Pour rejoindre le plus de gens possible, le Centre de prévention du suicide 02 a accentué sa présence sur les réseaux sociaux, explique Annie Laviolette, responsable de service.
Pour rejoindre le plus de gens possible, le Centre de prévention du suicide 02 a accentué sa présence sur les réseaux sociaux, explique Annie Laviolette, responsable de service.

Trump «imprudent» en évoquant une hausse des suicides

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Donald Trump s’est montré « imprudent », voire « dangereux », mardi, en évoquant une hausse du nombre de suicides, estime Annie Laviolette, responsable de service au Centre de prévention du Suicide 02. Le président américain, rappelons-le, a mentionné qu’une récession économique pourrait faire plus de morts que la pandémie de COVID-19, pour justifier une reprise plus rapide des activités.

« J’ai trouvé ça très imprudent et malsain de sa part. Comme si on annonçait ça! Nous, on n’est pas dans la dramatisation, mais on ne banalise pas le fait que c’est plus difficile pour tout le monde. C’est plus difficile pour moi, pour vous. C’est quelque chose qu’on vit tout le monde ensemble. C’est collectif », répond Annie Laviolette, responsable de service au Centre de prévention du Suicide 02.

« Nous, on n’annonce pas de drame. Je préfère annoncer une hausse de la prévention. On demande aussi aux gens d’être à l’écoute, d’aider son prochain. Si tu connais une personne fragilisée, un homme qui a perdu son emploi, une mère monoparentale qui a des difficultés, appelez-les, donnez leur un repas sur le balcon. Ce sont des choses que nous voyons en ce moment. Continuez d’être là les uns pour les autres et je prédis que lorsque nous serons sortis de là, on va avoir appris à comment être encore plus en contact les uns avec les autres », croit l’intervenante.

Une quarantaine de personnes travaillent pour maintenir la ligne téléphonique du centre, 24 heures par jour, 7 jours sur 7. Les intervenants n’enregistrent pas pour le moment une hausse d’appels de détresse, mais s’attendent à une augmentation au cours des prochaines semaines.

« Tel aide, qui est une ligne d’écoute, reçoit plus d’appels. Mais nous, qui sommes une ligne d’intervention de crise, on ne voit pas encore une hausse. Toutefois, nous pensons que ça va augmenter dans les semaines à venir », prévient Mme Laviolette.

En effet, dans des périodes difficiles, par exemple lors de longs lock-out, les demandes d’aide surviennent quelques semaines après le début de la crise.

« Lorsqu’on regarde la littérature, dans de tels moments, il y a une accalmie au départ, parce que les gens sont en mode survie. Il y a du stress, nous le sentons. Mais c’est plus tard que nous recevons les demandes pour intervenir», rappelle l’intervenante.

Le dilemme semble donc bien présent pour les gouvernements qui doivent trancher entre deux maux, admet-elle.

« On comprend très bien, et le premier ministre Legault l’a dit aussi, qu’il faut choisir entre deux maux. On est dans un dilemme de santé publique. Mais d’un point de vue de santé mentale, c’est sûr qu’en ce moment, ce n’est pas facile pour les gens qui ont déjà des problématiques. »

Pour rejoindre plus de gens, le Centre de prévention du suicide a d’ailleurs accentué sa présence sur les réseaux sociaux. En temps normal, les intervenants encouragent de briser l’isolement, mais avec la pandémie, c’est l’inverse.

« On n’a jamais autant utilisé les médias sociaux. Je ne peux plus aller sur le terrain, rencontrer les gens. On essaye donc d’être le plus créatifs possible. On appelle les personnes, on essaye de les rejoindre par les réseaux sociaux. Évidemment, il n’y a rien comme regarder quelqu’un dans les yeux. Mais on ne retrouvera pas ça. Donc il faut être créatif pour continuer d’être là pour les gens », constate Mme Laviolette, en faisant notamment référence aux nouvelles capsules web réalisées par l’équipe du centre.

Toute personne en détresse ou ayant besoin de parler peut composer 1 866-APPELLE (277-3553). Vous pouvez aussi visiter la page Facebook du Centre de prévention du suicide 02 pour obtenir plus de renseignements.