A3 Surfaces compte plusieurs actionnaires, dont Michel Lavoie et le Dr Guy Leblanc. Les inventeurs, Maxime Dumont et Jocelyn Lambert (absents de la photo), font aussi partie des actionnaires de l’entreprise.
A3 Surfaces compte plusieurs actionnaires, dont Michel Lavoie et le Dr Guy Leblanc. Les inventeurs, Maxime Dumont et Jocelyn Lambert (absents de la photo), font aussi partie des actionnaires de l’entreprise.

Un aluminium résistant aux virus, bactéries et parasites

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Les virus, parasites et bactéries peuvent survivre plusieurs heures et même des jours sur différentes surfaces, favorisant ainsi les risques de contamination. Et si les poignées de porte, les comptoirs dans les hôpitaux, les robinets de lavabo dans les écoles, les mains courantes dans les métros et autobus pouvaient tuer en quelques secondes ces microbes, dont le coronavirus?

Ce produit révolutionnaire existe et sera commercialisé d’ici quelques semaines ou mois, espèrent les concepteurs, les gens de A3 Surfaces de Chicoutimi.

Inventée il y a près de 10 ans au Saguenay-Lac-Saint-Jean, cette technologie permet de rendre une surface en aluminium autodésinfectante, la seule au monde. Le traitement biocide se fait lors de l’anodisation de l’aluminium.

Grâce à sa technologie révolutionnaire, A3S peut offrir des produits qui réduiront les risques de propagation des maladies infectieuses. Tous les éléments fréquemment touchés peuvent être fabriqués avec ce type d’aluminium autodésinfectant à effet biocide.

En instance de certification auprès de Santé Canada depuis 2015, les actionnaires ont bon espoir d’avoir le feu vert rapidement. La pandémie mondiale de la COVID-19 pourrait d’ailleurs mettre de la pression sur l’instance. En effet, tout porte à croire que le coronavirus ne survit pas sur les surfaces traitées par la technologie de A3 Surfaces.

« On va tester notre surface avec la COVID-19. Mais le problème, pour l’instant, c’est que le seul laboratoire qui peut tester la souche, c’est un laboratoire de niveau 4 à Winnipeg, et ils sont débordés avec les vaccins et les tests sur les humains. Mais on est pas mal convaincu que c’est un virus qu’on peut tuer. Scientifiquement, c’est connu, ce genre de virus a une membrane facile à tuer. On fera tout de même le test lorsqu’on pourra, les gouvernements sont d’ailleurs au courant et tentent de nous aider en ce sens-là », précise le Dr Guy Leblanc, un des principaux actionnaires de A3 Surfaces et également spécialiste en chirurgie maxillo-faciale.

« Parce qu’en date d’aujourd’hui, pour stopper ce virus, tu as un vaccin qui n’existe pas encore et de la médication pour diminuer les symptômes pulmonaires. L’autre chose, c’est briser la chaîne de contamination et la seule façon de la faire, c’est la distanciation sociale, car on n’a rien sur le marché pour arrêter ça. Il y a des produits qui empêchent la prolifération sur les surfaces, mais le microbe reste quand même sur la surface.

De multiples tests scientifiques indépendants ont été réalisés pour prouver l’efficacité de la technologie. Sur la photo, on voit les résultats des tests sur la surface. Les bactéries ne survivent pas.

Le seul produit qui peut changer la donne, c’est le nôtre », pointe M. Leblanc, précisant que l’invention jouit d’une protection mondiale depuis décembre 2019.

En effet, selon les multiples tests réalisés par des laboratoires indépendants et universitaires, dont ceux de McGill et Sherbrooke, l’aluminium traité par la technologie de A3 Surfaces tue en quelques secondes les microbes. La plupart des produits existants, dits bactériostatiques, se contentent de stopper la prolifération des microbes plutôt que de les éliminer complètement.

Le cuivre est à l’heure actuelle un des meilleurs produits, car il est naturellement biocide (autodésinfectant). Mais le virus ou la bactérie peut vivre plus de quatre heures sur le cuivre. Contrairement à quelques secondes sur la surface en aluminium traitée par la technologie A3S.

Le cuivre est le métal actuellement le plus efficace sur le marché, car il est naturellement biocide. Mais les tests démontrent que les bactéries peuvent vivre quelques heures sur les surfaces en cuivre.

Pourquoi Santé Canada tarde à donner son accord, alors que les preuves scientifiques se multiplient ?

« Au départ, c’était complexe, car ils ne savaient pas où nous classer. Agence des pesticides ou matériel médical? Finalement, on est médical. Mais le but de Santé Canada est de protéger les Canadiens, donc ce sont des procédures très longues », laisse tomber M. Leblanc.

Une chambre test à l’hôpital

Les gouvernements, qui ne peuvent influencer Santé Canada, sont derrière cette technologie depuis quelques années et souhaitent l’utiliser rapidement. Parce qu’en plus de limiter la transmission des virus et bactéries, cette technologie permettra de sauver du temps dans les hôpitaux.

Les tests ont été effectués sur des produits existants, dont le fini antibactérien Saniguard. Un produit qui affaiblit la croissance des bactéries, sans les tuer toutefois.

« La prévention des infections coûte cher à l’État, on le sait. On pense notamment à la C. difficile ou autre éclosion dans les établissements de santé. Quand un patient quitte une chambre, ça prend plusieurs heures pour décontaminer les lieux avant d’accueillir un nouveau patient, et ils utilisent des produits très forts. Tellement qu’ils doivent parfois changer la peinture pour l’époxy. Avec notre produit, tu peux rentrer un patient après 5 minutes », donne en exemple Dr Leblanc.

Le gouvernement du Québec l’a vite compris et a investi, avec Rio Tinto, un des partenaires de longue date de A3S, dans une chambre test à l’hôpital de Chicoutimi. Une chambre conçue avec des produits antibiocides, du lavabo, en passant par la toilette, les murs et même le cabaret de nourriture. Mais la chambre n’a pas encore été testée, car Santé Canada l’interdit sans son autorisation.

Une chambre expérimentale a été aménagée à l’hôpital de Chicoutimi pour valider la technologie en milieu hospitalier. Mais les tests ne peuvent commencer avant l’autorisation de Santé Canada. Le gouvernement du Québec et Rio Tinto ont payé la note pour la conception de cette chambre du futur.

« On a beaucoup d’appuis des gouvernements, dont le bureau d’Andrée Laforest. Les gens avaient hâte d’essayer notre chambre test qui a été longue a monter, avec les équipes en éthique, en microbiologie. Notre but était de valider notre technologie en milieu hospitalier. Quelques jours avant qu’on commence les tests, Santé Canada a arrêté le tout, car ça prend leur autorisation. Mais on a bon espoir que ça débloque prochainement », souhaite Dr Leblanc.

Le milieu de la santé n’est pas le seul intéressé par cette technologie qui a été dévoilée dans les salons spécialisés au cours des dernières années.

« On rencontre déjà des architectes pour les écoles, les sociétés de transport aussi. Dans les moyens de transport, ils nettoient chaque matin les autobus. Mais on sait que la COVID-19 reste 3 jours sur le « stainless». Donc, si un utilisateur infecté touche un poteau à 10 h, il va être contaminé toute la journée. Nous, ça ne se contamine pas.»

« Il n’y a pas de limite d’usage avec notre technologie. On a des contacts aussi les compagnies de croisières. Dans les cosmétiques également, on a des clients européens pour la fabrication de tubes de crème antimicrobiens. On est avancé là-dedans.»

« Mettre ce matériau dans les endroits où les gens touchent le plus. C’est la loi de Pareto. Tu contrôles 20 % des endroits, tu contrôles 80 % des infections.»

Première usine à Saguenay

Avec l’autorisation de Santé Canada, la demande explosera pour A3S, s’attendent les actionnaires. Les plans de la première usine sont prêts et elle sera à Saguenay. Les actionnaires souhaitent aussi céder des licences pour les entreprises qui produisent déjà des pièces de quincaillerie en installant une ligne pour rendre leur surface en aluminium antimicrobienne.

« On a une unité de fabrication au Cégep de Chicoutimi, mais nos plans pour notre première usine sont prêts et on serait capable d’être opérationnelle à grande échelle en novembre 2020. On peut aussi produire avec nos partenaires qui ont des usines d’anodisation. On vise également l’implantation d’une deuxième usine à Montréal, un peu plus tard », détaille M. Leblanc, ajoutant qu’une vingtaine de personnes travailleraient au démarrage de la première usine qui sera située dans le parc industriel de Chicoutimi.

Une chambre expérimentale a été aménagée à l’hôpital de Chicoutimi pour valider la technologie en milieu hospitalier. Mais les tests ne peuvent commencer avant l’autorisation de Santé Canada. Le gouvernement du Québec et Rio Tinto ont payé la note pour la conception de cette chambre du futur.

L’entreprise compte plusieurs actionnaires, dont les trois principaux, Guy Leblanc, Jean-Pierre Collard et Michel Lavoie. Également actionnaires, les inventeurs de la technologie sont Maxime Dumont et Jocelyn Lambert.