Mario Simard

Trudel remonte, mais le Bloc en avance dans Jonquière

La campagne de Karine Trudel, qui mise davantage sur sa personne que sur son parti, a porté ses fruits dans Jonquière. Mais pas suffisamment pour lui donner la victoire. De troisième, elle est passée au second rang, mais c’est le bloquiste Mario Simard qui a vraiment profité de la déconfiture des libéraux et des conservateurs.

C’est du moins ce que révèle le dernier sondage de Recherche Mainstreet pour le compte de Groupe Capitales Médias, réalisé le 9 octobre auprès d’un échantillon aléatoire de 634 personnes en âge de voter dans la circonscription de Jonquière.

Deux changements par rapport au premier coup de sonde dont les résultats ont été publiés dans Le Progrès du 21 septembre : on connaît maintenant le nom du candidat libéral et le sondeur a soumis le nom des candidats dans ses choix de réponse et non pas seulement les partis.

À la question « si l’élection fédérale avait lieu aujourd’hui, pour quel candidat voteriez-vous ? », le conservateur Philippe Gagnon arrive troisième avec 17,7 % des appuis, alors qu’il figurait en tête du sondage de septembre avec 25 %. Il est devancé par Karine Trudel qui est passée de 11 % à 20,6 %, et par le bloquiste Mario Simard, qui est parti du troisième rang pour jouir d’une confortable avance avec 28,7 %. Le libéral Vincent Garneau, dont le parti talonnait les conservateurs lors du sondage de septembre avec 22 %, ne fait pas mieux qu’une quatrième place avec 13,6 %.

Le nombre d’électeurs indécis, qui était de 16 % en septembre, a légèrement diminué à 14,4 %.

Philippe Gagnon

Les enclins

Pour essayer de diminuer le nombre d’indécis, les sondeurs leur ont demandé pour lequel des candidats ils auraient tendance à voter (enclins), réduisant leur nombre de moitié. Cette seconde question confirme l’avance de Mario Simard qui grimpe à 31,8 %, suivi neuf points derrière par Mme Trudel (22,8 %), Philippe Gagnon (18,9 %) puis Vincent Garneau (13,9 %).

Après répartition de ce qui reste d’indécis, le Bloc est à 34,2 %, le NPD à 24,7 %, le PCC à 20,3 %, et le PLC à 14,9 %. Le Parti vert et le Parti populaire du Canada recueillent respectivement 2,5 et 2 % des intentions de vote.

Méthodologie

Le sondage a été réalisé le 9 octobre auprès de 634 personnes de plus de 18 ans choisies au hasard dans la circonscription de Jonquière via une ligne téléphonique terrestre ou cellulaire à partir d’appels faits par réponse vocale interactive.

Les réponses ont été pondérées statistiquement en utilisant les données démographiques du recensement de 2016, ce qui donne une marge d’erreur de plus ou moins 3,89 %, et ce, dans 95 % des cas.

LA MÊME TENDANCE QU'AILLEURS AU QUÉBEC

Ce qui se passe dans Jonquière est conforme au phénomène observé au Québec. Les deux partis en tête en début de campagne se retrouvent aux deuxième et troisième rangs alors que ceux qui étaient à la traîne sont maintenant en tête.

« Personne n’aurait pu prévoir la remontée du Bloc et du NPD, mais c’est ce qui est arrivé. À l’échelle du Canada, Jagmeet Singh a doublé ses appuis et est en voie d’atteindre le même pourcentage de votes que Thomas Mulcair en 2015, alors qu’il était très en dessous en début de campagne. Au Québec, cette remontée est beaucoup moins importante à cause de la progression du Bloc », analyse l’ancien ministre libéral Luc Fortin, président de Mainstreet Québec.

Ce dernier donne crédit à la députée sortante Karine Trudel pour sa forte progression, mais en attribue également une partie à la tendance observée à l’échelle nationale. Toutefois, il ne croit pas qu’à une semaine du scrutin, ça lui suffira pour garder son poste. « Un écart de 10 %, c’est énorme et la forte remontée du Bloc au Québec est une tendance lourde. Personne ne les voyait venir et la performance de son chef Yves-François Blanchet y est pour quelque chose. Il a aussi évité les pelures de bananes sur lesquelles les deux autres principaux chefs ont glissé », poursuit l’analyste, ajoutant que l’éventuelle contestation de la Loi 21 (sur la laïcité) dès le début de la campagne a « boosté » la campagne du Bloc.

Karine Trudel

Autre mauvaise nouvelle pour Mme Trudel, ses appuis se retrouvent davantage chez les 18-34 ans (30,2 %), une tranche de l’électorat qui ne va pas beaucoup voter. En revanche, le bloquiste Mario Simard fait le plein de votes auprès des 50-64 ans (43,5 %) et des 65 ans et plus (39,4 %), un groupe qui se présente davantage aux urnes. « La vieille garde souverainiste est de retour au bercail », lance M. Fortin.

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Évidemment, il y a encore un peu de place pour du mouvement, car près d’un électeur sur sept est indécis et attend d’être séduit. Mais pas assez pour renverser la tendance. « On le voit d’ailleurs dans le changement de discours des chefs Andrew Scheer et Justin Trudeau qui appellent les électeurs des tiers partis au vote stratégique. Trudeau demande à l’électorat vert et de gauche de voter libéral pour bloquer les conservateurs et Scheer invite ceux qui veulent se débarrasser de Trudeau de voter conservateur. » Il y a aussi la capacité des machines électorales à faire sortir le vote. On verra le résultat lundi.