Les riverains doivent permettre la libre circulation sur la plage pour les marcheurs et pour les cyclistes. Il est toutefois défendu de circuler en quatre-roues ou en voiture, selon Rio Tinto.
Les riverains doivent permettre la libre circulation sur la plage pour les marcheurs et pour les cyclistes. Il est toutefois défendu de circuler en quatre-roues ou en voiture, selon Rio Tinto.

Un appel au civisme sur les plans d'eau et les plages

Des riverains qui bloquent l’accès sur la plage devant chez eux. Des motomarines qui filent à toute allure à quelques mètres des baigneurs. La pandémie fait en sorte que les Saguenéens et les Jeannois veulent s’amuser, en profitant des plans d’eau. Mais l’augmentation de la fréquentation des lacs et des embarcations nautiques impose toutefois certaines règles de civisme et de sécurité pour que tout le monde puisse cohabiter.

En se baladant sur la plage de la pointe Saint-Méthode sur son fatbike, Gildas Haméon a été interpellé par un riverain en colère qui prétendait que les vélos n’avaient pas le droit de circuler sur la plage, laquelle appartient à Rio Tinto.

Selon une porte-parole de l’entreprise, Rio Tinto accorde un privilège d’accès aux riverains qui sont situés devant la plage, mais ceux-ci doivent permettre la libre circulation sur la plage. Généralement, aucune structure ne peut entraver la libre circulation sur les plages, précise-t-on.

Les discussions qui ont eu lieu entre les clubs de riverains et Rio Tinto confirment que les vélos ont le droit de circuler sur la plage, remarque Laurent-Paul Chartier,président de Riverains lac Saint-Jean 2000, qui regroupe plusieurs associations de riverains. Selon les discussions qui ont eu lieu avec Richard Dallaire, responsable chez Rio Tinto, la présence des quatre-roues et des voitures est interdite sur la plage. Laurent-Paul Chartier note toutefois que la présence des quatre-roues est généralement tolérée lorsqu’ils circulent à basse vitesse.

M. Chartier souligne toutefois que la présence accrue des motomarines pose problème cette année. Par exemple, ce dernier a constaté que des plaisanciers circulaient rapidement à travers des baigneurs. « Il y en a beaucoup plus cette année et on va devoir penser à des moyens pour harmoniser leur présence avec celle des riverains, dit-il, en ajoutant que des consignes ont été envoyées aux riverains pour qu’ils diffusent le message. On veut aviser les gens de réduire la vitesse et de circuler à au moins 100 mètres de la rive pour assurer la sécurité et la tranquillité des riverains.»

Les riverains doivent permettre la libre circulation sur la plage pour les marcheurs et pour les cyclistes. Il est toutefois défendu de circuler en quatre-roues ou en voiture, selon Rio Tinto.

Sur la rivière Ashuapmushuan, la circulation accrue d’embarcations pose aussi des problèmes de sécurité. Parfois, des motomarines sautent sur les vagues formées par de gros bateaux, sans même voir ce qui se trouve de l’autre côté.

Sarah Richards, qui a un quai sur la rivière, a vu plusieurs bateaux passer « à 100 milles à l’heure » à quelques mètres de son quai, alors que ses enfants se baignaient dans l’eau. « C’est normal que tout le monde veuille profiter du plein air et de la rivière, mais il faut aussi respecter les autres usagers, croit-elle. Je n’ai rien contre la vitesse, mais loin de la rive. »

Cette dernière entend demander à la Ville de déplacer une bouée de navigation installée beaucoup trop près de la rive pour assurer la sécurité.

Le bruit qui dérange

Au centre-ville de Saint-Félicien, une douzaine de propriétaires de motomarine se réunissent régulièrement pour faire des prouesses à bord de leur engin motorisé. En filant sur l’eau, ils créent des vagues pour sauter toujours plus haut. Bien que le spectacle soit apprécié par certains, des citoyens et des commerçants, qui préfèrent garder l’anonymat, sont carrément ennuyés par le bruit incessant des machines. « J’ai passé le pire souper, au restaurant de la marina, à cause des Sea-Doo », a raconté un client.

Il est toutefois difficile de dénoncer haut et fort ce type de comportement quand tout le monde se connaît dans une ville de la taille de Saint-Félicien.

Les associations de riverains souhaitent que les embarcations motorisées fassent preuve de civisme près des berges, notamment pour assurer la sécurité des baigneurs, ainsi que la quiétude des lieux.

Pour l’instant, la Ville a remarqué l’augmentation du nombre de bateaux et de motomarines, mais elle n’a reçu aucune plainte à ce sujet. Bien que les municipalités aient le droit d’imposer une réglementation plus stricte sur les activités nautiques, rien n’a été fait en ce sens à Saint-Félicien pour l’instant. C’est donc le règlement de paix et bon ordre, en cours dans toute la MRC du Domaine-du-Roy, qui prévaut.

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LE MÊME PROBLÈME AU LAC KÉNOGAMI

Ailleurs au Saguenay–Lac-Saint-Jean, des groupes de riverains et des municipalités ont rédigé un code de conduite nautique. L’Association pour la protection du lac Kénogami a d’ailleurs mis en place un tel code en 2017, soutient Jimmy Bouchard, conseiller municipal du secteur. Le code recommande, entre autres, d’éviter les bruits inutiles, causés par les virages et les sauts répétés, d’éviter de circuler à moins de 100 mètres d’un nageur ou de la rive et de limiter la vitesse à 10 km/h lorsqu’on doit croiser un nageur ou une autre embarcation. 

« Depuis plusieurs années, il y a des problématiques de civisme au lac Kénogami, dit-il. Les bateaux roulent très vite et l’achalandage augmente année après année, ce qui pose un problème de sécurité majeur, parce qu’il y a plusieurs autres usagers sur le lac qui font de la nage en eau libre, du kayak ou du paddleboard. On ne veut pas attendre qu’il y ait un accident majeur comme on a vu cet été en Mauricie. »

Chaque semaine, le conseiller municipal reçoit entre cinq et dix plaintes de citoyens concernant la sécurité sur le lac, ce qui représente environ 60 % des communications avec les citoyens. 

Le problème, c’est que le Service de police de Saguenay, qui assure une présence sur le lac toutes les fins de semaine de l’été, ne peut appliquer que le Code criminel sur le lac – alcool au volant, par exemple – et qu’il n’a pas le pouvoir pour imposer des limites de vitesse ou des distances de navigation de la rive, ce qui est de juridiction fédérale. 

La loi québécoise permet toutefois aux villes d’imposer des restrictions sur la navigation, ce qui permettrait alors aux policiers d’intervenir, explique Jimmy Bouchard. Et c’est justement le processus que le conseiller municipal souhaite mener à terme. « C’est un long processus qui implique des consultations publiques, souligne-t-il. Un comité a été formé en mars pour réviser l’accès au sens large. »

En plus de baliser les pratiques sécuritaires pour les embarcations nautiques, le guide visera à imposer des mesures environnementales plus strictes, car le lac est aussi la prise d’eau potable de plus de 75 % des citoyens de Saguenay, ajoute ce dernier.

Lac Labrecque

Labrecque a aussi rédigé un code de navigation, intégré à un règlement municipal depuis 2012. « Pour aller sur le lac Labrecque, les usagers doivent s’engager à respecter le code de navigation pour qu’ils obtiennent le permis gratuit », explique Tommy Larouche, inspecteur municipal. 

Depuis, la municipalité n’a eu qu’à faire quelques avertissements. « Il y a quelques délinquants, mais la majorité des gens respectent les règles », dit-il, en ajoutant que la Ville se réserve le droit d’enlever un permis au besoin. 

QUELLES PLAGES SONT ACCESSIBLES LIBREMENT?

Rio Tinto possède 54,4% des berges du lac Saint-Jean. Aux endroits où Rio Tinto est propriétaire, un privilège d’accès est donné aux riverains qui sont situés devant la plage. Les lois et règlements en vigueur s’appliquent et stipulent que ceux-ci doivent permettre la libre circulation sur la plage, confirme une porte-parole de Rio Tinto. 

Si les plages sont comprises à l’intérieur d’un terrain privé ou d’un terrain du domaine de l’État sous location auprès du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles (MERN), elles sont accessibles avec l’accord du propriétaire ou du locataire.

Seules les plages publiques situées sur des terres du domaine de l’État où aucun bail n’a été émis sont librement accessibles par le public, précise-t-on au MERN.

Selon l’article 53 de la Loi sur les terres du domaine de l’État, « toute personne peut passer sur les terres du domaine de l’État, sauf dans la mesure prévue par une loi ou par un règlement du gouvernement ». Ainsi, les citoyens peuvent circuler sur une plage lorsque celle-ci fait partie du domaine de l’État.