Un chalet a été démoli, jeudi, sur la pointe Langevin, aux frais du propriétaire, en raison de son statut de résidence secondaire.

Un autre chalet démoli sur la pointe Langevin [PHOTOS]

Un deuxième chalet a été démoli, jeudi, sur la pointe Langevin, dans le secteur de Vauvert à Dolbeau-Mistassini, aux frais du propriétaire, Steve Allard, car l’érosion menaçait de faire tomber le bâtiment dans l’eau. Alors que Rio Tinto avait acheté le premier chalet au prix du marché, avant de le détruire en 2017, le propriétaire de la résidence secondaire se retrouve sans compensation. Selon la municipalité et le comité des citoyens de la pointe Langevin, le gouvernement doit agir rapidement pour trouver des solutions.

Serge Provencher, propriétaire de la prochaine maison qui devrait être évacuée, pourra toucher l’aide gouvernementale de 200 000 $, pour sa maison évaluée à 359 000 $.

Steve Allard, propriétaire de la résidence secondaire qui a été détruite jeudi, ne recevra rien. Et il a dû détruire sa maison à ses frais, car l’aide gouvernementale ne vient en aide qu’aux propriétaires de résidences principales.

Pour régler ce problème, le maire de Dolbeau-Mistassini, Pascal Cloutier, tente de mettre sur pied un fonds d’indemnisation avec l’aide de Rio Tinto et du gouvernement du Québec. « Rio Tinto nous a fait la promesse verbale à plusieurs reprises et on attend une réponse à une demande officielle, dit-il. On est prêts à y aller, mais on est en attente des instances gouvernementales. »

Selon Simon Letendre, directeur des relations avec les médias, la demande est toutefois en cours d’évaluation. « Nous nous sommes engagés à soutenir des actions ciblées qui seraient appuyées par le milieu et nous évaluons la demande de la Ville de Dolbeau-Mistassini concernant une participation au fonds d’indemnisation », dit-il.

Pourtant, de multiples rencontres ont été réalisées avec les députés et les différents ministères depuis trois ans pour expliquer la problématique, mais rien ne bouge, si bien que Pascal Cloutier s’impatiente. « On est vraiment écœurés. Tout le monde le savait que la résidence allait être démolie et il n’y a toujours pas d’action. »


« On est vraiment écœurés. Tout le monde le savait que la résidence allait être démolie et il n’y a toujours pas d’action. »
Pascal Cloutier

En plus de participer au fonds d’indemnisation, Pascal Cloutier souhaite que le gouvernement évalue les solutions durables. « Jusqu’à maintenant, on s’est fait dire non parce qu’il n’y avait pas un effet de masse. »

Contactée à ce sujet, Nancy Guillemette, députée de Roberval, a souligné qu’une rencontre était prévue la semaine prochaine avec les résidants de la pointe Langevin pour trouver une solution au problème.

Riverains inquiets

Depuis 2016, la pointe Langevin s’érode de manière inquiétante et un deuxième chalet a dû être détruit jeudi, avant qu’il ne tombe à l’eau. « Le gouvernement doit reconnaître que ce n’est pas un désastre naturel, mais plutôt un désastre causé par la gestion d’un lac et des barrages », estime Daniel Murray, président de la Ligue des propriétaires de Vauvert, qui n’en revient pas de voir l’inaction du gouvernement dans ce dossier.

En 2017, Rio Tinto a acheté le chalet à l’extrémité de la pointe, au prix du marché, dans le but d’effectuer une étude pour mieux comprendre le phénomène d’érosion. L’étude, menée par la firme WSP pour un montant de 725 000 $, avait alors révélé que l’érosion de la pointe Langevin est une problématique d’érosion fluviatile qui ne peut être prise en charge par le Programme de stabilisation des berges, puisque l’érosion n’est pas causée par le rehaussement du niveau du lac Saint-Jean.

Les riverains ont aussi constaté que le lit de la rivière s’est déplacé, au cours des dernières années, un phénomène qui est occasionné par le manque de transport de sédiments causé par les barrages de Rio Tinto, estime Daniel Murray. « Une étude réalisée lors de la construction du premier barrage sur la rivière Péribonka soulignait que le barrage éliminerait 75 % des apports de sédiments », dit-il.

Selon l’étude de WSP, la petite rivière Péribonka serait la principale responsable de la création d’une fosse à l’extrémité de la pointe. Avec cette étude en main, la multinationale s’est ensuite désengagée de la problématique. « Nous comprenons maintenant que ce retrait de Rio Tinto n’est possible que parce que le gouvernement du Québec et le ministère, gestionnaire responsable du Décret sur la gestion du Lac-Saint-Jean, permettent à Rio Tinto de renier ses responsabilités », ajoute Daniel Murray.

Selon ce dernier, le gouvernement devrait réaliser ses propres études pour vérifier les allégations de Rio Tinto et pour trouver des solutions à la problématique de l’érosion. « Pour l’instant, tout le monde se dégage et on est dans la merde », dénonce-t-il.