Tuée par une chute et non la morphine

La Baieriveraine Alma Mailloux n’est pas décédée à 106 ans d’une surdose de morphine entraînant une dépression respiratoire fatale, mais plutôt de complications aiguës découlant d’une chute de sa hauteur survenue à son centre d’hébergement. En raison de son grand âge, il s’agit d’un décès accidentel.

Le bureau du coroner du Québec a fait parvenir au journal Le Quotidien le nouveau rapport du coroner en lien avec le décès de la centenaire, survenue le 3 mai 2016. Il s’agirait d’un exercice assez peu commun de commander un deuxième rapport en lien avec une mort.

Le coroner Me Luc Malouin précise qu’en raison d’erreurs rapportées dans le rapport d’investigation de janvier 2018, après vérifications, il y a eu lieu d’amender certaines parties de ce rapport.

En avril 2018, le coroner Sylvain Truchon avait recommandé que l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, le Collège des médecins du Québec et la direction régionale du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean examinent le traitement réservé à la dame de 106 ans, lui qui estimait que la mort avait été causée par une surdose de morphine qui avait entraîné une dépression respiratoire fatale.

L’ex-coroner s’était questionné sur les doses de médicaments données à la femme de 106 ans après une chute dans sa chambre, précisant que la morphine avait été administrée de façon plus ou moins égale entre le 28 avril et le 3 mai.

Dans le nouveau rapport du coroner Malouin, on précise que le niveau d’intervention médical de Mme Mailloux était de niveau 4, soit des interventions visant exclusivement le confort par le traitement de la douleur ou de tout autre inconfort sans chercher à préciser ou à corriger la pathologie sous-jacente.

« Il n’y a pas eu de traitement visant à prolonger la vie », écrit le coroner.

On ajoute que la morphine a été utilisée en raison de probables fractures de côtes chez la centenaire. La dame a reçu de la morphine jusqu’au moment de son décès.

Le coroner précise qu’il faut interpréter la concentration de morphine dans le sang de façon différente si la personne n’a jamais reçu cet analgésique narcotique ou si elle en a déjà reçu.

Dans le présent contexte, une concentration de morphine de 130 ng/ml doit être considérée comme étant à la limite supérieure des concentrations thérapeutiques compte tenu du potentiel significatif de redistribution post mortem de cette substance, écrit-il.

« Il peut être tentant de penser que c’est le médicament qui provoque la mort ou la précipite lorsqu’un patient reçoit un analgésique narcotique comme la morphine de façon régulière dans les derniers jours de sa vie. Toutefois, rien ne prouve qu’un tel analgésique accélère le processus de mort d’une personne qui reçoit une dose adéquate pour soulager ses symptômes de douleurs ou de détresse respiratoire », indique le coroner Malouin.

Il précise que c’est la chute de la dame qui a provoqué son déclin et non la morphine. Il ajoute que la centenaire a présenté des épisodes de rythme respiratoire jusqu’à 34/minute, ce qui semble incompatible avec l’effet dépresseur de la morphine.

« Le décès est attribuable aux complications aiguës découlant d’une chute de sa hauteur, alors qu’elle présentait une vulnérabilité personnelle notamment en lien avec son grand âge. Il s’agit d’un décès accidentel », conclut le coroner Luc Malouin.