Carl Tremblay-Sergerie et sa fille de 14 ans étaient recherchés par les policiers depuis le 18 juillet, date à laquelle une audience de la Direction de la protection de la jeunesse était prévue. Ils ont été retrouvés sur un bateau, en Ontario.

Tremblay-Sergerie plaide la détresse

Parti avec sa fille le 13 juillet dernier, faisant fi d’une audience de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) prévue le 18 juillet à Saguenay, Carl Tremblay-Sergerie était activement recherché par les forces de l’ordre depuis le 25 juillet. Appréhendé en Ontario (où il est toujours) alors qu’il était en bateau, le père de trois enfants a vu sa fille être reconduite au Québec. Sans nouvelles d’elle depuis, il tenait à livrer au Quotidien sa version des faits.

Plusieurs corps de police avaient demandé l’aide du public afin de le retracer avec sa fille, depuis leur absence au rendez-vous d’ordonnance de la DPJ. Niant être en cavale, l’homme avait par ailleurs publié sur Facebook ses intentions de voyage avec sa fille de 14 ans, qui souffre d’une légère déficience intellectuelle. Ce serait à la fois l’absentéisme scolaire ainsi que d’autres observations constatées à l’école secondaire Charles-Gravel de Chicoutimi (que fréquente l’adolescente) qui seraient à la source de la démarche de la DPJ.

Joint par Le Quotidien à l’écluse de Jones Falls, Ontario, d’où les policiers ont reconduit sa fille au Québec, Carl Tremblay-Sergerie décrit les procédures employées par la DPJ et lance un cri d’alarme.

« Je n’ai probablement pas utilisé la bonne méthode, oui, mais j’ai toujours été franc dans mes déplacements et la planification de mon départ avec ma fille. J’avais demandé à reporter l’audience et j’avais déjà passé Montréal lorsque j’ai appris que ce ne serait pas possible. J’ai décidé de ne pas rebrousser chemin », affirme le père, qui dès lors a produit un témoignage vidéo et des lettres avec sa fille pour expliquer qu’elle craignait d’être placée en famille d’accueil et désirait demeurer avec son père.

« Sachant qu’on était recherchés, je n’ai pas eu comme objectif de me présenter aux policiers. J’ai diminué mes conversations et mis l’accent sur mon voyage tranquille avec elle », confie Carl Tremblay-Sergerie, croyant qu’ils ne seraient pas importunés en Ontario par ce dossier.

Un rêve brisé
Le père monoparental explique que sa décision de résider dans un chalet en forêt, dans la ZEC Martin-Valin, est probablement la bougie d’allumage des évènements. « Je devais aller la reconduire à l’autobus en motoneige, c’était très éloigné », se justifie-t-il à propos des 26 journées de classe qu’a manquées sa fille à l’hiver 2018. Les constats des intervenants scolaires à propos de l’hygiène corporelle de sa fille et de ses lunchs parfois insuffisants s’expliquent, selon lui, par la façon d’agir de l’adolescente, qui n’aurait pas la maturité de son âge biologique.

« Je crois qu’elle mangeait une partie de son lunch dans l’autobus ; qu’elle remettait ses jeans plusieurs jours d’affilée. Elle a 14 ans, je ne peux la laver moi-même », se défend-il. Conscient des problématiques, Carl Tremblay-Sergerie est déménagé en février à Chicoutimi. « Elle et moi adorions vivre en forêt, mais il a fallu briser ce rêve, trop exigeant pour sa logistique », analyse celui-ci. Mais un mensonge à propos de la motivation d’un absentéisme a remis le feu aux poudres, selon lui. « Elle n’allait pas bien et ne voulait pas aller à l’école. Je ne savais pas quoi dire, quoi faire » renchérit-il.

Manque de confiance
« J’étais en désaccord avec la recommandation de la placer en famille d’accueil. J’ai moi-même vécu cette jeunesse et je refuse que ma fille la vive », avoue Tremblay-Sergerie, qui déplore aussi un manque de communication ainsi que le changement de l’intervenante au dossier. Il réitère avoir fait de mauvais choix, mais tient à passer un message.

« La DPJ doit revoir ses méthodes, ses stratégies, ses manières d’approche. J’ai moi-même été une victime du système », déplore le père, qui ne cesse d’angoisser depuis qu’il est séparé de sa fille, vendredi. Il affirme n’avoir reçu aucune nouvelle d’elle ni savoir où elle se trouve.

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UNE INTERVENTION HUMAINE

Selon lui, Carl Tremblay-Sergerie n’a pas été appréhendé en criminel par la Police provinciale de l’Ontario. « Sept policiers sont venus nous voir avec discrétion et diplomatie. Voyant que ma fille pleurait et ne voulait pas partir, ils ont été très compréhensifs, allant même jusqu’à s’excuser », relate le père. C’est sur une écluse de la rivière Rideau que Carl Tremblay-Sergerie a vu son périple se terminer. « J’ai calmement dit à ma fille que c’était fini, qu’elle devait partir avec les policiers », explique-t-il. S’il avoue être stressé, sans nouvelles de sa fille, Carl Tremblay-Sergerie ne devrait pas avoir maille à partir avec la justice. « Des conditions seront établies pour encadrer la relation avec sa fille, dès son retour au Québec. Le mandat d’arrestation avait comme unique but de retrouver  la jeune fille », explique Dominic Tardif, relationniste à la Sécurité publique de Saguenay. 

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DROITS DES PARENTS ET ENFANTS

Selon le site de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), pendant toute l’intervention, les parents ont droit de faire entendre leur point de vue  à la DPJ et au tribunal, ainsi que de refuser de se soumettre à certaines décisions de la DPJ s’ils ne sont pas d’accord avec ces décisions. Dans ce cas, la situation peut être soumise à la cour. Sauf dans certains cas particuliers, un enfant de 14 ans ou plus a le droit de consulter son dossier lui-même.