La vice-première ministre Chrystia Freeland défend l’Accord Canada-États-Unis-Mexique
La vice-première ministre Chrystia Freeland défend l’Accord Canada-États-Unis-Mexique

Un accord favorable pour l’aluminium, selon Freeland

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Jamais l’industrie et les travailleurs de l’aluminium n’ont travaillé dans le contexte d’une entente aussi favorable que celui du nouvel ALÉNA, plaide la vice-première ministre Chrystia Freeland.

Celle qui est à la tête de la négociation avec les États-Unis et le Mexique défend bec et ongle l’accord de libre-échange qui est « favorable pour le Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean ». Mme Freeland réagit ainsi aux critiques et craintes provenant de la région ainsi que du Bloc québécois qui, rappelons-le, est la seule formation politique à avoir voté contre le dépôt de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM). Une contestation qui s’apparente à une méconnaissance du nouvel accord, laisse entendre la vice-première ministre.

« C’est évident que c’est un bon accord pour le Québec et surtout pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Premièrement, parce que le nouvel ALÉNA est mieux que celui qu’ont vit en ce moment. Et c’est surtout le cas de l’aluminium. On a maintenant une garantie que 70 % de l’acier et de l’aluminium utilisés dans la construction de voitures doivent provenir de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, on a 0 % avec l’accord actuel. C’est bon pour nous, le Canada et particulièrement pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, car nous sommes le producteur majeur d’aluminium en Amérique du Nord », insiste Mme Freeland, dans une entrevue accordée au Quotidien.

En plus de cette exigence, le nouvel accord prévoit que 75 % des pièces d’une voiture doivent être fabriquées en Amérique du Nord. Un seuil qui est actuellement à 62,5 %.

« Cet élément vient donner un autre avantage à l’aluminium et au Québec. Il y aura une hausse de la demande pour des pièces fabriquées dans nos trois pays. Plus il y a de pièces fabriquées dans notre zone, plus la demande en aluminium sera à la hausse », pointe la politicienne.

Là où le bât blesse pour les détracteurs du nouvel ALÉNA, c’est l’absence d’une protection semblable à celle dont bénéficie l’industrie de l’acier. Dans le texte de l’ACÉUM, il est précisé que l’acier doit être coulé et fondu en Amérique du Nord. Pour l’aluminium, pas un mot à ce sujet, faisant craindre notamment au Bloc québécois et aux travailleurs de l’aluminium que le Mexique pourrait acheter à moindre coût de l’aluminium chinois ou russe, malgré l’exigence du 70 %.

Des craintes qui sont d’ailleurs prises au sérieux par le Canada qui négocie la mise en place et le renforcement des règles antidumping depuis déjà plusieurs mois.

« Je comprends ça. Mais l’ALÉNA n’est pas la seule manière qu’on peut travailler. On travaille en parallèle sur des outils pour mieux protéger notre marché. On travaille sur cet enjeu depuis la levée des tarifs sur l’aluminium. Parce qu’en effet, la question du dumping d’aluminium, et de l’exportation de l’aluminium, c’est un enjeu. Mais les intérêts des Américains et des Canadiens, sur cet enjeu précis, sont alignés », exprime Mme Freeland, ayant ainsi bon espoir que des mécanismes de surveillance du marché se mettent en place en parallèle.

La vice-première ministre en discutera d’ailleurs une fois de plus, vendredi, à Washington. Elle doit rencontrer à nouveau son homologue américain, Robert Lighthizer.

Mais pourquoi ne pas avoir inclus la même protection dont jouit l’acier dans le nouvel accord ?

« C’est très facile de créer une liste de centaines, voir de millions de choses qui auraient été bien d’ajouter dans l’entente. Ce n’est pas la question qui était devant nous. Est-ce que le nouvel ALÉNA est mieux pour le secteur d’aluminium ? La réponse est évidente. Il faut aussi se souvenir de la question du président Trump. Est-ce que vous voulez un ALÉNA ou rien ? Vous voulez un accès à notre marché ? Nous sommes maintenant le seul producteur d’aluminium au monde qui a accès à ce marché sans tarif, sans quota. »

L’accord n’est pas encore ratifié, mais les députés de la Chambre des communes ont adopté son dépôt au Parlement. La ministre Freeland a bon espoir que tous les élus, dont ceux du Bloc québécois, admettront qu’il s’agit d’un accord gagnant-gagnant pour l’industrie de l’aluminium.

« Il y a une bonne compréhension du Québec. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a un fort appui du gouvernement. Au Saguenay, tout le monde a compris. J’espère et je suis convaincue que tous les gens vont comprendre », répond la vice-première ministre, questionnée sur la contestation des bloquistes.