La fermeture du détachement de la GRC à Chicoutimi choque le sergent à la retraite, Michel Trudel.

Un ancien de la GRC critique les fermetures

Le sergent à la retraite de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), Michel Trudel, dénonce la fermeture du détachement de Chicoutimi. Il soutient que les raisons de réorganisation et de restructuration invoquées ne tiennent pas la route. Il croit que l’organisation cherche en réalité à trouver les moyens d’assumer les poursuites intentées contre elle.

Les superstitieux disent qu’un vendredi 13 porte malheur. Sans confirmer que c’est le cas, une chose est certaine : cinq employés du poste de la GRC à Chicoutimi verront le bâtiment de la rue Newton, à Chicoutimi, fermer définitivement ses portes vendredi. Ces employés devraient être transférés dans un autre détachement.

Le président de l’Association de la police montée du Québec, Serge Bilodeau, a fait parvenir un communiqué de presse aux médias pour dénoncer les fermetures des établissements de Chicoutimi, Saint-Jérôme, Rouyn-Noranda, Drummondville et Trois-Rivières. Au total, 19 familles seront transférées.

« Nous dénonçons cette diminution de services en région. Cette diminution s’est effectuée tranquillement et était justifiée par des changements de mandats pour en arriver finalement à une fermeture dans l’anonymat et l’indifférence », indique M. Bilodeau.

« Ces mesures réduisent la capacité des régions touchées à se défendre contre le crime organisé, le terrorisme et autres problématiques adressées normalement par la GRC », ajoute-t-il.

Michel Trudel, qui a été au service de la GRC durant 34 ans, dont 28 au détachement de Chicoutimi à titre de sergent et sous-officier responsable du département des délits commerciaux, sait très bien que les raisons officielles touchent sa restructuration et sa réorganisation. Mais il n’y croit pas complètement.

« Les raisons officielles, c’est de la bouillie pour les chats. Oui une certaine réorganisation devait être faite, mais les principales raisons, c’est que la GRC doit trouver l’argent pour assumer les poursuites de plus d’un milliard de dollars (harcèlement contre des employés et disparition des autochtones) auxquelles elle doit faire face », lance Michel Trudel.

« Il ne faut pas penser que le gouvernement canadien va ajouter cet argent dans le budget. Ottawa laisse voir que c’est à la GRC de trouver ces sommes à même ses budgets. Et une partie viendra de la fermeture des postes au Québec, notamment », poursuit le policier originaire de Lac-Mégantic.

Le détachement de Chicoutimi de la GRC a ouvert ses portes en 1934. Durant de nombreuses années, entre 1975 et 2008, Chicoutimi était la deuxième section la plus chargée dans les crimes économiques au Canada, malgré la présence de bureaux majeurs à Montréal, Toronto et Vancouver.

Les policiers de la GRC à Chicoutimi travaillaient sur les dossiers de crime économique, de drogue et en lien avec les infractions fédérales.

Michel Trudel rappelle qu’il a notamment été à la tête des enquêtes de fraude de Microvel (voiture électrique) et de l’importante fraude contre les sœurs du Bon-Conseil de Chicoutimi et du Bon-Pasteur de Québec (28 M$).

« Des dossiers d’importance, il y en avait dans la région. Mais en 2008, plusieurs des membres de l’équipe, dont moi-même, ont pris leur retraite et d’autres ont été transférés. Ça a fait mal. On a diminué l’équipe et les résultats n’étaient plus les mêmes. Les dirigeants ont fait en sorte que ça se produise et ont prétendu qu’il n’y avait plus de crimes économiques ici. »

« Mais ce n’est pas vrai. Et il risque d’y en avoir encore dans les années à venir. Et il est faux de prétendre qu’ils donneront le service à distance », croit M. Trudel.

Ce dernier dit ne pas en vouloir à l’organisation dans laquelle il a passé sa carrière, mais il dénonce la situation pour une question de principe.

« C’est encore le développement économique régional qui en subit les contrecoups. Là, Ottawa ferme le poste de la GRC à Chicoutimi et dans d’autres régions. Demain, qu’est-ce que ça sera ? Je me demande si nous ne devrions pas demander une commission royale d’enquête », a conclu Michel Trudel.