Steeve Mourez-Bilodeau est en liberté pendant son procès devant juge et jury qui se déroule à Roberval.

Un avion saboté dans le but de tuer

Le procès devant juge et jury de Steeve Mourez-Bilodeau, accusé de tentative de meurtre sur l’homme d’affaires Gilles Bérubé, bat son plein au Palais de justice de Roberval. L’homme dans la vingtaine aurait saboté l’hydravion de la présumée victime pour provoquer un écrasement. Les gestes reprochés remontent à l’été 2008, à Dolbeau-Mistassini.

Le ministère public accuse Mourez-Bilodeau d’avoir enlevé les boulons et écrous des haubans qui supportent l’aile gauche. Il aurait remplacé ces pièces par des bouts de bois. 

Selon la preuve de la Couronne, l’accusé aurait trafiqué l’avion sous les ordres de Jacques Bérubé, frère de la présumée victime. Bien connu dans le milieu dolmissois, Gilles Bérubé est notamment le fondateur de la Corporation Waskahegen, un fleuron autochtone. 

Une inspection d’avant vol a permis au pilote de voir le sabotage. M. Bérubé a immédiatement alerté les policiers. Sans suspect, les enquêteurs avaient décidé de fermer le dossier à l’hiver 2009. 

Grâce à de nouvelles informations au printemps 2013, les policiers ont pu rouvrir l’enquête pour tentative de meurtre. 

C’est l’homme fort Jacki Ouellet, qui habitait avec Mourez-Bilodeau, qui a alerté Gilles Bérubé, son ancien commanditaire et un membre éloigné de sa famille. 

L’athlète a surpris une conversation entre Mourez-Bilodeau et une autre personne au sous-sol de leur maison louée. Ouellet et l’accusé, précisons-le, faisaient le trafic de stupéfiants à cette époque. «  Il disait qu’il avait déjà trafiqué un avion. Je suis allé le voir pour poser plus de questions. Il a dit que Jacques (Bérubé) lui avait remis un plan de l’avion pour qu’il enlève les ‘‘botes’’ », a résumé Jacki Ouellet, qui se souvenait d’avoir entendu cette histoire de sabotage d’avion en 2008. 

Jacques Bérubé aurait promis 1000 $ à Mourez Bilodeau, mais ce dernier n’aurait reçu que 50 $. 

Quelques jours après cette conversation, Ouellet aurait rencontré Gilles Bérubé dans un de ses commerces. C’est à ce moment qu’il l’informe des propos de son colocataire. Il propose donc de faire avouer Mourez-Bilodeau dans un enregistrement, qui a été dévoilé en cour mardi (voir encadré).

Ouellet a réussi à récolter des propos jugés incriminants. 

Ce dernier a remis la bande audio à Gilles Bérubé qui a aussitôt alerté les policiers. 

Déjà dans la mire de la Sûreté du Québec pour trafic de drogues, les deux anciens colocataires ont été arrêtés quelques semaines après cette conversation.

Et c’est lorsqu’il est en prison que les enquêteurs arrêtent officiellement Mourez-Bilodeau pour tentative de meurtre. Les enquêteurs ont tenté de tirer les vers du nez à l’accusé, mais ce dernier aurait refusé de collaborer.

Quant à Jacques Bérubé, il n’a jamais été accusé dans ce dossier de tentative de meurtre. Les policiers n’ont pas été en mesure de le rencontrer et l’interroger. Les informations étaient insuffisantes pour le forcer à répondre aux questions des enquêteurs. 

Jacques et Gilles Bérubé ne semblent pas entretenir de bonnes relations. Les deux frères se poursuivent devant les tribunaux depuis plusieurs années, notamment en matière de fraude. 

La procureure de la Couronne, Me Julie Lajoie, terminera mercredi le témoignage de l’enquêteur principal au dossier. Ce sera ensuite au tour de la défense de présenter sa preuve. Mourez-Bilodeau devrait témoigner, mais il a été impossible d’en connaître davantage sur la stratégie de la défense.

De simples bouts de bois maintenaient l’attache de l’aile à la carlingue. Si le pilote n’avait pas fait son inspection d’avant vol, un écrasement était pratiquement inévitable.

Passages de l'enregistrement

– « Jacques l’avion là, comment tsé là, qui était supposé t’offrir d’argent parce que ça se peut que j’aille trouver un moyen de te payer, toi pis ton chum », Ouellet.

–« 900, 950 », Mourez-Bilodeau.

–« Chaque ? », Ouellet.

–« Y’était supposé de me donner 1000 piastres en toute, ben là, y m’avait donné 50 piastres. Il me redevait 950 $ », Mourez-Bilodeau.

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– « Avec qui t’avais faite ça », Ouellet

– « J’étais tout seul man », Mourez-Bilodeau

– « (inaudible) t’étais avec un flot tu me disais », Ouellet

– « Non non man, j’étais tout seul, je l’ai mis tout seul...en scooter », Mourez-Bilodeau

– « Tabar (inaudible) t’aurais dû te faire payer d’avance », Ouellet

– « Ouais (rires) dans ce temps-là j’étais flot », Mourez-Bilodeau

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– « Comment t’aurais pogné juste pour ça, t’aurais faite un esti de boutte, c’est, c’est meurtre, c’est peut-être pas meurtre, mais c’est quelque chose... y’a pogné un accident  », Ouellet

– « C’est tentative de meurtre  », Mourez-Bilodeau