Judith Laprise et Audrey Imbeault sont entourées de leurs collègues futurs pâtissiers.

Trois mères d'exception

Il y a de ces mamans qui ne se laissent pas facilement abattre. Le Centre de formation professionnelle Jonquière a d’ailleurs honoré le parcours de trois étudiantes monoparentales qui ont effectué et réussi un retour aux études malgré les embûches et les épreuves à surmonter. La bourse Maman à l’école est décernée à des mères au parcours atypique, qui se sont démarquées par leur assiduité, leurs notes et, surtout, par leur persévérance. À l’occasion de la fête des Mères, Le Progrès vous raconte le parcours de ces trois femmes.

Offrir un meilleur avenir à ses enfants

L’étudiante en pâtisserie Audrey Imbeault aurait bien pu se décourager après le suicide de son mari. Mais la maman de deux jeunes adolescents a décidé de quitter sa vie à Dolbeau-Mistassini et de laisser le passé derrière elle, l’été dernier, histoire de regarder vers l’avant et d’offrir un meilleur avenir à ses enfants. Malgré les réticences de sa famille, la fatigue physique et mentale ainsi que les difficultés rencontrées par ses deux préados, Audrey Imbeault aura bientôt son diplôme en pâtisserie en poche. 

Audrey Imbeault a touché le jury de la bourse Maman à l’école, qui a décidé d’offrir un prix coup de coeur de 250 $, remis par Accès travail-femme. Initialement, il ne devait y avoir que deux lauréates, l’une en formation professionnelle et l’autre en formation générale aux adultes, mais son histoire ne pouvait être ignorée.

Il y a quatre ans, Audrey Imbeault a perdu son mari. Il s’est enlevé la vie. La maman, aujourd’hui âgée de 37 ans, s’est donc retrouvée seule pour élever Rosalie et Antoine. Ses enfants ont maintenant 12 et 10 ans. 

« J’ai travaillé chez Tim Hortons durant 10 ans, à Dolbeau. Mais un moment donné, après la mort de mon mari, j’ai eu besoin de changer d’air, de repartir à zéro, partir ailleurs. Et je voulais offrir un meilleur avenir à mes enfants. J’ai donc décidé de retourner aux études et de déménager. La pâtisserie m’attirait, puisque j’avais des idées de projets professionnels avec des amis et j’ai toujours aimé cuisiner les gâteaux », raconte Audrey Imbeault. 

Mais son arrivée à Alma (elle y a déménagé puisqu’elle y connaissait des proches) ne s’est pas déroulée sans heurts. Sa fille faisait son entrée au secondaire et ses nouvelles fréquentations ne plaisaient pas beaucoup à la maman. La jeune ado a toutefois retrouvé le droit chemin rapidement et elle s’épanouit aujourd’hui avec de nouveaux amis. Son garçon, lui, s’ennuie de sa ville natale, mais son cheminement scolaire se passe bien. Il s’adapte bien à sa nouvelle école.

« Ce n’est vraiment pas facile de faire un retour aux études en étant maman monoparentale et avec deux enfants ! J’ai eu des épisodes de fatigue physique et psychologique, mais je n’ai jamais pensé à lâcher. Je voulais vraiment avoir mon diplôme en poche pour moi et pour mes enfants. Ma famille n’était pas d’accord avec mon départ de Dolbeau, mais il fallait que je change d’air, je n’en pouvais plus. Aujourd’hui, je suis très fière de moi », a confié Audrey Imbeault. 

Bien que le suicide de son mari n’a pas été une surprise pour elle, il n’en demeure pas moins que le deuil et l’épreuve ont été difficiles à surmonter. « J’ai passé des mois dans un centre pour femmes à Dolbeau. Disons que j’ai été avec cet homme durant 13 ans et il en a toujours parlé [de s’enlever la vie] », a-t-elle confié, sa voix craquant sous les trémolos. 

Audrey Imbeault a des projets d’avenir, une fois qu’elle aura son diplôme de pâtissière. Mais elle préfère garder ça pour elle pour le moment. Une chose est sûre, elle ne regrettera jamais son choix de retourner sur les bancs d’école. 

Audrey Imbeault pose avec ses deux enfants, Rosalie et Antoine.
Les cinq enfants de Judith, (de l’aînée à la cadette) Gabrielle, Shay, Océane, Cédric et Zoé.

Étudiante, travailleuse et mère de cinq enfants!

Judith Laprise est la preuve vivante que «lorsqu’on veut, on peut». Maman monoparentale de cinq enfants âgés de trois à 14 ans, la femme de 32 ans terminera bientôt son cours en pâtisserie, au Centre de formation professionnelle Jonquière. Ne se trouvant pas d’appartement à Jonquière, la Dolmissoise Judith Laprise a même dû commencer ses cours avec un mois de retard. Sa persévérance lui a d’ailleurs valu la bourse Maman à l’école. 

Lorsqu’elle était avec le père de ses enfants, Judith Laprise était maman à la maison. Mais après leur séparation, Judith a eu le goût de retourner sur le marché du travail. Elle a donc commencé par terminer ses études secondaires en 2016. En 2017, elle s’est inscrite en assistance technique en pharmacie, mais le programme étant particulièrement contingenté, sa demande a été refusée. Dès le lendemain de ce refus, elle s’est inscrite en pâtisserie. 

«J’aurais pu me décourager, mais non! J’étais vraiment déterminée à avoir un diplôme. Mais je dois admettre que ça n’a pas été facile, surtout avec cinq enfants», a raconté Judith Laprise. 

Le plus gros défi était de se trouver un appartement capable de loger tout ce beau monde. Quittant son Dolbeau-Mistassini natal pour Jonquière, elle n’a pas été en mesure de signer un bail. «Les propriétaires me le disaient ouvertement qu’ils ne m’acceptaient pas avec mes cinq enfants. Aucun des propriétaires rencontrés ne voulait signer de bail avec une mère monoparentale. J’ai tout de même fait une demande dans un HLM et j’ai été chanceuse, car j’ai été appelée. Mais les cours étaient déjà commencés et j’avais dû annuler mon inscription. La direction du Centre de formation professionnelle Jonquière a toutefois accepté de m’aider, en me donnant des cours de rattrapage. J’ai finalement été capable de rejoindre le groupe. Et je finis bientôt!», lance Judith Laprise, visiblement fière de ses exploits. 

Ses enfants, Gabrielle, Shany, Océane, Cédric et Zoé, sont également bien fiers de leur maman. «Ils sont mes meilleurs juges et goûteurs lorsque je fais des gâteaux», dit-elle, en riant. 

Judith Laprise se prépare maintenant à faire son stage, qui se déroulera dans le cadre du sommet du G7. Elle sera de l’équipe culinaire dépêchée à Bagotville. Pendant ce temps, en plus d’élever ses cinq enfants et de poursuivre ses études, elle travaille également à temps partiel à l’hôtel Delta de Jonquière, en pâtisserie. Elle caresse aussi le rêve d’ouvrir son propre commerce.

Heureusement, le papa est toujours présent dans la vie de la femme et il continue d’assumer son rôle de père. «Il m’aide avec les enfants, une chance! Ce que je voudrais dire aux mères, c’est qu’il est possible de réussir de grandes choses. Je me dis souvent que lorsqu’on veut, on peut. C’est tellement facile de baisser les bras. Mais il faut surtout se retrousser les manches!», souligne-t-elle.

Myriam Bouchard en compagnie de ses deux filles, Allyson et Jade.

Elle termine son secondaire en promesse à son père mourant

Myriam Bouchard a promis à son père, qui était plongé dans un coma artificiel à la suite d’un AVC avec rupture d’anévrisme, qu’elle terminerait son secondaire et qu’elle deviendrait infirmière. Âgée de 33 ans, la maman de trois enfants s’est donc lancée et décrochera bientôt son premier diplôme. 

Myriam Bouchard venait d’apprendre, vendredi, qu’elle était la lauréate d’une bourse de 500$ de Maman à l’école, remise par le Centre de formation professionnelle Jonquière. Un montant qui arrive à point, puisqu’elle n’avait pas les sous pour s’acheter une nouvelle paire de lunettes.

«Mes deux filles ont besoin de lunettes, donc c’est certain qu’elles passent avant moi!», a lancé Myriam Bouchard, très heureuse d’apprendre qu’elle a remporté cette bourse. 

Elle travaillait au Tim Hortons lorsqu’elle a commencé à avoir de sérieux problèmes d’eczéma, en raison des produits ménagers utilisés. En chômage-maladie, elle a donc pris la décision de retourner à l’école, même si la tâche n’était pas aisée, avec trois enfants à s’occuper. «Mon père est décédé à l’automne. Pendant qu’il était dans le coma, je lui ai promis que je me rendrais jusqu’au bout, alors je n’ai pas le choix!», confie la maman, en blaguant. 

Concilier les études, la famille, le ménage, la cuisine, les devoirs, le lavage et les activités des enfants n’est pas de tout repos. Mais ça va bien, précise Myriam Bouchard, qui avait une scolarité de troisième secondaire lorsqu’elle s’est réinscrite à l’école. 

La maman souligne que ses enfants, Allyson, Jade et Zackary, respectivement âgés de 12, 10 et huit ans, donnent un coup de main à la maison.

Une fois son diplôme en poche, elle compte poursuivre ses études au cégep en soins infirmiers.