Traversiers ou pont: pas de solution parfaite pour les bélugas

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La fin des opérations des traversiers entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine serait sans aucun doute bénéfique pour les bélugas, mais le pont projeté pourrait aussi avoir des effets négatifs sur le milieu marin. Les scientifiques ont cependant les connaissances pour évaluer la faisabilité d’une telle solution.

«On est en mesure de déterminer exactement le nombre de décibels que la fin de l’exploitation des traversiers représente pour le béluga, confirme Robert Michaud, directeur du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM). Mais on doit remplacer les traversiers par une autre solution et il faut mesurer les impacts de cette solution.»

Chaque fois que l’enjeu de la survie du béluga est soulevé dans un contexte de développement économique, comme c’est le cas en ce moment avec les projets industriels à l’étude au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le projet de pont de Tadoussac refait surface. Ces projets auraient une influence sur la croissance du trafic maritime sur le Saguenay

Robert Michaud a vu plusieurs esquisses de ponts et a entendu nombre d’ingénieurs à la retraite faire état de solutions pour déposer un pont sans affecter le milieu marin. Le directeur du GREMM ne rejette pas cette solution, mais affirme qu’il est important pour en mesurer l’efficacité d’avoir un véritable projet avec la technologie déployée pour ériger cette structure. Un défi d’ingénierie qui n’est cependant pas insurmontable et qui est souhaité depuis des années par la population de la Côte-Nord.

«Il s’agit d’un projet à long terme. On ne peut pas dire que l’on autorise tous les projets parce qu’il y aura un pont. Avant, il faut un projet bien défini qui va permettre de bien mesurer les impacts pour le milieu marin pendant la construction et à partir du moment où il y aura de la circulation.»

Mesurer le bruit

Selon Robert Michaud, il est aujourd’hui assez simple de calculer les niveaux de bruit provenant de structures installées en milieu marin. Les scientifiques ont ainsi mesuré les niveaux de bruit des éoliennes en mer et d’autres types de structures. La période de construction d’une telle structure serait aussi à prendre en compte, comme la possibilité que l’on restreigne la circulation dans le Saguenay.

«On m’a même déjà expliqué que l’on pourrait déposer une structure avec des hélicoptères», se rappelle le scientifique. Dans le projet du port de Cacouna, qui a été abandonné en raison de ses impacts sur les mammifères marins, dont le béluga, le problème résidait dans la phase de construction.

«Dans ce cas, il n’y avait pas de problème avec le passage des bateaux alors que la situation était différente pendant les travaux.»

La demande de moratoire faite par les spécialistes qui étudient la dynamique des bélugas et leur comportement social en lien avec le transport maritime a évidemment soulevé bon nombre de critiques. Robert Michaud rappelle que le moratoire ne concerne pas les projets en ce moment à l’étude au Saguenay, mais bien les développements futurs.

Les gouvernements du Québec et du Canada ont demandé aux scientifiques de fournir le plus rapidement possible des réponses aux questions concernant l’impact du trafic maritime sur la petite baleine blanche. Selon Robert Michaud, les scientifiques seront en mesure de donner des réponses relativement précises, mais ils ont besoin d’un peu de temps pour recueillir des données.

Sur ce point, il soulève l’étroite collaboration avec les différents promoteurs qui ont remis aux responsables des études l’information nécessaire pour être en mesure de réaliser les travaux.

Le directeur du GREMM souligne que les systèmes informatiques permettent aujourd’hui de faire des projections surprenantes sur le troupeau de bélugas qui fréquente le Saint-Laurent et le Saguenay. Les scientifiques sont en mesure de déployer de façon virtuelle les 1000 bélugas et d’évaluer l’effet du bruit provenant des bateaux en fonction du lieu où les baleines blanches évoluent et leur comportement social. Le bruit ne se répercute pas de la même façon dans le Saguenay que dans le fleuve et ça change en fonction des différents endroits.