Jean Tremblay, porte-parole de la Sûreté du Québec, Guylaine Rousseau, pharmacienne, Sylvain Gaudreault, député de Jonquière à l'Assemblée nationale, et Dominic Simard, sergent à la Sécurité publique de Saguenay (SPS), ont annoncé la mise sur pied du comité action prévention opioïdes (CAPO).

Un comité contre les opioïdes

Après la série de vols de narcotiques perpétrés dans des pharmacies de Jonquière, Guylaine Rousseau en a eu assez. La pharmacienne a interpellé le député de l'endroit, Sylvain Gaudreault, au sujet des conséquences potentielles de la crise des opioïdes, laquelle menace de frapper le Québec et ses régions. L'intervention a porté ses fruits et l'initiative a mené à la mise en place d'un comité visant à doter le milieu d'outils pour faire face au phénomène.
C'est ce que Mme Rousseau et le député Gaudreault ont officiellement annoncé, lundi, lors d'une conférence de presse tenue au centre L'Escale de Jonquière. Ils étaient entourés de représentants d'organismes partenaires pour annoncer la création du comité action prévention opioïdes (CAPO), un regroupement qui a déjà commencé ses travaux et qui entend proposer à la ministre Lucie Charlebois des actions permettant de mieux préparer et protéger le milieu à la crise pressentie.
La Sûreté du Québec (SQ) et la Sécurité publique de Saguenay (SPS) en font partie, tout comme plusieurs pharmaciens de Jonquière. Le Patro, le Centre de justice de proximité du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le CAVAC et d'autres organismes communautaires se sont aussi joints au regroupement, lequel compte également des représentants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS), par l'entremise de son Centre de réadaptation en dépendance (CRD).
Guylaine Rousseau n'a pas caché que les braquages perpétrés à sa pharmacie ont eu un impact important sur elle et ses employés. Elle a senti qu'il s'agissait d'un problème en croissance et demeure, encore aujourd'hui, persuadée que la région n'échappera pas à la vague qui frappe l'Ouest canadien, où les surdoses de Fantanyl sont monnaie courante. 
« C'est pour mes employés que je fais cette démarche aujourd'hui [...]. La crise s'en vient ici. Je ne verrais pas pourquoi on serait épargnés », a-t-elle mis en relief. La pharmacienne a tenté d'obtenir des données statistiques pouvant démontrer l'ampleur du phénomène et les documenter, pour pouvoir mieux agir. Elle a dû se résigner, devant l'absence d'un fichier centralisé et l'impossibilité de mettre la main sur des données régionales. Selon elle, les démarches qui seront déployées par le CAPO permettront de documenter le phénomène de la dépendance aux narcotiques au Saguenay-Lac-Saint-Jean et de travailler à l'élaboration d'un véritable plan d'action.
La démarche de la pharmacienne est motivée par deux objectifs très chers à ses yeux : la réduction du phénomène de la consommation d'opioïdes et le déploiement de mesures de soutien offertes aux personnes qui en sont dépendantes et qui, par ricochet, commettent des méfaits.
Tremplin
Sylvain Gaudreault a profité de la conférence de presse pour saluer l'initiative de Guylaine Rousseau. 
« Elle a fait de ces gestes criminels un tremplin pour changer les choses dans notre société. On sait que les opioïdes sont un fléau en Colombie-Britannique et que la vague s'en vient vers le Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans cet esprit, le fait que le CAPO soit mis sur pied place la région au rang de pionnière. Au lieu d'être en mode réaction, nous allons être en mode prévention », a déclaré le député.
Une lettre a été remise à la ministre Charlebois pour l'informer de la démarche jonquiéroise. Rappelant que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec souhaite se doter d'un plan d'action national pour préparer le Québec à la crise anticipée, le député péquiste estime que les travaux du CAPO seront d'une importance capitale et riches en informations pouvant aider le gouvernement à s'orienter dans ce dossier.
Un phénomène présent, mais difficile à mesurer
La consommation d'opioïdes existe sur le territoire de Jonquière, mais est difficile à mesurer. 
« Au centre de réadaptation en dépendance (hôpital de Jonquière), ils le voient. C'est un phénomène en croissance », confirme Vanessa Gravel-Tremblay, coordonnatrice du service de travail de rue au Patro. L'intervenante attire l'attention sur l'importance d'agir en amont pour tenter de prévenir la consommation et ses répercussions.
« Au service de travail de rue, on est les généralistes de l'intervention. On fait le pont entre les individus qui sont aux prises avec certains problèmes et les organismes du milieu qui peuvent leur venir en aide. Dans le cas des opioïdes, il faut faire preuve de diligence et surtout ne pas se fermer les yeux sur une problématique potentielle. Personne n'est à l'abri de la dépendance et il faut essayer de se défaire de certains préjugés », a-t-elle déclaré.
En conférence de presse, le porte-parole de la Sûreté du Québec, Jean Tremblay, est pour sa part revenu sur un incident survenu il y a trois ans dans le Bas-Saguenay pour illustrer un phénomène qui prend de plus en plus d'ampleur.
« Un individu a foncé dans une pharmacie avec sa voiture. Il était en crise et il en voulait à son pharmacien », a rappelé Jean Tremblay. Les méfaits qui découlent de la consommation d'opioïdes sont difficiles a compiler, a-t-il convenu, un élément avec lequel le policier Dominic Simard, de l'unité Prévention, intervention, judiciaire et communautaire de la SPS, a semblé en accord. D'où l'importance, selon les deux policiers, d'améliorer les façons de compiler les statistiques criminelles. 
Enveloppe
Les membres du comité action prévention opioïdes (CAPO) ont accepté de s'impliquer bénévolement pour faire bouger les choses. Guylaine Rousseau espère que le gouvernement, dans le cadre de l'élaboration de son plan d'action national, débloquera des fonds qui pourront servir à financer les actions du regroupement. Ces enveloppes pourraient être utilisées pour la réalisation d'études ou pour la collecte de données pertinentes. 
« On se rend compte qu'il y a des budgets importants pour le volet curatif avec le Naloxone, mais ça prend aussi de l'argent en prévention. On espère que ce qu'on va faire sera reproduit ailleurs et que du financement sera accordé aux gens qui travaillent pour trouver des solutions », a indiqué la pharmacienne.
De son côté, Sylvain Gaudreault aimerait que le gouvernement fasse preuve de plus d'ouverture en permettant un accès amélioré aux données statistiques des ministères de la Sécurité publique et de la Santé et des Services sociaux.