Gilles Mercier est un ex-fonctionnaire de la CNESST qui préside l’Association des victimes de l’amiante du Québec. Il estime que le dossier de Claude A. Truchon illustre bien les obstacles qui se dressent devant les personnes qui ont eu la malchance de se retrouver en présence de ce produit hautement toxique pendant les années 60 et 70.

Un combat contre le CIUSSS

Claude Truchon, un électricien de 72 ans à la retraite de l’hôpital de Chicoutimi, vit des moments difficiles avec son ancien employeur, le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui conteste sans cesse les conclusions de sept pneumologues qui lui ont diagnostiqué une grave maladie associée à l’exposition à l’amiante.

L’affaire de Claude A. Truchon, qui a débuté avec un diagnostic en 2014, est une véritable histoire d’horreur alors que la santé de ce retraité se détériore au fil des mois. Un bref entretien téléphonique avec le principal intéressé confirme son état fragile et surtout un certain épuisement face à la machine administrative qu’il doit affronter pour faire respecter ses droits.

Selon le président de l’Association des victimes de l’amiante du Québec, Gilles Mercier (AVAQ), il ne reste plus qu’à espérer une intervention du premier ministre et ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Philippe Couillard, « pour que cesse cette injustice ».

« C’est à se demander si le gouvernement du Québec n’est pas en train d’utiliser le cas de M. Truchon, par crainte qu’il y ait trop de travailleurs d’entretien contaminés après avoir œuvré dans ces immeubles isolés à l’amiante. C’est la seule explication plausible à un tel acharnement à l’endroit d’un retraité à qui l’on fait vivre une pression énorme en plus de ses problèmes sérieux de santé », insiste le président de l’organisme.

Les malheurs du retraité ont débuté en 2015 alors que l’employeur a décidé de contester son diagnostic devant le Tribunal administratif du travail (TAT, anciennement la Commission des lésions professionnelles). En présentant son témoin expert, l’hôpital de Chicoutimi est parvenu à reverser une décision du Comité spécial des présidents (trois pneumologues) de la CNESST, et ainsi s’éviter de verser une indemnité à M. Truchon. Cette décision a été rendue en février 2017 alors que le processus de contestation avait été initié en 2015.

La CSN, qui représente Claude Truchon, a déposé en Cour supérieure une demande de révision judiciaire de cette décision du TAT. La décision de la Cour supérieure n’est toujours pas rendue.

En parallèle du dossier contesté par l’employeur, le retraité a été contacté pour reprendre le processus d’évaluation médicale. Il a donc été soumis au même rituel médico-administratif. Le résultat a été le même qu’en 2015 alors que la CNESST en arrive à la conclusion que M. Truchon a droit à des indemnités puisque ses problèmes pulmonaires découlent des 10 années qu’il a passées à travailler dans les plafonds de l’hôpital de Chicoutimi en présence d’amiante en vrac.

La bonne nouvelle a cependant été de très courte durée pour Claude Truchon puisque le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, en tant qu’employeur, a confirmé dans une missive du 12 janvier 2018 que la décision de la CNESST de reconnaître sa maladie industrielle et de lui verser des indemnités sera contestée selon la formule habituelle que la décision n’est fondée ni en droit ni en fait.

Cette position d’employeur obligera donc le retraité, affaibli par la maladie, à reprendre le processus de contestation afin de démontrer qu’il a pleinement droit à ces indemnités relatives à une perte de capacité physique d’un peu plus de 60 %.

« Le premier dossier de M. Truchon est toujours devant les tribunaux avec l’avis d’un pneumologue alors que le Comité spécial des présidents (trois pneumologues), lui avait donné raison. Donc, ce premier dossier n’est pas encore réglé et M. Truchon, malgré son état fragilisé, doit encore trouver l’énergie pour démontrer que ses problèmes de santé découlent de son travail à l’hôpital de Chicoutimi. Il faut que cet acharnement cesse un jour », reprend le président de l’association.

Tout le dossier de Claude A. Truchon est connu au gouvernement du Québec puisque la ministre responsable de la CNESST, Dominique Viens, a dû expliquer en Chambre comment l’État-employeur, représenté par l’hôpital, conteste une autre créature de l’État. « On se demande bien comment un gouvernement faisant preuve de la moindre compassion peut se comporter de la sorte avec un employé », conclut M. Mercier.

La conseillère en communication au CIUSSS, Amélie Gourde, a confirmé au Quotidien que le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean contestait la récente décision de la CNESST. Elle a simplement indiqué que le dossier était en analyse pour le moment et qu’il n’y aurait aucun commentaire.