Les opérations de transbordement de matériaux secs sont effectuées à ciel ouvert à l’aide d’une pince hydraulique, ce qui n’est pas sans causer du bruit chez les voisins immédiats.

Un centre de transbordement qui dérange

Un groupe de 84 citoyens de la Côte-Réserve à Chicoutimi n’en peuvent plus de subir les inconvénients reliés aux activités de l’entreprise Démex-Centrem, qui exploite un centre de transbordement dans ce secteur devenu résidentiel. La présence d’amoncellements de rebuts composés de métaux et de matériaux secs de démolition, le bruit causé par l’opération quotidienne d’un chargeur à pinces hydrauliques et le transport lourd exaspèrent le voisinage.

Ces citoyens ont déposé le mois dernier une pétition au conseil d’arrondissement de Chicoutimi afin de dénoncer la tolérance qu’exerce la Ville à l’endroit de l’entreprise, qui aurait modifié la vocation de ce site « avec la complicité des élus », selon les allégations du groupe.

Des camions d’entrepreneurs tirant des remorques remplies de matériaux secs se rendant régulièrement chez Centrem pour y livrer des rebuts.

En entrevue, quelques signataires de la pétition, qui ont requis l’anonymat de crainte d’être mis en demeure, ont expliqué au Quotidien qu’avant 2017, il n’y avait aucun problème de voisinage avec Centrem, qui œuvrait dans la récupération de métaux. Mais au printemps 2018, elle a procédé à l’acquisition et à la démolition d’une résidence près des bureaux. Une pesée pour camions lourds et une barrière ont alors été installées afin de recevoir et de transborder des rebuts accumulés en arrière-cour, le tout manipulé par une machine à pinces hydrauliques. La machinerie se servirait même de blocs de béton qu’elle relâche dans les remorques pour compacter les matériaux qui s’y trouvent, ce qui causerait beaucoup de bruit.

La présence du Quotidien, mercredi après-midi, a permis d’entendre le bruit causé par la machinerie et le claquement de la pince, en plus de constater la circulation des camions-remorques et des camionnettes d’entrepreneurs qui transportent des rebuts de matériaux de construction.

Photo Le quotidien, Jeannot Lévesque

Des citoyens ont indiqué que le surplus de circulation engendré par le passage de camions dans ce secteur, qui a vu construire avec les années des résidences, est un facteur de danger. Des camions qui se stationnent de chaque côté de la Côte-Réserve, où est tracée une piste cyclable, ont déjà failli causer des accidents fatals.

Selon les témoignages entendus et les photos obtenues, l’accumulation de matériaux au-delà des clôtures a pour effet de disperser, au gré du vent, styromousse, papiers, plastiques et laine isolante sur les terrains des voisins, et ce, jusqu’à la rivière Chicoutimi. Au dégel du printemps, l’un d’eux a même pu constater la présence d’un vieux réfrigérateur ayant dévalé l’amoncellement jusque sur son terrain.

Au printemps, les voisins ont constaté la présence de rebuts ayant dévalé des amoncellements.

Dénonciation des élus

Outre les nombreux inconvénients subis, les citoyens dénoncent la façon dont Démex-Centrem et les élus du conseil d’arrondissement s’y sont pris pour procéder à la modification réglementaire de l’usage du terrain.

Selon les explications fournies, le conseil d’arrondissement a procédé aux changements de vocation du site pour intégrer le terrain de l’ancienne résidence en procédant à des modifications au Réglement sur le plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA), une modification qui ne requiert pas la consultation des voisins. Selon les documents de la Ville consultés, seul l’usage destiné au traitement de métaux est autorisé.

La hauteur des amoncellements de rebuts de toutes sortes contribue au dispersement des matières chez les voisins.

Les citoyens ont mentionné avoir effectué plusieurs représentations et déposé des plaintes auprès des élus du conseil d’arrondissement, dont le président Michel Tremblay et le directeur d’arrondissement André Martin, qui ont répondu, dans un premier temps, que l’entreprise avait des droits acquis.

À partir de photographies aériennes tirées de Google Earth avant 2017, les citoyens croient que les prétendus droits acquis n’existent pas puisqu’aucune activité de transbordement de matériaux secs n’était autorisée.

+ DES MESURES D'ATTÉNUATIONS EN VIGUEUR, «ON EST CONFORMES»

La direction de Démex-Centrem est consciente que les opérations de son centre de transbordement peuvent déranger le voisinage, mais estime prendre des précautions afin d’amoindrir les inconvénients, tout en affirmant qu’elle possède toutes les autorisations nécessaires pour effectuer le travail dans cette zone industrielle.

En entrevue, Yanick Tremblay, président de Centrem, rappelle que l’entreprise est présente dans le secteur de la Côte-Réserve depuis 25 ans et qu’elle a toujours agi en conformité avec les règlements en vigueur dans ce secteur zoné industriel lourd. « La Ville a donné toutes les autorisations nécessaires. Il n’y a plus de site d’enfouissement nulle part au Saguenay. On a augmenté nos volumes et on est conformes. »

M. Tremblay affirme agir de bonne foi avec ses voisins et ne pas chercher la chicane, et c’est pourquoi la direction a mis en place certaines mesures d’atténuation. Le quart de travail du samedi a été aboli tandis que les heures d’opération sont limitées entre 7 h et 17 h. De plus, le volume des alarmes de recul de la machinerie a été réduit.

Ceci étant dit, M. Tremblay affirme que Démex-Centrem est située dans un zonage industriel lourd et qu’elle a le droit d’opérer, de charger et de décharger des rebuts de matériaux secs. Ces matériaux sont acheminés à un site d’enfouissement à Dolbeau-Mistassini.

Outre cet aspect, M. Tremblay a mentionné que des discussions ont lieu avec des conseillers de Saguenay afin de dénicher un site d’opération qui serait plus convenable. Le dossier fait encore l’objet de discussions. Des rencontres doivent avoir lieu sur le sujet, sans évoquer de calendrier précis. 

Le déménagement du centre implique des frais, selon lui, et il a besoin de faire travailler son monde.

M. Tremblay se dit conscient que Démex-Centrem passe « pour le gros méchant » dans le dossier, mais affirme que c’est la Ville qui a délivré dans le passé les permis pour la construction de résidences à proximité de son établissement. C’est le cas, entre autres, pour le Domaine des eaux calmes, aménagé près de la rivière Chicoutimi.

Invité à se prononcer, le président de l’arrondissement, Michel Tremblay, confirme que la Ville est en discussions avec Démex-Centrem et que des inspections régulières sont effectuées. « Pour l’instant, on pense qu’ils sont légaux, y compris pour la disposition de matériaux secs. On travaille pour régler le problème, et tout est sur la table. Je n’ai pas le droit d’en parler pour le moment, mais le message que je veux passer est qu’on prend soin des citoyens », déclare M. Tremblay.

Le conseiller convient que le problème existe en raison du zonage industriel des installations, lesquelles côtoient une zone résidentielle, en qualifiant de « mauvais coups » les permissions de construire.

Il demande aux citoyens de faire preuve de patience puisque ce type de dossier est complexe à régler en citant les exemples d’ADO Métal à Jonquière ou encore celui de l’usine Lajoie Somec.