Patrick Bérubé, spécialiste en reconstitution de squelettes de baleine, Patrice Corbeil, directeur du CIMM, et Michel Martin, naturaliste, ont participé à l’élaboration de l’exposition Le ballet des baleines, ouverte au public à compter du 1er août.

Trois nouveaux squelettes au Centre d’interprétation des mammifères marins de Tadoussac [PHOTOS]

Denis Villeneuve
Denis Villeneuve
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
En cette période intense de croisières aux baleines dans l’estuaire du Saguenay, le Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) de Tadoussac présente l’exposition Le ballet des baleines. Dès samedi, les squelettes de trois nouveaux immenses cétacés seront en vedette dans l’espace agrandi de la salle d’exposition, le CIMM abritant la plus grande exposition de squelettes de baleines au Canada.

Lors d’une visite de l’exposition multisensorielle en compagnie de Patrice Corbeil, directeur du CIMM, de Michel Martin, naturaliste, et de Patrick Bérubé, spécialiste en montage de squelettes baleiniers, il a été possible de faire la connaissance de Piper, une baleine noire de l’Atlantique, de Godbout, un rorqual à bosses, et de Bergeronnes, un rorqual commun, trois géants dont les squelettes, minutieusement assemblés, ont été suspendus. Dès qu’il entre dans la salle, le public est plongé dans le noir et emporté dans les profondeurs de l’océan afin de découvrir de façon saisissante, un à un, les 16 squelettes de cachalots, rorquals, dauphins, marsouins, bélugas et baleine à bec de Sowerby, mis en lumière par les talents des éclairagistes Caroline Ross et Geneviève Leblanc.

« Ce que l’on souhaite avec cette exposition, c’est de faire entrer le public dans le monde des baleines. Ce sont des histoires de géants que l’on souhaite raconter afin de leur donner un second souffle », affirme M. Corbeil.

Mises à mal par le transport maritime et par la pollution dans le Saint-Laurent et sur la côte atlantique, les 350 baleines noires encore vivantes sont connues par les scientifiques.

L’assemblage des fanons de Piper a été réalisé par la firme Bilodeau Fourrures, de Normandin.

Piper, par exemple, était connue au Canada et en Nouvelle-Angleterre depuis 1990. Elle était reconnaissable par la cicatrice en forme d’avion qu’elle portait et qui lui a donné son nom. « Piper a donné naissance à trois baleineaux et a survécu à deux empêtrements dans des gréements de pêche. Elle est la première baleine à avoir porté un émetteur satellite. Se déplaçant lentement, on croit qu’elle est morte des suites d’une collision avec un navire en 1995, en raison des marques de blessures qu’elle portait », explique Patrice Corbeil.

Débarrassée de ses 32 tonnes de chaire et de graisse, Piper a laissé en héritage un squelette de 2,5 tonnes, comparativement à 1600 livres (0,73 tonne) pour Bergeronnes, qui pesait originalement 40 tonnes. « Notre objectif est de fasciner les gens. S’ils aiment les baleines, on veut leur donner l’étincelle pour qu’ils aient envie de les voir d’un autre oeil. Nous mettons en valeur la recherche scientifique puisque, depuis peu, nous sommes agréés par le ministère de la Culture dans la catégorie institution scientifique. »

Le rorqual Godbout a été monté à la verticale afin d’imager la remontée du mammifère en chasse.

Un Travail de longue haleine

La récupération d’une baleine et la préparation de son squelette en prévision d’une exposition sont des tâches fort exigeantes sur le plan logistique, fait valoir le directeur du CIMM. D’où l’entrée en scène de MM. Martin et Bérubé, ainsi que de 100 à 150 bénévoles. « Il faut d’abord localiser l’animal, aller le chercher où il s’est échoué et trouver le financement nécessaire. Déplacer un rorqual commun exige 25 000 $ », rapporte M. Corbeil.

Il faut ensuite trouver un site pour le dépecer et le débarrasser de sa chaire, le tout en conformité avec la réglementation environnementale en application. La collaboration de la Ferme 5 étoiles de Sacré-Coeur a été grandement appréciée par le CIMM. Le nettoyage à la main de chacun des os et la nécessité de les faire bouillir pour éliminer les graisses et les huiles exigent beaucoup de patience et d’efforts, étant donné qu’une côte de baleine noire peut peser à elle seule de 20 à 30 kilos. Un rorqual commun compte 28 côtes et 30 vertèbres.

Une fois l’opération nettoyage terminée, il faut monter le squelette os par os, avec une rigueur scientifique, sous l’oeil attentif du biologiste à la retraite Pierre-Henri Fontaine. C’est alors que l’ingéniosité des naturalistes Patrick Bérubé et Michel Martin a fait la différence, avec l’utilisation de boulons, de tiges et d’attaches d’acier ,dans un domaine où l’expertise est plutôt rare. « Notre défi était de cacher le maximum de structures pour mettre en valeur le squelette le plus naturellement », affirme M. Martin.

D’ailleurs, une firme d’ingénieurs a dû approuver les installations.

Les organisateurs ont même fait preuve d’audace en montant le squelette du rorqual à la verticale, comme s’il était en remontée vers la surface pour la capture de nourriture.

La salle d’exposition agrandie

Étant donné que la reconstruction de chaque squelette nécessite un investissement d’environ 100 000 $, malgré le bénévolat, il fallait trouver le financement pour agrandir la salle d’exposition afin d’obtenir plus de volume. Le plafond de l’immeuble a été modifié et agrandi de 240 pieds carrés pour accueillir les trois nouveaux mammifères.

Chacune des vertèbres d’une baleine peut peser entre 20 et 30 kilos.

En raison de l’arrêt de six semaines de l’industrie de la construction, l’ouverture de l’exposition a été reportée. « Depuis 2008 que l’on travaille ce dossier. Notre président, Robert Michaud, est allé chercher le financement de ce projet de 1,5 million $ », explique M. Corbeil.

Développement Économique Canada, Patrimoine Canada, Tourisme Québec, Tourisme Côte-Nord et la MRC de la Haute-Côte-Nord ont contribué financièrement.

L’éclairage des ossements met en valeur les spécimens exposés au CIMM de Tadoussac.

la collection appelée à s’enrichir

Le directeur du CIMM ne cache pas qu’il manque deux pièces à cette collection unique au Canada pour être complètement représentative des mammifères marins vivant dans les eaux du Saint-Laurent, soit le squelette d’un épaulard et celui d’une baleine bleue. Dans ce dernier cas, un demi-million de dollars serait nécessaire, un objectif qui ne pourrait être atteint que par le parrainage d’une grande entreprise aux goussets généreux.

Selon Patrice Corbeil, l’exposition enrichie du CIMM devrait permettre d’augmenter la fréquentation pour la faire passer de 35 000 à 40 000 visiteurs annuellement en période normale d’exploitation, soit à raison de 100 visiteurs à l’heure, plutôt que les 35 actuellement enregistrés en raison de la pandémie de COVID-19.

Patrick Bérubé, spécialiste en reconstitution de squelettes de baleine, Patrice Corbeil, directeur du CIMM, et Michel Martin, naturaliste, ont participé à l’élaboration de l’exposition Le ballet des baleines, ouverte au public à compter du 1er août.