Myriam Ertz, responsable du Laboratoire sur les nouvelles formes de consommation, croit que Le Panier Bleu n’est pas une mesure suffisante pour répondre aux enjeux du commerce au détail québécois.
Myriam Ertz, responsable du Laboratoire sur les nouvelles formes de consommation, croit que Le Panier Bleu n’est pas une mesure suffisante pour répondre aux enjeux du commerce au détail québécois.

Un coup de marketing pour calmer les PME touchées, selon Myriam Ertz

Le Panier Bleu ressemble davantage à « un coup de communication pour tempérer la colère montante des PME qui perdent tous les jours des sommes faramineuses et qui risquent la faillite », estime Myriam Ertz, fondatrice du Laboratoire sur les nouvelles formes de consommation de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Invitée à se prononcer sur cette nouvelle plateforme qui sert en quelque sorte de répertoire pour les entreprises québécoises, la professeure en marketing au département des sciences économiques et administratives ne mâche pas ses mots. La démarche manque carrément de sérieux, selon l’experte.

« Je pense que globalement c’est plus une action de communication. Le gouvernement voulait peut-être montrer qu’il était là pour les PME qui sont en train de perdre des sommes faramineuses à cause du confinement et le confinement, c’est le gouvernement qui l’a décidé. Certains pays ont été plus libéraux et n’ont pas nécessairement mis en place un confinement. Donc pour éviter que les PME locales, celles qui sont le plus touchées, ne se plaignent un peu trop, on a essayé de mettre en place cette mesure. Mais ce n’est pas vraiment une mesure qui répond fondamentalement au problème », décrit Mme Ertz.

Cette dernière pointe d’ailleurs le fait que toutes les entreprises, à l’exception des géants internationaux qui ne fonctionnent pas sous une formule de franchisé, pourront faire partie de ce site. Une incohérence, à son avis, car le « degré d’implication locale » n’est pas le même dans toutes ces entreprises.

« Si on avait vraiment voulu faire un travail sérieux, c’est clair qu’on aurait jamais mis une franchise internationale au même titre qu’un commerce local. Je pense qu’on a essayé de favoriser tout et n’importe quoi. On essaye d’élargir le carré de ce qui pourrait être considéré comme local, mais fondamentalement, ça n’a pas de sens de mettre sur le même pied d’égalité une chaîne internationale avec un commerce 100 % local. Dans une bannière internationale, même s’il y a un franchisé, une partie de la richesse va être expédiée à la maison mère et ça va être redistribué sous forme de dividendes à des actionnaires internationaux. On n’est vraiment pas du tout dans la même logique. Il aurait été important de faire une distinction entre les deux. Le consommateur, moins informé, risque donc de confondre certains commerces et leur implication dans le milieu, croit Mme Ertz.

« Ça risque de créer de la confusion dans la tête des consommateurs. Le consommateur perçoit les choses de manière très rapide. Certains, dont ceux qui n’ont pas de grandes connaissances du tissu économique ou du monde de l’économie, vont en venir même à confondre une bannière internationale avec un acteur 100 % local », ajoute-t-elle.

L’autre erreur du Panier Bleu, selon la professeure de l’UQAC, est sans conteste son « manque de commodité ». Il faudrait aller plus loin qu’un répertoire pour faire une différence, plaide-t-elle.

« De faire une liste, c’est bien en soi pour le consommateur. Mais si je me réfère à l’aspect de commodité, ce n’est pas efficace. Le consommateur doit faire plusieurs clics et doit aussi redécouvrir à chaque fois comment le site fonctionne, car ce n’est pas standardisé, les informations d’un commerce à l’autre ne sont pas standardisées. Ça peut devenir lassant pour le consommateur. »

Myriam Ertz aurait préféré un site plus complexe, mais plus efficace, où les transactions auraient notamment été possibles sans changer de site et avec une standardisation des informations.

« Il faut diminuer l’effort du consommateur. Même si l’achat local est important, ce n’est pas le critère numéro un des consommateurs. Il y en a certains, oui, mais pas la masse. Et malheureusement, c’est la masse qui fait le chiffre d’affaires. »