Un dénouement 16 ans plus tard

Une vieille histoire remontant aussi loin qu'en 2001 et mettant en cause des investisseurs et des institutions de financement, dont la majorité provient du Saguenay-Lac-Saint-Jean, vient de connaître son dénouement à la Cour supérieure du Québec.
Pour avoir été évincés d'un projet d'usine par leurs partenaires, Jacques Bérubé et les entreprises Bois Américana et Poutres Lamellées Leclerc se voient accorder une compensation de quelque 9 millions$. Les intimés sont la Corporation Polystar, Amisk, Pan-O-Lac, Fondaction (CSN), Jacques Clément, Yvon Tardif, André Salesse (consultant) et les Industries Bodco.
À l'époque, le projet consistait à mettre sur pied une usine de fabrication de planchers de remorque et de conteneurs pour le marché nord-américain dans le parc industriel de Jonquière, près de l'ancienne piste de course Pré-Vert.
Jugement
Dans un jugement de 55 pages, rendu le 26 novembre dernier, la juge Manon Lavoie évoque «la mise en place d'un plan occulte pour le congédiement illégal, sournois et intempestif du président de la compagnie Polystar».
Dans le jugement obtenu par Le Quotidien, on apprend que les défendeurs devront verser 360 000$ à Jacques Bérubé, 1 701 900$ à Bois Américana et 2 311 050$ à Poutres lamellées Leclerc pour un total de 4 372 950$.
La juge Lavoie condamne solidairement les défendeurs à payer aussi les intérêts au taux légal et l'indemnité additionnelle depuis le 17 décembre 2001.
«Au 31 décembre, le montant s'élevait à près de 8,9 millions de dollars en incluant les intérêts», a indiqué Me Jean-Paul Boily, le procureur de Bois Américana.
À la fin des années 90, Jacques Bérubé veut mettre sur pied une entreprise de fabrication de planchers de remorques et de conteneurs pour le marché nord-américain.
Pour y parvenir, il fonde Polystar, une société de gestion de portefeuille, afin de faire naître ses projets. Il est l'unique actionnaire et il demande l'aide financière de divers organismes.
Les choses se corsent au cours des années suivantes, en 2001 et 2002 notamment, à la suite de l'arrivée de nouveaux administrateurs en provenance des institutions prêteuses. Les relations se détériorent alors rapidement, écrit la juge Lavoie.
Congédié
En novembre 2001, ces administrateurs se défont de Jacques Bérubé, en le congédiant de son poste de président et d'administrateur de Polystar et des sociétés du groupe. Même si celui-ci possédait une grande partie des actions de la société (43 pour cent), il a été mis à la porte, illégalement, sans recevoir un sou noir.
M. Bérubé a déposé une action en 2002 en réclamant une somme de 10 millions de dollars,
«En novembre 2001, les défendeurs font obstacle aux demandeurs en retirant sans motif valable leur appui financier au secteur forestier alors que Polystar est sur le point d'acquérir J-Star, un joueur important, en plus de destituer illégalement Jacques Bérubé, l'âme dirigeante de l'entreprise. En janvier 2002, lorsque les demandeurs tentent de relancer les entreprises forestières, les défendeurs manoeuvrent afin de retarder la reprise et entraînent les entreprises vers la faillite», écrit la juge Lavoie.
Plan occulte
«Le 3 décembre 2001, le discours des défendeurs se clarifie. André Salesse, soutenu par Jacques Clément, met sur pied un plan occulte visant à exclure carrément Jacques Bérubé. Ils ont joué dans le dos de celui-ci afin de le sortir du groupe et de s'approprier ses actions. La ligne est alors franchie», ajoute la juge.
La décision a été portée en appel et les défendeurs demanderont une suspension provisoire de l'exécution du paiement.
Les demandeurs s'adressent aussi à la Cour d'appel du Québec dans le but de revoir les indemnités à la hausse.
En date du 10 janvier 2017, les compagnies Bois Américana et Poutres Lamellées Leclerc n'opèrent plus, mais ont toujours une vie corporative.