Des partisans du parti démocratique et de Joe Biden affichent clairement leurs couleurs à Miami, en Floride.
Des partisans du parti démocratique et de Joe Biden affichent clairement leurs couleurs à Miami, en Floride.

Trump-Biden en prolongation

Jean-Simon Gagné
Jean-Simon Gagné
Le Soleil
CHRONIQUE / Vous aimez les élections présidentielles aux États-Unis? Alors réjouissez-vous. Le match Trump-Biden s’en va en prolongation.

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Les Américains se réveillent ce matin avec deux candidats qui prédisent chacun leur victoire. Un scénario un peu prévisible, mais qui prolonge un exercice à hautes tensions. On sait seulement que l’élection se décidera dans trois états — le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie — où le décompte des voix devraient se poursuivre durant des jours. Peut-être plus.

À la fin, pour reprendre une expression chère à l’animateur Dan Rather, l’élection s’est révélée «aussi serrée qu’un maillot de bain de deux tailles trop petites, lors d’un trop long voyage de retour en automobile, après un après-midi à la plage où vous avez attrapé un coup de soleil colossal».

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Vers deux heures trente du matin, le président Donald Trump a accusé ses adversaires de vouloir lui voler l’élection. Le président s’est proclamé le vainqueur des élections. Il a dénoncé une vaste «fraude» électorale pour le priver de son triomphe, sans fournir de preuves. Il a aussi déclaré qu’il allait demander à la Cour suprême d’arrêter le décompte illégal des voix. On ne sait trop comment ou pourquoi...

Dans n’importe quel autre pays du monde, la sortie du président Trump serait interprétée comme une attaque en règle contre la démocratie. Mais aux États-Unis, c’est autre chose. Le pays apparaît coupé en deux. Sur TOUS les sujets. Chaque moitié croit se battre pour l’âme de l’Amérique. Chaque moitié se convainc que l’autre conduit le pays à sa ruine. À court terme, les démocrates croient qu’il faut d’abord contenir la pandémie de coronavirus. Les républicains estiment qu’il faut plutôt réouvrir l’économie au plus vite, quels qu’en soit les effets... 

Le pire, c’est que Donald Trump possède de bonnes chances de remporter l’élection. Imaginez s’il  venait de subir une défaite décisive! Comme disait un premier ministre britannique : «Quand tu as le dos au mur, c’est le moment de te retourner pour combattre...»

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Quoi qu’il arrive, les partisans du démocrate Joe Biden diront qu’il est victime d’un système électoral antédiluvien. Après tout, le candidat démocrate a remporté la majorité des voix. Reste que les démocrates ont souvent considéré Donald Trump comme une anomalie. Une erreur de parcours qu’ils allaient bientôt corriger.

Cette année, comme en 2016, les démocrates débordaient de confiance. Avec leur pile de sondages plus ou moins euphoriques, ils rêvaient d’humilier Donald Trump. Durant la soirée électorale, leur balloune s’est dégonflée petit à petit. D’abord, la Floride leur a échappé. Pas grave, ils gagneraient en Géorgie, se disaient-ils. Et puis quand la Géorgie a voté Trump, ils se sont mis à rêver du Texas, de l’Ohio, de la Caroline du Nord.

«Donald Trump, ce n’est pas nous. Ce n’est pas l’Amérique,» a déjà dit Joe Biden. «À la fin de cette campagne, écrit un chroniqueur du New York Times, notre pays divisé lui retourne la question.

— En es-tu certain?» (1)

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Dana Sherrod, à droite, célèbre avec les autres partisans républicains réunis au Krause's Cafe à New Braunfels, au Texas.

Encore une fois, les sondages ont sous-estimé  le vote de Donald Trump. On dira qu’essayez d’imaginer les États-Unis à partir des sondages, c’est aussi facile que d’imaginer le bœuf à partir de la boite de cubes de bouillon de bœuf déshydraté. À chaque élection, un cube vole la vedette. Au fil des ans, il y a eu «la femme de banlieue». Le «jeune latino diplômé». La «mère noire monoparentale». «L’ouvrier blanc en colère». 

Mais voilà qu’il faudra peut-être tenir compte du partisan de Donald Trump «trop timide» pour révéler ses intentions de vote. En 2016, un sondeur républicain en était même réduit à demander aux gens comment leurs voisins votaient, pour essayer d’identifier les électeurs républicains. (2)

Le même phénomène avait été signalé en Grande-Bretagne, au moment du Brexit. Là-bas, les sondages sous-estimaient souvent le vote des conservateurs, parce que les électeurs étaient «trop timides» pour admettre leur intention de vote.

Difficile de conclure sans une pensée pour le candidat républicain Thomas Dewey, défait au élections présidentielles de 1948. Grand favori dans les sondages, Dewey ne pouvait pas envisager sa défaite. Il n’était pas seul. Sûr du résultat, le Chicago Daily Tribune avait même annoncé la victoire de Dewey avant la fin du dépouillement des votes. 

Le lendemain, après l'annonce de sa défaire, Dewey dira qu’il se sentait comme un homme qui se réveille dans son cercueil, un bouquet de fleurs dans les mains, et qui pense : «Si je suis vivant, qu’est-ce que je fais ici? Si je suis mort, pourquoi est-ce que je dois encore aller aux toilettes?»

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Notes

(1) Biden Says Trump ‘Is Not Who We Are.’ Do Voters Agree? The New York Times, 3 novembre 2020.

(2) The One Pollster in America Who is Sure Trump is Going to Win, The New York Times, 2 novembre 2020.