Les jeunes conducteurs du Cégep de Trois-Rivières ont pu vivre l’expérience d’un accident mortel comme s’ils y étaient grâce à une lunette de réalité virtuelle.

Un accident virtuel pour sensibiliser les jeunes

Trois-Rivières — Il n’est pas rare qu’un party de jeunes se continue sur la route, dans une voiture où ils sont plusieurs à s’entasser et à déconcentrer le conducteur. Il n’est pas rare non plus que malgré toutes les campagnes de sensibilisation, on en voit encore qui textent au volant ou qui prennent la route avec les facultés affaiblies.

La Société d’assurance automobile du Québec a donc décidé d’ajouter un nouveau moyen de sensibilisation contre ces attitudes qui fauchent des vies en offrant aux jeunes conducteurs de 16 à 24 ans, cet automne, l’occasion d’expérimenter l’effet d’un accident de voiture grâce à la réalité virtuelle.

Une lunette de réalité virtuelle a été mise à la disposition des étudiants du Cégep de Trois-Rivières, mardi, dans le cadre d’une tournée des régions du Québec de la SAAQ qui se déroulera jusqu’au 21 octobre.

Cet appareil de haute technologie permet de faire l’expérience, avec un réalisme surprenant, d’une collision mortelle, comme si on était au volant, sans en subir, évidemment, les conséquences physiques.

Alexis Verrette, étudiant en langues, avoue que l’expérience, qui dure à peine une minute, a eu de l’effet sur lui.

«Même si on sait l’intention, le choc reste là, la leçon est bonne», reconnaît-il. «L’expérience en 360 degrés rajoute un petit piquant», dit-il, car on peut voir les victimes dans la voiture autour de soi en tournant la tête. Alexis croit sincèrement que cette expérience «peut faire réfléchir certains.»

Émy Fontaine reconnaît que l’expérience d’un accident de voiture avec une lunette de réalité virtuelle, «c’est un choc. Ça me fait de quoi. Je pense que beaucoup de monde devrait regarder cette vidéo-là», estime-t-elle en ajoutant que l’accident «se passe tellement vite que tu n’as même pas le temps de le voir. Disons que je suis plus consciente que je l’étais», avoue-t-elle.

«Je trouve que c’est très pertinent comme expérience» estime de son côté Jérémie LeBlanc. «Ça conscientise les jeunes à l’alcool et à la drogue aussi, surtout au Cégep, on est dans cette période-là. On est tous majeurs. On veut tous avoir du fun», fait valoir cet étudiant en logistique du transport. Malgré le choc que provoquent ces images, Jérémie estime qu’il faudra plus pour inciter certains jeunes conducteurs à être prudents, sobres et concentrés au volant d’un véhicule. «Vu qu’on voit beaucoup d’annonces à la télévision, une de plus, une de moins ne change pas grand-chose», estime-t-il. Même si cette nouvelle campagne frappe l’imagination, reconnaît-il, ce n’est pas encore assez pour que les jeunes y pensent lorsqu’ils viennent de boire et s’apprêtent à conduire.

«C’est un moyen nouveau d’aller chercher les jeunes conducteurs, d’aller toucher leur corde sensible, d’avoir des sensations fortes pour qu’ils soient vraiment sensibilisés», indique de son côté Mario Vaillancourt, porte-parole de la SAAQ. «On vise aussi l’impact qu’ils auront sur ceux qui ne l’auront pas vu. Ces jeunes-là le voient, en parlent aux autres, en parlent aux parents, aux amis», dit-il.

La SAAQ rendra visite à une quinzaine d’établissements du Québec, collèges et universités, au cours des prochaines semaines. Le bilan des jeunes conducteurs s’est amélioré au cours des dernières années, mais les 16-24 ans sont encore beaucoup trop représentés dans les statistiques d’accidents avec dommages corporels, soit 20 %, indique M. Vaillancourt.

La nouvelle technologie de réalité virtuelle utilisée dans la présente campagne de la SAAQ permet de varier le message. «C’est vraiment une immersion dans la réalité d’un accident.»

En 2017, au Québec, 107 conducteurs de 16 à 24 ans ont été impliqués dans un accident mortel et 8917 jeunes du même groupe d’âge ont été impliqués dans un accident avec blessés graves ou légers.

La distraction au volant est en cause dans plus de la moitié des accidents avec dommages corporels. De 2012 à 2016, 44 % des conducteurs de 16 à 24 ans décédés dans un accident avaient de l’alcool dans le sang.