Trois enjeux économiques au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Trois des quatre enjeux qui attendent le Québec sur le plan économique en 2020 touchent directement le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il faudra surveiller la rareté de la main-d’œuvre, les préoccupations environnementales et les guerres commerciales. Le quatrième défi, la congestion routière, n’est pas significatif dans la région.

Desjardins a dévoilé son étude économique, Survol des régions du Québec : à quoi s’attendre en 2020 ?. Selon les chiffres publiés vendredi, la croissance économique sera moindre qu’en 2019, entre autres avec « le contexte mondial qui continuera d’apporter son lot d’incertitudes en raison notamment des tensions commerciales et des enjeux géopolitiques ».

Pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la croissance du PIB nominal devrait atteindre 3,2 %. Ce sont les régions minières qui s’en sortent le mieux, soit le Nord-du-Québec (5,6 %), l’Abitibi-Témiscamingue (5,4 %) et la Côte-Nord (5,0 %).

« La présence de Rio Tinto fait que le Saguenay–Lac-Saint-Jean est connecté sur le monde, dans le sens que si le prix des métaux va bien, les projets repartent, l’investissement s’opère, on réengage et on modernise. On l’a vu dernièrement avec Rio Tinto, qui a laissé tomber deux projets importants. Le marché n’est pas favorable en ce moment. C’est lié au contexte international », a expliqué Chantal Routhier, économiste principale chez Desjardins.

Le nouvel Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM) amène lui aussi son lot d’incertitudes. Selon Mme Routhier, ça prouve que la région n’évolue pas en vase clos et qu’elle est liée aux marchés internationaux.

« C’est comme pour le bois d’œuvre avec le conflit qui se poursuit. Et pour l’agriculture, avec les nouveaux accords et les prochaines négos, il y a déjà des concessions sur l’ouverture du marché. Ça aussi, ça engendre de l’inquiétude et c’est préoccupant », explique Mme Routhier.

Considérations environnementales

De plus en plus, les considérations environnementales ont un impact sur l’économie. On a pu en voir les effets au cours des derniers mois avec la protection des baleines noires sur les croisières, l’exploitation forestière avec le caribou forestier ou les manifestations contre les grands projets.

« C’est en train de changer la dynamique. Il faut s’adapter. Tout le monde doit le faire, mais c’est très visible dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. C’est une région qui a beaucoup de défis, mais elle a toujours montré une résilience », mentionne Mme Routhier.

L’étude publiée vendredi par Desjardins ne tient pas compte des grands projets qui pourraient voir le jour dans la région, soit GNL Québec, Métaux BlackRock et Arianne Phosphate. Comme on se trouve dans une période « d’entre-deux », Mme Routhier a préféré y aller de prudence et précise que les prévisions pourraient être revues à la hausse si les projets venaient à se concrétiser.

« Quand on embarque dans de grands projets, dans de grands chantiers, c’est sûr que ça vient électriser la croissance économique et on peut voir que c’est une région qui peut se démarquer énormément. Si les projets vont de l’avant en même temps, ça pourrait donner tout un électrochoc dans l’économie. »

Main-d’œuvre vieillissante

Preuve que la main-d’œuvre du Saguenay–Lac-Saint-Jean est vieillissante, la demande prévue de travailleurs proviendra à 95,8 % des départs à la retraite d’ici 2021. Au Québec, la moyenne est de 78 %.

« Oui, il y a le vieillissement démographique. Il va falloir remplacer ces travailleurs-là, mais on n’est plus à l’heure des grandes entreprises qui arrivent et qui créent 1000 emplois. Avec le virage technologique, la productivité en hausse, ça permet d’avoir un besoin moins grand. »

« Le défi vient aussi du fait que c’est une région éloignée. L’attraction et la rétention représentent des enjeux encore plus présents. »

Régions ressources ou manufacturières

Publié en novembre 2019, le livre blanc de la Fédération des chambres du commerce du Québec plaçait pour la première fois le Saguenay–Lac-Saint-Jean comme une région manufacturière.

Chantal Routhier, de son côté, n’est pas encore prête à faire le saut. Selon elle, la région demeure concentrée vers l’exploitation des ressources naturelles.

« Je ne dis pas que je n’ai pas entamé une réflexion, mais pour l’instant, je vais attendre d’avoir les prochaines données sur le PIB par industrie (de l’Institut de la statistique du Québec) à l’été et voir s’il y a une réelle transition de l’économie qui pourrait justifier de mettre le Saguenay–Lac-Saint-Jean dans les régions manufacturières. »