Justin Trudeau a déclaré mercredi avoir déjà fait connaître sa position sur la gestion de l'offre au président américain lorsqu'il a été question des dispositions de l'ALÉNA. 

Trudeau donne sa parole aux agriculteurs

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a martelé lors de son passage à Chicoutimi que son gouvernement allait défendre bec et ongles la gestion de l'offre qui permet aux agriculteurs canadiens dans les productions du poulet, du lait et des oeufs d'avoir accès à un marché protégé, tout en encadrant la capacité de production intérieure pour ces denrées de première nécessité.
Le premier ministre a pris cet engagement alors qu'il visitait la 97e édition de l'Exposition agricole de Chicoutimi où il a véritablement mis l'accent sur les préoccupations des agriculteurs. En point de presse, le premier ministre est demeuré ferme sur la position canadienne à l'aube d'une renégociation de l'ALÉNA, où le président américain ne démord pas de sa volonté de faire tomber ce système qui pénalise selon lui les producteurs frontaliers américains.
« La gestion de l'offre a été mise en place par le gouvernement libéral. La gestion de l'offre est un bon système qui protège en même temps les agriculteurs et les consommateurs canadiens. Nous allons continuer de défendre la gestion de l'offre », a répété le premier ministre.
Justin Trudeau n'a pas uniquement ce discours de ce côté-ci de la frontière. Il a déclaré mercredi avoir déjà fait connaître sa position au président américain lorsqu'il a été question des dispositions de l'ALÉNA. Pour le premier ministre, il est possible d'ajuster certaines dispositions de l'ALÉNA, sans nécessairement modifier la politique canadienne de la gestion de l'offre.
« Depuis la mise en place, le Canada a conclu de grandes ententes sans pour autant toucher à la gestion de l'offre. J'ai dit au président qu'il était possible d'apporter des améliorations à l'ALÉNA en conservant la gestion de l'offre », a insisté le premier ministre en réitérant que le gouvernement avait trouvé les moyens de protéger l'industrie canadienne dans le litige sur le lait diafiltré.
Pour bien marquer ses préoccupations pour les agriculteurs à la veille des discussions sur l'ALÉNA, le premier ministre a jugé opportun de rencontrer leur représentant au terme de sa visite du site de l'Exposition agricole, avant de prendre la direction du Lac-Saint-Jean pour participer au souper dans les rues de la Traversée internationale du Lac-Saint-Jean.
Affirmation nationale
À quelques heures de ce souper en compagnie du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, Justin Trudeau a été interrogé sur les récentes interventions de son homologue québécois sur la place du Québec et le principe de l'affirmation nationale. Justin Trudeau a assuré qu'il était disposé à travailler conjointement avec le premier ministre du Québec pour le bien des contribuables canadiens.
Il a cependant été plus catégorique quand les journalistes ont insisté alors qu'il a clairement mentionné qu'il n'était pas de son intention de faire passer ces préoccupations par des discussions constitutionnelles. Malgré cette vision différente, Justin Trudeau considère avoir de très bonnes relations avec le premier ministre du Québec et lui accordera tout son soutien pour venir en aide aux agriculteurs qui ont subi des pertes lors du dernier épisode de grêle au Lac-Saint-Jean.
L'actualité nationale a rattrapé le premier ministre alors que les tribunaux ont réaffirmé le principe de l'obligation de consulter adéquatement les Premières Nations lorsque des projets de développement concernent les communautés. Le premier ministre est demeuré prudent par « respect » pour les tribunaux et puisque la décision venait à peine de sortir.
Il a cependant réitéré le principe général que les décisions des tribunaux au fil du temps confirment que les Premières Nations ont plus de droits que ce que les gouvernements croient. Dans ce sens, le premier ministre estime nécessaire de travailler conjointement avec les communautés et de les consulter adéquatement.
Finalement, le premier ministre a clairement établi sa vision du développement économique et de la protection de l'environnement. Il répondait à une question concernant les projets miniers en développement dans la région et qui mettront à profit le fjord du Saguenay pour l'expédition du minerai.
Selon le premier ministre, ces projets devront respecter intégralement les paramètres environnementaux, incluant les nouvelles mesures de protection de l'habitat essentiel du béluga à l'entrée de la rivière Saguenay.
Aujourd'hui, a conclu le premier ministre, la protection de l'environnement est indissociable du développement économique. Ce n'est plus l'un ou l'autre, ce sont les deux qu'il faut considérer.
Le premier ministre a pris cet engagement alors qu'il visitait la 97e édition de l'Exposition agricole de Chicoutimi.
Un tête-à-tête avec Michel Potvin
Le producteur laitier et candidat pour l'Équipe du renouveau démocratique aux prochaines élections Michel Potvin a joué un rôle de premier plan dans le règlement de la crise du lait diafiltré en 2016. Le premier ministre Justin Trudeau a cru opportun d'entendre ce que ce dernier envisageait comme stratégie pour défendre la politique de la gestion de l'offre qui permet aux agriculteurs de tirer des revenus décents de leur travail.
C'est ainsi que Michel Potvin a eu droit à un tête-à-tête avec Justin Trudeau pour discuter de ce sujet qui est en ce moment sur toutes les lèvres dans le monde rural canadien avec les charges en règle du président Donald Trump contre cette politique qui est considérée par les Américains comme du protectionnisme économique.
« Je n'avais rien à demander à M. Trudeau. Ce n'est pas mon rôle et les dirigeants de l'UPA régionale ont eu l'occasion de le faire. Mais je lui ai fait part de ce que nous pouvions faire pour défendre la gestion de l'offre. Le Canada doit à mon avis cesser d'être sur la défensive. Il faut passer à l'attaque et vendre la gestion de l'offre comme un modèle qui permet aux agriculteurs de vivre correctement de leur travail », insiste le producteur laitier.
Par la même occasion, Michel Potvin a rappelé au premier ministre que c'est son père, Pierre Elliott, alors premier ministre du Canada en 1976, qui avait permis de sauver la gestion de l'offre. Il avait transformé le mécontentement des agriculteurs à l'endroit du gouvernement en levier pour relancer cette politique en y apportant les modifications nécessaires.
Lors de la crise du lait diafilitré, Michel Potvin a joué un rôle central malgré le fait qu'il n'occupe aucun poste officiel au sein des syndicats agricoles. Son travail a permis d'identifier des solutions qui ont été endossées par le gouvernement fédéral. Michel Potvin est même intervenu publiquement à l'époque pour calmer l'ardeur des producteurs agricoles qui organisaient une manifestation dans le cadre du caucus des députés libéraux tenu à Jonquière en août 2016. Michel Potvin savait alors qu'une solution à la crise s'articulait en coulisse puisqu'il participait aux différentes tractations.
Le président de l'UPA, Mario Théberge, le président du Syndicat des producteurs de lait, Daniel Côté, et le président du syndicat de base de Lac-Saint-Jean Est, Éric Girard, ont été en mesure de faire le point avec les premiers ministres sur les préoccupations des agriculteurs face aux nuages noirs qui se dessinent à l'horizon. Le premier ministre a évidemment été informé de la situation très difficile de certains agriculteurs qui ont essuyé la tempête de grêle la semaine dernière.
Daniel Côté a de son côté présenté les inquiétudes des producteurs face à l'ALÉNA et à la protection de la gestion de l'offre. Le Canada doit être prudent dans la renégociation de l'ALÉNA puisque la gestion de l'offre n'aura plus d'effet protecteur si le gouvernement canadien ouvre son marché aux produits laitiers protégés par cette politique, insiste Daniel Côté.
Les trois dirigeants syndicaux ont indiqué au Quotidien que le premier ministre avait écouté soigneusement chacun des problèmes exposés et étaient visiblement satisfaits de cette rencontre.