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Sébastien Lapierre a atteint le pole Sud en autonomie en 2017. Il s’implique depuis avec la Fondation Sur la pointe des pies lors des expéditions hivernales.
Sébastien Lapierre a atteint le pole Sud en autonomie en 2017. Il s’implique depuis avec la Fondation Sur la pointe des pies lors des expéditions hivernales.

Traverser un sentier millénaire entre Québec et le Lac-Saint-Jean

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
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Olivier Hubert-Benoit et Sébastien Lapierre, deux aventuriers de Québec, comptent redécouvrir le sentier des Jésuites, ou plutôt le maître-sentier des Innus-Montagnais, en février prochain, en parcourant près de 290 kilomètres en pleine forêt, entre Québec et le Lac-Saint-Jean. Le but : réaliser un défi personnel sur un parcours historique méconnu tout en faisant une collecte de fonds pour la Fondation Sur la pointe des pieds.

L’hiver dernier, Olivier Hubert-Benoit est venu participer à la course Cryo, parcourant 32 kilomètres à la course sur le lac Saint-Jean, tout en amassant des fonds pour la Fondation Sur la pointe des pieds. « Je trouve leur concept d’aventure thérapeutique vraiment original, souligne l’ultramarathonien qui est également adepte d’expéditions hivernales. Si je peux aider un jeune à vivre une aventure extraordinaire lors de son passage difficile, c’est génial. »

Il a tellement aimé son expérience qu’il a décidé, dès la fin de la course, de se lancer un défi encore plus grand : partir de chez lui, à Québec, pour venir faire la course sur le Piekouagami en 2021. En scrutant les cartes topographiques, l’amateur d’orientation avec cartes et boussoles définit alors le chemin avec le moins de dénivelé, en passant notamment par la vallée de la rivière Métabetchouane.

Carte des nombreux sentiers autochones entre Québec et le lac Saint-Jean.

Au fil de ses recherches, il entend parler d’un ancien chemin, le sentier des Jésuites. En fouillant sur le Web, il trouve quelques indices, avant de découvrir qu’un certain Louis Lefebvre a écrit un livre, Le sentier des Jésuites 1676–1703, ou Le maître-sentier des Innus-Montagnais de Québec au lac Saint-Jean, à ce sujet.

L’aventurier décide alors d’aller à sa rencontre, car Louis Lefebvre a parcouru ce fameux sentier à deux reprises l’hiver, en 1978 et en 1980. Au gré de la lecture du livre et des rencontres, Olivier Hubert-Benoit apprend que ce sentier est probablement utilisé depuis plus de 5000 ans par les ancêtres des Innus. « Des fouilles ont démontré que les premières traces de l’occupation humaine à l’embouchure de la rivière Métabetchouane datent de 5000 ans », atteste Louis Lefebvre.

Lorsqu’une mission Jésuite est construite à Métabetchouan en 1676, les Jésuites veulent y installer une fermette pour assurer leur subsistance, poursuit Louis Lefebvre, qui a travaillé pendant 40 ans pour développer des activités dans les parcs nationaux du Québec, et plus particulièrement dans la Réserve faunique des Laurentides. Pour transporter du bétail jusqu’à la mission de Métabetchouan, les Jésuites demandent aux Innus de monter du bétail et d’autres marchandises entre Québec et le lac Saint-Jean, en hiver, en utilisant le chemin glacé dont ils avaient entendu parler. Même s’il porte le nom de sentier des Jésuites, aucune preuve ne démontre qu’un seul jésuite ait emprunté ce sentier, soutient Louis Lefebvre, qui préfère le nom de maître-sentier des Innus-Montagnais.

Olivier Hubert-Benoit à l’entraînement.

Ce chemin commence à la roche de la passe du cheval à Tewkesbury jusqu’à l’embouchure de la rivière Métabetchouane. Il faut emprunter le sentier Scotora, remonter la rivière Jacques-Cartier du côté nord-ouest, avant de passer dans le bassin versant de la rivière Métabetchouane et suivre le parcours de la rivière gelée jusqu’au lac Saint-Jean. La majorité du sentier se fait sur les rivières gelées, mais des portages en forêt sont aussi nécessaires pour franchir des obstacles comme des chutes et de l’eau vive, ou encore pour passer d’un bassin versant à un autre. Pour ajouter quelques kilomètres au périple, les aventuriers partiront du lac Saint-Charles, soit la section d’approche du sentier.

Un partenaire idéal

Pour préparer son expédition hivernale, Olivier Hubert-Benoit, qui travaille pour la Garde côtière canadienne, a contacté Sébastien Lapierre, un pompier adepte d’aventures qui a atteint le pôle Sud en ski en solitaire il y a quelques années, afin d’avoir des conseils, notamment sur l’équipement.

Sébastien Lapierre devait d’abord accompagner des groupes de skieurs dans le cadre du Double défi des deux Mario en février sur les glaces du Piekouagami, mais la pandémie a forcé l’annulation de l’événement. Ce dernier a alors « sauté sur l’occasion » pour proposer à Olivier de l’accompagner. « C’est une expédition qui m’allume beaucoup, notamment avec le volet historique », soutient l’homme qui s’implique avec la Fondation Sur la pointe des pieds depuis quelques années. Cette expédition est devenue une collecte de fonds pour la fondation.

Sébastien Lapierre en compagnie de Mario Bilodeau lors du défi des deux Mario en 2019.

« C’est le meilleur partenaire que je pouvais trouver pour m’accompagner », remarque Olivier Hubert-Benoit, qui a profité de la pandémie pour peaufiner l’aventure qu’il prépare depuis un an. Pour éviter la contamination, les deux aventuriers utiliseront leur propre tente et leurs équipements de cuisine.

Un chemin de Compostelle québécois?

Alors que plusieurs aventuriers cherchent souvent à faire des périples aux quatre coins du globe, un sentier historique d’importance existe à proximité. « On va partir juste à côté de chez nous pour se rendre jusqu’au lac », lance Olivier, enthousiaste à l’idée de fouler un sentier millénaire. « J’ai fait le chemin en voiture des centaines de fois et ça sera l’occasion de franchir le Parc pour une première fois en ski », ajoute Sébastien Lapierre, heureux de mettre la lumière sur ce chemin de « Compostelle » québécois.

Selon Louis Lefebvre, le maître-sentier des Innus-Montagnais est unique en son genre, car c’est un des rares sentiers qui a un caractère historique, voire même préhistorique. Selon Sylvain Marcotte, un anthropologue qui a écrit un texte publié sur le dos du livre de Louis Lefebvre, ce sentier préhistorique est en quelque sorte un Compostelle nordique. De plus, le sentier n’est pas difficile sur le plan technique. Il faut toutefois compter au moins 10 jours en pleine forêt pour le parcourir. Et il ne faut pas s’attendre à un sentier classique, car c’est plutôt un chemin d’hiver, qui se parcoure en grande partie sur les rivières gelées. Une version estivale du sentier existe aussi, mais il est accessible seulement en canot.

Sébastien Lapierre et Olivier Hubert-Benoit parcourreront 290 km à ski entre Québec et le lac Saint-Jean en empruntant un sentier millénaire, connu sous le nom de sentier des Jésuites.

Jusqu’à maintenant, plusieurs initiatives privées ont vu le jour pour développer ce sentier et l’ouvrir à une plus vaste clientèle, mais ces dernières sont toujours tombées à l’eau, souligne Louis Lefebvre. Peut-être que les astres sont enfin alignés pour donner les lettres de noblesse à ce sentier qui est longtemps resté dans l’ombre, estime l’homme qui travaille sur un autre livre mettant en vedette un réseau de pistes amérindiennes qui sillonnaient la Réserve faunique des Laurentides.