributs, a vu le jour. La lutte est devenue partie prenante de la vie du Roi et de la Parfaite, qui ont uni leurs destinées il y a cinq ans.
« La lutte, c'est notre passe-temps et c'est notre passion. C'est devenu nos sorties de couple », note Caroline Beaudoin, qui a trouvé dans son sport le défoulement par excellence et la meilleure façon de décrocher.  
À leurs débuts, les lutteurs pouvaient prendre part à un spectacle par semaine et monter dans l'arène plus d'une fois par soir. Comme le corps humain n'est pas une machine à toute épreuve, ils ont dû ralentir la cadence, au fil des ans.
« Pouce cassé, commotion cérébrale, luxation de l'épaule, problèmes de dos », répond l'alter ego du Roi Jason lorsque questionné au sujet des blessures subies en carrière.
Sa conjointe renchérit : « fracture du poignet, fracture de la cheville et commotion », puis ajoute qu'elle a dû modifier sa façon de lutter.
« J'ai aussi appris à dire non à certains scénarios parce que je sais que je ne peux pas prendre le risque de me blesser. Ce n'est pas toujours facile de dire non, surtout quand tu es une femme, que tu évolues dans un monde d'hommes et que tu veux être performante », fait valoir la parfaite Caroline.
Les enfants changent la donne
L'arrivée des enfants a aussi changé la donne pour ces mordus de lutte, qui ont souhaité trouver l'équilibre. La lutte figure toujours parmi les activités de prédilection des Savard-Beaudoin, mais ils ont choisi de réduire leurs passages sous les feux de la rampe au profit de précieux moments en famille. Et comme l'adage le dit si bien, la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre. Ce n'est donc pas un hasard si les héritiers de La Monarchie ont un intérêt marqué pour ce loisir qui chevauche le sport et le divertissement.
Sébastien Savard, le Clark Kent de la lutte
Depuis que les galas de lutte de la JCW sont télédiffusés sur la chaîne MAtv, il arrive que Sébastien et Caroline soient reconnus par des membres du public.
Les gens font preuve de curiosité à leur égard, mais se montrent respectueux et discrets. Sébastien Savard, qui porte des lunettes au quotidien, se définit comme le Clark Kent de son sport.
«L'autre jour, j'étais à l'épicerie. J'étais dans une allée et un père a dit à son fils : «Eh, est-ce que tu le reconnais, lui?». Le p'tit gars a fait signe que non. J'ai enlevé mes lunettes et il a crié : «Eh, c'est le Roi Jason!»», relate celui qui provoque la liesse chez les spectateurs de la JCW lorsqu'il monte dans le ring avec sa douce, coiffé d'une couronne et affublé d'une cape. Les gens se mettent alors à scander «Burger King! Burger King!». «King» pour roi, bien sûr, et «Burger» en lien avec la petite panse qui se cache sous la camisole noire du lutteur. Cela ne veut absolument pas dire que le Roi Jason n'est pas en forme. Au contraire, sa douce s'empresse de dire qu'il a «un cardio de la mort», un élément non négligeable quand on soumet son corps à autant de supplices.
«Un match dure entre six et 12 minutes et c'est non-stop. Ça prend du rythme et de l'intensité. Si ç'a l'air mou et nonchalant, les fans le voient. Ça prend beaucoup d'endurance», pointe Caroline.
Ce qui est particulier, dans l'union du Roi Jason et de la parfaite Caroline, c'est le contraste entre leurs gabarits. À première vue, Caroline Beaudoin est l'archétype de la lutteuse. De petite taille, la femme de 33 ans au visage sage donne l'impression qu'elle ne ferait pas de mal à une mouche. Dans le ring, vêtue d'un micro-costume qui laisse plus de place à des abdominaux de fer et à des cuisses de béton qu'à l'imagination, on a affaire à une autre personne.
«J'ai toujours aimé le sport. Je fais de la course, du vélo, de la musculation et du yoga. Je fais de la «muscu» parce que je veux bien paraître. Mais je ne fais pas de régime. J'ai une bonne génétique», confie la maman de deux garçons et d'une fille.
« La lutte, c'est du théâtre extrême »
Les membres de La Monarchie sont de vrais bons méchants. Dans l'univers de la lutte, porter ce chapeau requiert des compétences particulières. Pour que le public y croie, le jeu doit être convaincant. C'est ici que les aptitudes théâtrales deviennent un atout de taille.
« Plus les gens nous détestent, plus ça veut dire qu'on est convaincants. La lutte, c'est du théâtre extrême. Les plus détestés, ceux qu'on appelle des "heels", sont ceux qui arrivent à faire embarquer le public dans leur folie », note Sébastien Savard.
« En termes de styles de lutte, on pourrait dire que je suis du type "old school". On est un peu vicieux. Planter les doigts dans les yeux, tirer les narines, c'est pas mal nous autres ça », poursuit-il.
S'ils s'entendent sur le fait qu'ils sont des « méchants dans l'âme », le Roi et la Parfaite se voient un jour camper le rôle des gentils. La lutte étant un loisir extrême, Sébastien, 34 ans, et Caroline, 33 ans, devront bientôt songer à se retirer. Et quoi de mieux que de tirer sa révérence en visitant l'univers des gentils, le côté « face », pour employer le jargon de la lutte ?
« Nos jours sont comptés. On commence à être vieux pour le sport et on sait qu'on lutte sur du temps emprunté, mais on a un style qui nous permet de nous ménager un petit peu. Si un jour, les gens commencent à nous trouver gentils, ce sera notre "cue". Peut-être qu'on fera un coup d'éclat », confie Caroline Beaudoin, sourire en coin. Un passage chez les bons ne serait cependant que temporaire, un détour avant d'emprunter la porte de sortie.
« Quand tu es gentil, tu encaisses les coups. Prends Matt Angel, par exemple, qui fait de la haute voltige. On ne pourrait pas faire ça », convient la lutteuse, qui souligne que les têtes d'affiche de la JCW comme Degenerate, Paul Golliath et Barabas sont au sommet de leur forme et de leur art.
Engouement
Installée depuis peu dans de nouveaux locaux situés sur le boulevard Harvey, la JCW connaît un engouement sans précédent. Ses artisans redoublent d'ardeur pour en mettre plein la vue au public. La recette : des lutteurs passionnés, des scénarios bien ficelés et un conseil d'administration motivé. À ce titre, Sébastien Savard, qui a profité d'un recul de deux ans avant de revenir en force à la JCW, pointe que le succès de l'organisation repose sur les épaules de bénévoles qui ont à coeur la vitalité de la lutte au Saguenay.
Les insultes font partie du spectacle
Du pain et des jeux, diront certains. La lutte étant ce qu'elle est, ça ne vole pas toujours très haut dans l'enceinte de la JCW.
Alors que les injures et les insultes fusent à l'endroit des méchants, il faut savoir faire preuve d'un certain détachement.   
« La lutte, c'est un vrai sport d'équipe. C'est un spectacle commun élaboré à partir de "storylines". Le but, c'est que tout le monde paraisse bien et, comme méchants, notre objectif, c'est de faire ressortir les bons », met en relief le Roi Jason, alias Sébastien Savard. Pilier de la lutte à Jonquière, il contribue à l'élaboration de ces mises en scène rocambolesques qui propulsent le sport dans une classe à part.
La parfaite Caroline, elle, pointe que les vrais méchants « sont capables de le prendre ». Comme lutteuse, elle en a entendu de toutes les couleurs en carrière. Les allusions sexuelles et les commentaires liés à son apparence physique glissent sur elle comme sur le dos d'un canard.
« C'est un rôle qu'on joue et il ne faut pas le prendre personnel. Les injures font partie du spectacle. Je m'en balance solide », clame la blonde et menue athlète.